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Mollâ SADRÂ SHÎRÂZÎ (1640), le plus illustre élève...

mardi 15 mai 2018

Mollâ SADRÂ SHÎRÂZÎ (1640), le plus illustre élève de Mir Dâmâd, est en revanche une figure par excellence des « Platoniciens de Perse ». Son œuvre colossale comprend, entre autres traités, deux grandes Sommes : celle qui a pour titre « Les Quatre voyages spirituels », et celle qui est un commentaire de Kolaynî (largement utilisé ici dans le livre Ier), et qui, tout en étant malheureusement restée inachevée, constitue un monument de la philosophie prophétique du shî’isme. Mollâ Sadrâ se signale en premier lieu à l’attention du philosophe par sa métaphysique de l’être, laquelle bouleverse la vénérable métaphysique de l’essence pour lui substituer une métaphysique donnant primauté d’origine? à l’acte d’exister?. On peut parler ici de l’« actualité » des préoccupations de Mollâ Sadrâ. Cette option fondamentale détermine les positions de thèses caractérisant l’originalité du maître qui a marqué de son empreinte la philosophie iranienne jusqu’à nos jours.

Mollâ Sadrâ est le philosophe des métamorphoses études transsubstantiations. Sa vision est celle d’une chute de l’Âme jusqu’au fond des abîmes, dont la remontée, en atteignant au niveau de la forme humaine, émerge enfin au seuil du monde? spirituel (le Malakût) ; cette vision n’a rien d’évolutionniste, comme quelques-uns l’ont dit trop rapidement ; c’est la vision d’un monde en ascension par une action? divine perpétuellement à l’œuvre. Tout en professant l’unité transcendantale de l’être, la métaphysique de Mollâ Sadrâ n’admet qu’une attribution de l’être par analogie? aux différents degrés d’intensification ou de dégradation de l’acte d’être déterminant les essences. Par là même, elle fonde son principe du « mouvement intrasubstantiel » ou « transsubstantiel », dont les effets se prolongent jusque dans le devenir posthume de l’être humain?. Mollâ Sadrâ professe une notion de la matière? proche de celle de ses contemporains les « Platoniciens de Cambridge », et telle que les frontières entre esprit? et matière s’abolissent dans la médiation du mundus imaginalis dont Mollâ Sadrâ achève la métaphysique inaugurée par Sohrawardî.

Il l’achève par sa doctrine de l’Imagination créatrice, imagination [XVI] qui n’est ni l’œuvre de la mémoire, ni la combinaison de perceptions sensibles antérieures, mais Image imaginante, forme initiale en laquelle d’emblée le monde s’imagine en nous, et qui fait de chaque âme la créatrice de son paradis ou de son enfer. Dans toute la mesure où il justifie ainsi les faits d’imagination indépendants des perceptions extérieures, Mollâ Sadrâ est un précurseur des recherches qui, prenant origine dans l’œuvre de G. Bachelard, tendent de nos jours à instaurer enfin une métaphysique de l’Imagination. Celle-ci est pour Mollâ Sadrâ comme le corps subtil impérissable de l’âme (l’okhêma de Proclus), et détermine sa philosophie de la Résurrection, sa vision de la triple croissance de l’être humain. Le processus de ces palingénésies est inauguré dès ce monde, pour le philosophe, dans toute la mesure où il prend conscience? des implications mystiques de l’acte de Connaître. Mollâ Sadrâ appose son sceau personnel sur le long problème de l’union essentielle, sans confusion des personnes, entre l’âme et l’Intelligence agente qui est l’Esprit-Saint. L’acte de Connaître ainsi entendu, est fondamentalement gnose, connaissance? salvifique impliquant nouvelle naissance. Le nom de Mollâ Sadrâ Shîrâzî ne devrait plus être absent de nos histoires générales de la philosophie.


Voir en ligne : EN ISLAM IRANIEN IV