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LA BHAKTI

Silburn : Śiva voilé par l’illusion

I. ŚIVA - LE - MAGICIEN (MĀYĀVIN)

jeudi 26 avril 2018

« Hommage à Lui... qui seul possède assez de pouvoir pour faire de l’irréel le réel même » [1].

Seul existe Śiva, lumière? de la Conscience? indifférenciée (prakāśa) qui se manifeste sous forme de tout ce qui est. Cette lumière repose en elle-même, d’où sa béatitude? ; libre, parce qu’unique, il n’y a rien dont elle dépende. Préexistant à l’espace et au temps qu’elle engendre, elle est omniprésente et éternelle. Elle contient tout, pas un atome n’existe hors d’elle.

Résidant dans notre cœur en tant que Sujet universel, elle illumine notre vie, nos démarches psychiques et nous permet de percevoir le monde? externe ; sans elle nous serions insensibles, aveugles et aucune expérience ne serait possible [2].

C’est pourquoi Utpaladeva? s’écrie : « Pour Te connaître, il n’est nul besoin d’aide ; il n’existe pas d’obstacle non plus. Tout est submergé par le flot surabondant de Ton existence? ! » (XII. 1). La Réalité? infinie, en sa plénitude, mais sans jamais sortir d’elle-même, irradie le monde.

Si Paramaśiva — conscience et félicité indivises — constitue notre substance, pourquoi ne le discernons-nous pas comme tel et sommes-nous soumis à l’illusion?, à l’angoisse et aux douleurs, asservis au corps et à l’ego ? C’est que, répondent les philosophes kaśmīriens, Śiva est un magicien qui, par sa force créatrice et décevante, la māyā, se cache lui-même à lui-même — comme l’araignée s’enroule dans sa toile — afin de déployer son jeu prodigieux, servitude et délivrance [3]. Il se perçoit alors comme fragmenté en d’innombrables êtres pétris d’oubli de soi, car suscitant une multiplicité, il se dérobe et masque l’unité :

« Il n’y a ni Toi ni moi, ni contemplé ni contemplation, dit Lallâ, mais seulement le créateur de l’univers qui s’est perdu dans l’oubli de lui-même. Si les aveugles n’y découvrent aucun [18] sens, par contre les sages, ayant vu le Suprême, se perdent en Lui » (59).

S’adressant à son âme, elle gémit : « En ton illusion pourquoi as-tu sombré dans le fleuve des existences ? Ayant détruit la levée (qui permet de traverser les marécages), il n’y a plus pour loi que le bourbier des ténèbres spirituelles. Les aides de Yama (la Mort) au temps marqué t’entraîneront vers un horrible sort. Qui peut te délivrer de la peur de la mort ? » (74).

S’il est vrai qu’en Śiva liberté, connaissance?, félicité et amour ne font qu’un, pourtant, selon la nature? du mystique, différentes attitudes prédominent : l’intuition chez le jñānin adonné à la connaissance, l’absorption? contemplative à la fois bienheureuse et efficiente chez le yogin et l’amour chez le bhakta.

C’est sous ces trois chefs que nous aborderons le problème de la réalisation de Śiva : dans l’acte de conscience, puis dans l’appréhension de la libre félicité et enfin dans l’amour ; trois modes d’approche de Śiva voilé par l’illusion.


Voir en ligne : LA BHAKTI


[1Stavacintāmanī de Bhattanārāyana avec le commentaire de Ksemarāja. N° 10. 1918., śl. 60.

[2Īśvarapratyabhijnāvimarśinī d’Abhinavagupta I. III, I stance d’introduction et II. III, 14 avec comm. d’Abhinavagupta, vol. Il, p. 119, 1. 8.

[3Paramārthasāra śl, 32-33.