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Padoux : parāmarśa - prise de conscience

lundi 23 avril 2018

Une fraction seulement de la Conscience? absolue (cit) s’incarne en la Déesse et en Bhairava, afin qu’elle le questionne et qu’il lui réponde, en permettant ainsi l’existence? du Tantra qui, il ne faut pas l’oublier, est une manifestation de la Parole divine.

Le terme employé ici pour désigner l’aspect de la conscience suprême qui s’incarne, pour les besoins de l’enseignement, en la Déesse et en Bhairava est parāmarśa. Ce terme (tout comme quelques autres, également formés sur la racine MRS : āmarśa, avamarśa, pratyavamarśa, vimarśa) est impossible à traduire de façon satisfaisante. Il est donc utile d’indiquer, dès le commencement de la Laghuvŗtti, les valeurs qu’il peut avoir dans la pensée du Trika?.

Parāmarśa, au sens propre, signifie le fait de toucher, de saisir quelque chose?, de tendre un arc ; c’est aussi une attaque, une violence ; une considération, une réflexion ; en logique : l’acte de l’esprit? par lequel on passe des prémisses aux conclusions. Dans le Trika, parāmarśa, c’est un acte de conscience qui s’empare intensément de quelque chose, une prise de conscience (tout comme vimarśa) qui est volonté animée du désir d’agir?. C’est ce que dit l’I.P.v. (II, 4, 20 ; vol. 2, p. 204). C’est donc un acte intentionnel, [69] une visée. Mais c’est en même temps une prise de conscience unificatrice qui a pour effet de rattacher ce que crée ce désir d’agir au sujet qui l’éprouve. L’I.P.K., II, 4, 20, le dit expressément : « si réelle que soit l’unité de la Conscience, il n’y aurait pas de création de la diversité de la manifestation sans une prise de conscience synthétique de l’unité caractérisée par le désir d’agir ». Le désir d’agir étant celui de créer la manifestation. Abhinavagupta? souligne cela dans son commentaire de ce passage : pour lui le parāmarśa est ce qui caractérise la liberté de la Conscience suprême, qui crée par un acte libre et volontaire, mais qui ne peut le faire qu’en affirmant en même temps l’unité profonde de la manifestation avec elle (I.P.v., II, 4, 20 ; vol. 2. 2, p. 203-4). Cela apparaît aussi dans le P.T.v. (p. 79) où l’acte de conscience qui unifie les trois états de nara, śakti? et śiva et qui a pour effet de les ramener à l’unité du principe, est parāmarśa. C’est dans cette perspective, comme on le verra plus loin (infra note 76), que doit s’entendre ce terme dans l’expression, très importante dans la cosmogonie du sivaïsme cachemirien, de varnaparāmarśa : la prise de conscience phonématique.


Voir en ligne : LA PARĀTRĪŚIKĀLAGHUVṚTTI DE ABHINAVAGUPTA