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Jean Klein : la méditation et les résidus

dimanche 6 mai 2018

Quel rôle occupe la méditation dans l’élimination des résidus du passé ?

La véritable méditation est l’absence ausência
Abwesenheit
Abwesung
absence
ausência
apousia
ἀποὐσία
d’un méditant, absolument en dehors d’une relation sujet-objet?. Elle seule, lucidité intemporelle, a le pouvoir de nous soustraire à l’emprise des automatismes : pensée, mémoire. Par sa présence, elle est le libérateur, le régulateur – sans vouloir régulariser quoi que ce soit – des énergies formant ces automatismes.

La pensée non sélective provoque une impression pénible. Nous avons le sentiment d’une régression à un état infantile.

Vous localisez le « je suis? », cette objectivation donne un certain poids, un certain dynamisme qui procure une apparente sécurité, une sensation d’assise. La pensée sélective tend toujours vers quelque chose?, un résultat, un but. Dans la non-localisation de vous-même, vous éprouvez un vide?, comme si l’on vous avait enlevé un soutien, comme quelqu’un qui aurait sauté plusieurs repas et ne ressentirait plus la sensation accoutumée de volume : il déplore une absence?, il n’a pas encore pris conscience? des délices d’un estomac vide. Un mental? non meublé n’est plus un mental, il est le Soi, paix et joie?, ce que vous êtes foncièrement, vous ne pouvez le trouver que dans l’éclosion de la lucidité silencieuse, absolument non duelle.

Dès qu’un moi-même intervient, vous êtes parmi les démons. La réalité est obstruée par la présence du monde? dans l’état de veille et de rêve, et par son absence dans le sommeil profond. La présence et l’absence doivent se résorber pour que la toile de fond devienne expérience vécue.

L’attention silencieuse est une contemplation des choses, sans réflexion, sans limitation par une écoute rétrécie, sans une fin particulière. Dans cette observation non préhensive, la dualité sujet-objet s’efface et il ne reste que la lucidité. L’accumulation des idées nous donne le sentiment du moi, nous ne nous sentons jamais sans perception. Vous, en tant que peintre, comprendrez facilement un exemple permettant de voir cela clairement : si vous commencez à esquisser votre dessin avec les éléments linéaires, les contours, il est inerte, c’est un corps sans vie propre, comme la mémoire. Par contre, si vous partez de l’élément masse, couleur, ce sont vos masses qui poussent, précisent lentement leurs limites et leurs contours, votre dessin est vivant, créatif. Cet exemple illustre la différence entre la pensée discursive, sélective, et la pensée spontanée, non élaborée par un moi.

Si la pensée instantanée est intemporelle, elle jaillit au moment où l’esprit est vide de toute notion ou opposition. Où se situe-t-elle par rapport à l’illumination ?

L’expression pensée intemporelle peut donner lieu à un contresens, car toute pensée est un mécanisme de défense qui se déroule dans le temps. Nous employons ce mot faute de mieux. Peut-être perception interne serait-il plus juste. Cette perception instantanée occupe dans une parfaite simultanéité toutes les directions dans l’espace, comme un éclair, et la question qui l’a précédée, décantée par l’instructeur, perd son squelette, sa substance, elle s’intègre et nous fait entrevoir clairement la perspective de la vérité. La pensée conditionnée laisse des traces en nous, celle qui est spontanée, non élaborée par un ego, prépare notre terrain, l’harmonise et nous ne le retrouvons plus tel qu’il était auparavant. Nous pouvons dire que la vision de la perspective précède l’illumination.

Extrait de « LA JOIE SANS OBJET », p. 71-73


Voir en ligne : JEAN KLEIN