Página inicial > Modernidade > Heidegger, Martin (1889-1976) > Duval (HZ:197-201) – Linguagem

Heidegger et le Zen

Duval (HZ:197-201) – Linguagem

Tao: l’extension que vient de parler dan le repos d’un silence resplendissant qui affleure

domingo 25 de setembro de 2022, por Cardoso de Castro

      

Escutemos a processão da Linguagem no desdobramento afirmativo de si da Panrealidade universal  , processão e afirmação onde põe em obra o Tácito.

      

Ecoutons la procession de la Langue dans le déploiement affirmatif de soi de la Panréalité universelle, procession et affirmation où se met en oeuvre le Tacite.

Corps de Shiva   : corps oeuvré par la provenance fulgurante de la Vie universelle qui donne forme en le rythme encore muet de son alchimie   anonyme.

Corps de Shiva : corps oeuvré par l’affleurement du Silence qui s’éclôt au coeur de ce vivant particulier qu’est l’homme, éclosion qui fait de proche en proche vibrer la Panréalité toute entière. Corps de Shiva, manifestation de la Dimension authentique du Corps de l’Homme comme Miroir silencieux de la Vie universelle.

Corps de Shiva : corps oeuvré par l’extase du Cri qui sort du Silence, qui sort du Coeur-Miroir de l’Homme. Homme-Cri qui mire l’élan inachevé de la Vie universelle en quête de sa propre Harmonie. Harmonie tacite-Silence-Cri vers Harmonie explicite. Tension, Arc de cette “ex-pli-citation”.

Corps de Shiva : corps oeuvré par l’extension du Chant qui dit l’amplitude blessée du Silence primordial. Recherche de l’Accord parfait de la Vie universelle avec elle-même à partir de sa provenance qui repose. Corps de Shiva : Corps-Miroir ; Corps-Voix. Voix qui se condense, se cristallise, se configure, se conforme en un Corps. Corps amphoral pancosmique de Shiva : schème cristallisé de la Vie universelle.

Et le Corps de Shiva vient à danser. Dans un Cercle de Feu. Cercle de Feu : provenance du Tacite foudroyant qui met en oeuvre les pas de Shiva ; provenance qui fait affleurer le Silence ; affleurement d’où surgit le Cri ; surgissement qui se déploie dans l’ampleur du Chant ; éploiement qui se cristallise dans le Corps amphoral de Shiva, centre dansant du Cercle de Feu. Corps de Shiva : à la fois cristallisation focale de toutes les énergies universelles et extase dansante qui met en oeuvre cela qui l’oeuvre. Corps de Shiva : miroir qui focalise et qui irradie : telle se montre la Respiration essentielle de la Panréalité universelle dans le rythme systole-diastole qui lie le Feu universel à la réalité humaine pancosmique de Shiva.

Méditation. Voir la Danse   de Shiva dans le Cercle de Feu comme Schème parfait de ce qui se joue dans le Panréalité universelle.

C’est à partir de ce Schème qu’il faut comprendre l’essence de la réalité humaine.

Les hommes n’ont pas d’abord eu “conscience” de leur individualité pour ensuite projeter les schèmes démesurés de leurs Mythes, mais c’est à partir de la Démesure de leurs Mythes qu’ils ont reçu la Mesure de leur humanité.

“Mythe” signifie d’abord “Parole”. “Mythe” dit l’Accord de la réalité humaine à la provenance silencieuse des Mondes. Une figure mythique est une figure en laquelle toute société particulière schématise la conscience qu’elle a d’un tel accord. Et c’est de cet Espace “parlant” du Mythe que tout homme singulier tire la substance de sa nature et de son identité “particulière”. C’est à partir de Là (Vraie Dimension du Dasein  ) qu’il peut parler, discourir, s’entretenir, de ce qu’il est, de ce qu’il veut et de ce qu’il pense. Si toute société a une mythologie particulière, singulière, l’essentiel est de voir qu’en chacun de ces mythes s’exprime la conscience immédiate qu’a l’homme d’être le Miroir, l’écho de la Parole depuis sa tacite provenance jusqu’à sa mise en oeuvre dans le Corps dansant. Les figures mythologiques sont les figures pancosmiques par quoi l’homme exprime la Geste de sa nature vraie. Rien d’essentiel ne s’est dit ni ne peut se dire dans la vie de l’humanité en dehors de cette proximité de l’Espace de la Parole primordiale où parle la Geste du Mythe, Lieu où se schématise la Parole.

Dans la Mesure où le Poète parle à partir de Cela qui parle en la Vibration silencieuse du Mythe primordial où se schématise l’intention signifiante qui porte la Vie universelle à vouloir se signifier elle-même en plénitude, dans cette Mesure la Parole du Poète articule primordialement les mots dont la Cité fera usage.

C’est en écoutant les conteurs, eux-mêmes à l’Ecoute du Mythe, de la Parole en sa provenance essentielle, que les hommes apprirent à nommer les choses et les êtres : qu’ils apprirent à signifier leurs relations avec le monde, les autres et l’infini, dans le jeu ambigu où toute nomination engage, puisqu’elle se fait dans la Provenance d’un tacite qui n’est jamais totalement explicite. Faisant cercle sous les étoiles ; serrés dans l’espace forclos de l’igloo ; appuyés sur les montants des tentes dans les déserts, les hommes écoutent celui qui parle en étant à l’Ecoute de la Parole. Celui-là qui se laisse le plus intensément oeuvrer par la Vie universelle, par le Poème pancosmique, est lui-même poème dans cette attention, dans cette attente essentielle. C’est parce qu’il est poème qu’il peut porter aux autres hommes la parole poétique. C’est parce qu’il est poème, se sentant plus obscurément, plus intensément oeuvré par la Vie universelle, qu’il ne peut s’en tenir à proférer un son rauque et monocorde pour signifier ce qu’il ressent. Dans l’intensité du Poème qui l’oeuvre, le poète moue le grain des sons dans la forge de sa bouche. La langue danse dans sa bouche, tirant de l’aigu, tirant du grave. Il commence à articuler les sons qui désignent la Force primordiale qui fait être tout ce qui est ou peut être. Il commence à articuler les sons qui désignent tout ce qui est dans la provenance de Cela qui, du fond de la Nuit cosmique cherche à se dire à soi-même que Cela est. Il commence à articuler les sons qui disent le Don de l’Etre dans les facettes des choses qui ne sont dans leur manifestation que dans la Mesure de cette nomination qui les révèle en propre à partir de leur provenance et dans leur tension métamorphique. La Parole dansée du Poète est alors écho de la Parole schématisée dans le Corps pancosmique de l’Homme mythique dont il a reçu le Don de la Parole. La Parole dansée du Poète s’effectue sur le fond du Chant égrené par quelque instrument dont les notes, distillées goutte à goutte sous les étoiles sont l’Echo   du Chant primordial, Rumeur d’Ailleurs qui prit voix dans l’univers à partir de la fécondation du coeur de l’Homme mythique, du coeur de la réalité humaine s’apercevant immédiatement dans sa Vraie Dimension. La Parole dansée du Poète, portée par le Chant de la Cythare, s’éploie dans l’ampleur de l’Espace étoilé, ampleur du tacite qui se révéla Silence dans le coeur des premiers hominiens dont les yeux de braise se hissèrent vers la Voûte étoilée et s’étonnèrent de son incandescence dans le Feu de sa provenance. Assemblés en cercle sous les étoiles, la parole du poète qui parle depuis la Parole, restaure et aimante le coeur de ceux qui l’écoutent vers Cela qui fait signe dans l’ampleur du tacite qui désire l’évocation de l’homme. La diction du poète recueille la Parole de l’Univers. Lui qui se laisse oeuvrer jusqu’à danser la Parole dans la forge de sa bouche révèle le Grand Oeuvre que fulgure la Vie universelle. Tout et tous se tiennent alors dans l’unité poëmatique de la Panréalité consciente de sa volonté d’être signifiée. Et Heidegger   précise :

— « La Parole qui s’effectue en se déployant (das entwerfende Sagen) est Poème : Parole du Monde et de la Terre ; Parole de l’espace de jeu de leurs combats et par là Lieu de toute proximité et de tout éloignement des dieux. Le Poème est la Parole qui dit l’éclosion de tout ce qui est. Toute langue fait advenir la Parole en laquelle se manifeste proprement (geschichtlich) pour un peuple son monde et se sauvegarde la puissance de la Terre recéleuse. La Parole qui s’effectue en se déployant est cela qui dans le frémissement (Bereitung) de ce qui peut être dit porte annonce du tacite qui demeure...
 
La langue elle-même est Poème au sens essentiel. Dans la mesure cependant où la langue en tant que telle est l’avènement en lequel se décèle immédiatement pour l’homme tout ce qui est en sa puissance propre, la “poésie”, entendons le “Poème” au sens étroit du mot, est elle-même “Poème” au sens de puissance poématique de l’Etre germinal (ursprüngliche Dichtung). » [1]

Le poème est alors écho du Poème de l’univers dans l’oralité qui se tient dans la provenance du tacite ; qui demeure dans l’amplitude du Silence; qui s’éploie dans la Dimension du Chant ; qui s’articule dans la fidélité du Cri ; qui se danse dans les forges de la bouche universelle du Poète en complicité pancosmique. Travail du Poème de l’Univers qui met en chemin, qui met en oeuvre la Parole qu’il décèle de lui-même sur lui-même afin de montrer la Douleur comme Douleur d’enfantement.

Parce que cette Parole était vibratoire ; parce que sa vibration était essentielle, les hommes éprouvèrent la nécessité tardive de conserver ce qu’ils n’étaient plus capable de recréer dans les nuits des déserts, dans les soirs des igloos. L’écriture fut d’abord calligraphie. Calligraphie : danse des encres végétales sur la virginité du Lin disant la Danse spiralante de l’Univers dans le Coeur vibrant de l’Homme poétique. Calligraphie : trans-piration de la surabondance du Blanc disant déjà, au plus près, les douleurs du tacite en travail d’enfantement, les douleurs du Silence qui s’éploie en Chant, se zèbre en Cri et se schématise dans la pâte de l’encre qu’effectue le poète devenu Respiration universelle. Le calligraphe ne crée pas : il laisse se dire, il révèle. Il est nécessaire, mais d’une nécessité relative : geste de la réalité humaine dans la Geste de l’espace parlant le mythe, porté par l’homme mais non pas fait par l’homme.

François Cheng parle de ce Jeu rythmé des traits sur le Lin surabondant :

— « L’aspect ordonné apparemment statique, de cette représentation ne doit pas nous faire oublier que nous sommes en présence d’un langage dynamique dont les éléments composants s’impliquent les uns les autres. Langage éclaté, qui remet en question les rapports entre le Dit et le non-dit, l’action et la non-action et, en fin de compte, le sujet et l’objet. Pour les poètes, seul ce langage, mû par le Vide, est capable d’engendrer la parole où circule le “souffle”, et par là, de trans-écrire l’indicible. C’est ici qu’il convient de rappeler une fois encore l’importance du Vide dans la pensée esthétique chinoise. L’homme possédant la Dimension du Vide, efface la distance entre les éléments extérieurs ; et la relation secrète qu’il saisit entre les choses est celle même qu’il entretient avec les choses. Au lieu d’utiliser un langage descriptif, il procède par “représentation interne” en laissant les mots jouer pleinement leur “jeu”. » (287)

Alors dans le Jeu du Blanc et du Trait qui tra-duit le passage du tacite à l’ex-plicite, peut se dire la Parole dans la calligraphie qui décèle. Avec les yeux de Mallarmé lisons les lignes de Wang-wei :

— « Sur le tard

Mille choses

S’estimer

Savoir ainsi

Brise de pin

Lune   de Mont

Seigneur demander

Chant de pêcheur

seulement aimer quiétude

ne pas occuper l’esprit  

manquer de ressources

retourner au bois ancien

souffler dénouer ceinture

éclairer pincer cythare

ultime vérité

pénétrer roseaux profonds. » [2]

Et encore, Chang chien :

— « Matin clair

Soleil naissant

Sentiers silencieux

Chambre du Ch’an

Lumière de montagne

Ombre de lac

Dix mille bruits

Seul rester

pénétrer temple antique

éclairer hauts arbres

communiquer lieu secret

fleurs-plantes profondes

jouir humeur d’oiseau

vider coeur d’homme

à la fois silencieux

son de pierre musicale. » [3]

Ef Heidegger complice :

— « Puissant est dans la pierre le tacite. » [4]

Plus tardivement encore viendra la langue des tards-venus  . Issus du Couchant, ils raidiront l’écriture, et la calligraphie prendra le caractère raide de l’imprimerie. Les “imprimés” n’auront plus pour les “tards-venus” qu’une valeur instrumentale destinée à véhiculer les codes de leurs relations artificielles avec le monde, les autres comme avec eux-mêmes, transformant la Demeure de l’Univers en maison de papier. Le poète iconoclaste de ce monde forclos brisera bien la raideur des mots mais la surréalité à quoi il destine le regard ne sera plus que l’espace du Néant où il croira lire le nom de l’Etre oublié. Dans l’ère du non-sens décrété, l’absence de sens ne comble pas pour autant. Somnoler dans le désert ne fait pas pour autant percevoir la provenance du Ciel.

A moins que.

A moins que dans ce regard purifié des choses, des visages et des mots n’éclate soudain à nouveau l’attrait pour la source de l’Etre que l’on croyait perdue.

A moins que le rideau du Temple des mots se déchirant on retrouve la puissante lunule qui irradie dans le Silence de la Paix universelle le Feu qui ne cesse d’embraser l’Univers.

A moins que, un soir de Noces avec le Monde, un soir de Noce avec lui-même, l’homme pancosmique ne s’éveille du mauvais rêve de ce qu’il croit sa vie pour retrouver les Pas de Shiva, pour retrouver sa Dimension primordiale, Miroir des Mondes, Echo des Mondes, Mythe. Mythe.

A moins que, sortant du songe d’une nuit d’été, il ne Voit enfin “ce que l’homme a cru voir”.

Alors seulement, comme aux jours de l’antique rythme du Coeur néoplatonicien, l’homme sera “sage”, d’une sagesse qui est beauté, d’une beauté qui est accord de toutes les puissances de son être avec l’Etre, avec la Vie universelle, dont l’élan créateur appelle l’homme à création pour pacifier la douleur d’enfantement par quoi elle se comprend elle-même. Et avec le Maître antique, il suffit alors de se laisser dire :

— « Reviens en toi-même et regarde : si tu ne vois pas encore la beauté en toi, fais comme le sculpteur d’une statue qui doit devenir belle : il enlève une partie, il gratte, il polit, il essuie jusqu’à ce qu’il montre un beau visage dans la statue ; comme lui, enlève le superflu, redresse ce qui est oblique, nettoie ce qui est sombre pour le rendre brillant, et ne cesse pas de sculpter ta propre statue jusqu’à ce que l’éclat divin de la vertu se manifeste... Es-tu devenu cela ? Est-ce que tu vois cela ? Est-ce que tu as avec toi-même un commerce pur, sans que rien d’autre soit mélangé intérieurement avec toi-même ?... Te vois-tu dans cet état ? Tu es alors devenu une vision ; aie confiance en toi ; même en restant ici, tu as monté ; et tu n’as plus besoin de guide ; fixe ton regard et vois. (Plotin  . Ennéades 1-6, 9, 7) »

Fixe ton regard et vois...


Ver online : Jean-François Duval


[1GA9 59 : « Wahrheit als die Lichtung und Vergebung des Seienden geschieht, indem sie gedichtet wird. Alle Kunst ist als Geschehenlassen der Ankunft der Wahrheit des Seienden als eines solchen im Wesen Dichtung... »

GA9 61 : « Das entwerfende Sagen ist Dichtung : die Sage der Welt und der Erde, die Sage vom Spielraum ihres Streites und damit in der Stätte aller Nähe und Ferne der Götter. Die Dichtung ist die Sage der Unverborgenheit des Seienden. Die jeweilige Sprache ist das Geschehnis jenes Sagens, in dem geschichtlich einem Volk seine Welt aufgeht und die Erde als das Verschlossene aufbewahrt wird. Das entwerfende Sagen ist jenes, das in der Bereitung des sagbaren zugleich das Unsagbare als ein solches zur Welt bringt...
Die Sprache selbst ist Dichtung im wesentlichen Sinne. Weil nun aber die Sprache jenes Gechehnis ist, in dem für den Menschen überhaupt erst Seiendes als Seiendes sich erschließt, deshalb ist die Poesie, die Dichtung im engere.. Sinne, die ursprünglichste Dichtung im wesentlichen Sinne. »

[2François Cheng: l’écriture poétique chinoise, suivie d’une anthologie des poèmes des T’ang – Seuil 1977, p. 176

[3ibid., p. 205.

[4GA12: 45 : « Gewaltig ist das Schweigen im Stein. » (Georg Trakl, cité par Heidegger).