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Wei Wu Wei : l’aspect secondaire du temps (TM70)

lundi 20 novembre 2017

Français

Le « temps », conceptualisé comme un objet?, n’aurait jamais de sens, car il n’a aucune existence? objective. C’est juste notre vie séquentielle. C’est peut-être le vivant lui-même de la vie. Nous l’objectivons au moyen d’horloges et nous nous persuadons que les horloges « le » mesurent, alors que ce qu’ils mesurent, c’est notre vie. Quand nous manquons ou prendrons un train, nous manquons ou prendrons une horloge. Quand nous mesurons la durée du jour et de la nuit, l’enfance et l’âge, nous mesurons notre propre sérialité et nous l’appelons « temps ». Tempus ne fugit pas : c’est notre vie séquentielle qui est considérée comme éphémère. Le « temps » est une invention, une hypothèse développée par notre envie d’objectiver le subjectif : le mot représente un aspect de notre volonté de s’affirmer comme des entités fonctionnant dans un univers d’objets dont nous sommes les sujets autonomes. Nous l’avons inventé comme un élément d’affirmation de soi. Il n’y a pas une telle ’chose?’, n’a jamais été, ne pourrait jamais être. C’est une objectivation de l’aspect séquentiel de nous-mêmes. C’est simplement notre durée apparente que nous avons essayé de séparer de nous-mêmes et nous sommes devenus une « chose » à part entière. Nous l’avons mis en place comme si c’était quelque chose d’indépendant, en avons fait une image (Temps Père), l’avons mise sur un piédestal, l’adorant parfois comme un veau d’or, parfois comme un ennemi et l’utilisant comme un jeu de massacre ! En aucune circonstance de notre sérialité vivante, il n’y a jamais que cette sérialité apparente.


Il s’ensuit donc que l’aspect primaire du temps, ou durée, au moyen duquel tous les phénomènes deviennent perceptibles, est un élément inhérent à notre propre subjectivité, et tout ce que nous attribuons au « temps » fait partie intégrante de notre perception. Nécessairement, alors, ce doit être une dimension de ce que nous sommes, ne doit-elle pas être une direction de mesure autre que les trois qui produisent l’apparence de la forme (longueur, largeur et hauteur), qui est le volume ? Que peut-il en effet être une autre direction de mesure interprétée, non spatialement comme les trois autres, mais rendue perceptible seulement comme séquence ou durée, qui fait partie intégrante de notre phénoménalisation par laquelle nous devenons apparents en tant qu’objets - en tant qu’objets semblent durer ?

Mais de telles directions de mesure, spatiales ou interprétées comme des séquences, ne sont pas des objets en tant que tels. Ils sont, pour ainsi dire, des mesures de ce que nous sommes du centre de ce que nous sommes, un « centre » qui, étant de l’infini, est omniprésent. Ils représentent conceptuellement ce que nous sommes, se mesurant pour se manifester, nouménon devenant phénoménal au moyen du volume et de la durée tridimensionnels. Ils sont conceptualisés pour que ce que nous sommes dans le temps puisse être analysé et compris, mais ils n’ont pas d’existence objective en tant que choses en soi. Ils ne sont rien de plus qu’un schéma par lequel nous pouvons comprendre, dans la mesure du possible, notre intemporalité en train de se manifester en tant que phénomène temporel.

Original

‘Time’, conceptualised as an object, could never make sense, for it has no objective existence whatever. It is just our sequential living. It is, perhaps, the living itself of life. We objectify it by means of clocks, and persuade ourselves that clocks measure ‘it’, whereas what they are measuring is our life. When we miss or catch a train we miss or catch a clock. When we measure the duration of day and night, childhood and age, we are measuring our own seriality and calling it ‘time’. Tempus does not fugit : it is our sequential living which is seen as fleeting. ‘Time’ is an invention, a hypothesis developed by our urge to objectivise the subjective : the word represents an aspect of our volition to affirm ourselves as entities functioning in a universe of objects of which we are the autonomous subjects. We have invented it as an element of self-affirmation. There is no such ‘thing’, never was, never could be. It is an objectivisation of the sequential aspect of ourselves. It is simply our apparent duration which we have tried to separate from ourselves and have turned into a ‘thing’ in its own right. We have set it up as if it were something independent, made an image of it (Father Time), put it on a pedestal, sometimes worshipping it as a golden calf, sometimes regarding it as an enemy and using it as a coconut-shy ! Not in any circumstance of our living seriality is it ever any thing but that apparent seriality itself.


It follows, therefore, that the primary aspect of time, or duration, by means of which all phenomena become perceptible is an element inherent in our own subjectivity, and whatever we attribute to ‘time’ is part and parcel of our perceiving. Necessarily, then, it must be a dimension of what we are, indeed must it not be a direction of measurement which is other than the three which produce the appearance of form (length, breadth and height), which is volume ? What indeed can it be but a further direction of measurement [148] interpreted, not spatially like the other three, but rendered perceptible only as sequence or duration, that is an integral element in our phenomenalisation whereby we become apparent as objects — as objects which appear to last ?

But such directions of measurement, spatial or interpreted as sequence, are not objects as such. They are, so to speak, measurements of what we are from the centre of what we are, a ‘centre’ which being of infinity is ubiquitous. They represent conceptually what we are, measuring itself in order to manifest itself, noumenon becoming phenomenal by means of tri-dimensional volume and duration. They are conceptualised in order that what intemporally we are may be analysed and understood, but they have no objective existence as things-in-themselves. They are no more than a schema whereby we may comprehend, as far as that may be possible, this our intemporality in the process of becoming manifest as that temporal phenomenon.

(excertos de Wei Wu Wei Wei Wu Wei
Terence Gray
Pseudonyme d’un auteur, Terence James Stannus Gray, d’une série de livres selon l’école de la non-dualité, avec une message originaire de sources bouddhistes, hindouistes et taoïstes.
, The Tenth Man, p. 147-148)


Voir en ligne : THE TENTH MAN