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FRAGMENTS D’UN ENSEIGNEMENT INCONNU

Gurdjieff: la suprême illusion de l’homme

Piotr Ouspensky

sábado 7 de abril de 2018

Lavastine

Je demandais à G. ce qu’un homme? devait faire? pour assimiler son enseignement.

— Ce qu’il doit faire ? s’écria-t-il comme si cette question? le surprenait. Mais il est incapable de faire quoi que ce soit. Il doit avant tout comprendre certaines choses?. Il a des milliers d’idées fausses et de conceptions fausses, surtout sur lui-même?, et il doit commencer? par? se libérer au moins de quelques-unes d’entre elles, s’il veut jamais acquérir quoi que ce soit de nouveau. Autrement, le nouveau serait édifié sur une base fausse, et le résultat serait pire encore.

— Comment un homme peut-il se libérer des idées fausses ? demandai-je. Nous dépendons des formes? de notre perception?. Les idées fausses sont produites par les formes de notre perception.

G. fit non de la tête :

— Vous parlez encore d’autre chose?. Vous parlez des erreurs qui proviennent des perceptions, mais il ne s’agit pas de cela. Dans les limites? de perceptions données?, on peut errer plus ou moins. Comme je vous l’ai déjà dit?, la suprême illusion? de l’homme, c’est sa conviction? qu’il peut faire. Tous les gens pensent qu’ils peuvent faire, tous les gens veulent faire, et leur première question concerne toujours ce qu’ils auront à faire. Mais à vrai dire, personne? ne fait rien? et personne ne peut rien faire. C’est la première chose qu’il faut comprendre. Tout arrive. Tout ce qui survient dans la vie? d’un homme, tout ce qui se fait à travers lui, tout ce qui vient de lui — tout cela arrive. Et cela arrive exactement comme la pluie tombe parce que la température s’est modifiée dans les régions supérieures? de l’atmosphère, cela arrive comme la neige fond sous les rayons du soleil?, comme la poussière se lève sous le vent. [42]

« L’homme est une machine. Tout ce qu’il fait, toutes ses actions?, toutes ses paroles, ses pensées?, ses sentiments?, ses convictions, ses opinions?, ses habitudes?, sont les résultats des influences extérieures, des impressions? extérieures. De par lui-même un homme ne peut pas produire? une seule pensée, une seule action. Tout ce qu’il dit, fait, pense, sent — tout cela arrive. L’homme ne peut rien découvrir, il ne peut rien inventer?. Tout cela arrive.

« Mais pour établir ce fait, pour le comprendre, pour se convaincre? de sa vérité?, il faut se libérer de milliers d’illusions sur l’homme, sur son être créateur?, sur sa capacité d’organiser consciemment sa propre vie, et ainsi de suite. Rien de tel n’existe. Tout arrive — les mouvements populaires, les guerres, les révolutions, les changements de gouvernement, tout cela arrive. Et

cela arrive exactement de la même façon que tout arrive dans la vie de l’homme individuel. L’homme naît, vit, meurt, construit des maisons, écrit des livres, non pas comme il le désire, mais comme cela arrive. Tout arrive. L’homme n’aime pas, ne hait pas, ne désire pas — tout cela arrive.

« Mais aucun homme ne vous croira jamais, si vous lui dites qu’il ne peut rien faire. Rien ne peut être dit aux gens de plus déplaisant et de plus offensant. C’est particulièrement déplaisant et offensant parce que c’est la vérité, et que personne ne veut connaître? la vérité.

« Si vous le comprenez, il nous deviendra plus facile de parler. Mais c’est une chose de saisir avec l’intellect? que l’homme ne peut rien faire, et une autre de le ressentir “avec toute sa masse”, d’être réellement convaincu qu’il en est ainsi, et de ne jamais l’oublier?.

« Cette question de faire (G. appuyait chaque fois sur ce mot?) en soulève d’ailleurs une autre. Il semble toujours aux gens que les autres? ne font jamais rien comme il faudrait, que les autres font tout de travers. Invariablement chacun pense qu’il pourrait faire mieux. Nul ne comprend ni n’éprouve le besoin de comprendre que ce qui se fait actuellement — et surtout ce qui a déjà été fait — d’une certaine façon, ne pouvait pas se faire d’une autre façon. Avez-vous remarqué comme ils parlent tous de la guerre ? Chacun a son propre plan, sa propre théorie. Chacun est d’avis que l’on ne fait rien convenablement. En vérité cependant, tout est fait de la seule manière [43] possible. Si une seule chose pouvait être faite différemment, tout pourrait devenir différent. Et alors peut-être n’y aurait-il pas eu? la guerre.

« Essayez de comprendre ce que je dis : tout dépend de tout, toutes les choses se tiennent, il n’y a rien de séparé. Tous les événements suivent donc le seul chemin? qu’ils puissent prendre. Si les gens pouvaient changer, tout pourrait changer. Mais ils sont ce qu’ils sont, et par conséquent les choses, elles aussi, sont ce qu’elles sont. »

Original

I asked G. what a man had to do to assimilate this teaching.

"What to do?" asked G. as though surprised. "It is impossible to do anything. A man must first? of all understand certain things. He has thousands of false ideas and false conceptions, chiefly about himself, and he must get rid of some of them before beginning to acquire anything new. Otherwise the new will be built on a wrong foundation and the result will be worse than before."

"How can one get rid of false ideas?" I asked. "We depend on the forms of our perception. False ideas are produced by the forms of our perception."

G. shook his head.

"Again you speak of something different,"’ he said. "You speak of errors arising from perceptions but I am? not speaking of these. Within the limits of given perceptions man can err more or err less. As I have said before, man’s chief delusion is his conviction that he can do. All people think? that they can do, all people want to do, and the first question all people ask is what they are to do. But actually nobody does anything and nobody can do anything. This is the first thing that must be understood. Everything? happens. All that befalls a man, all that is done by him, all that comes from him - all this happens. And it happens in exactly the same way as rain falls as a result of a change in the temperature in the higher regions of the atmosphere or the surrounding clouds, as snow melts under the rays of the sun, as dust rises with the wind.

"Man is a machine. All his deeds, actions, words, thoughts, feelings, convictions, opinions, and habits are the results of external? influences, external impressions. Out of himself a man cannot produce a single thought, a single action. Everything he says, does, thinks, feels - all this happens. Man cannot discover anything, invent anything. It all happens.

"To establish this fact? for oneself, to understand it, to be convinced of its truth, means getting rid of a thousand illusions about man, about his being? creative and consciously organizing his own life, and so on. There? is nothing of this kind. Everything happens - popular movements, wars, revolutions, changes of government, all this happens. And it happens in exactly the same way as everything happens in the life of individual? man. Man is born, lives, dies, builds houses, writes books, not as he wants to, but as it happens. Everything happens. Man does not love?, hate, desire - all this happens.

"But no one will ever believe you if you tell him he can do nothing. This is the most offensive and the most unpleasant thing you can tell people. It is particularly unpleasant and offensive because it is the truth, and nobody wants to know the truth.

"When you understand this it will be easier for us to talk. But it is one thing to understand with the mind? and another thing to feel it with one’s "whole mass,’ to be really convinced that it is so and never forget it.

"With this question of doing" (G. emphasized the word), "yet another thing is connected. It always seems to people that others invariably do things wrongly, not in the way they should be done. Everybody always thinks he could do it better. They do not understand, and do not want to understand, that what is being done, and particularly what has already been done in one way, cannot be, and could not have been, done in another way. Have you noticed how everyone now is talking about the war? Everyone has his own plan, his own theory. Everyone finds that nothing is being done in the way it ought to be done. Actually everything is being done in the only way it can be done. If one thing could be different everything could be different. And then perhaps there would have been no war.

"Try to understand what I am saying: everything is dependent on everything else, everything is connected, nothing is separate. Therefore everything is going in the only way it can go. If people were different everything would be different. They are what they are, so everything is as it is." This was very difficult to swallow.


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