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ÉTUDES DE PHILOSOPHIE ANCIENNE ET DE PHILOSOPHIE MODERNE

Brochard : LES MYTHES DANS LA PHILOSOPHIE DE PLATON

V. Brochard

lundi 17 juin 2013

Il est peut-être intéressant de remarquer que le rôle assigné à la croyance par Platon est précisément inverse de celui que la philosophie moderne est disposée à lui donner. Pour la plupart de nos contemporains, en effet, pour ceux du moins qui Veulent bien faire une place à la croyance, celle-ci est conçue comme dépassant la science et s’élevant au-dessus des phénomènes. Ce sont les plus hauts objets de la pensée humaine : Dieu, l’âme, la vie future, ceux-là même sur lesquels la science positive, limitée à la connaissance? des phénomènes et de leurs lois, n’a aucune prise, qui sont l’objet? propre de la croyance. La croyance est envisagée parfois comme supérieure à la science même ; pour un peu on essayerait de nous persuader qu’elle est plus certaine et plus sûre : en tout cas elle s’entend beaucoup plus loin : - « Je vois, je sais, je crois » diraient volontiers quelques-uns avec le poète. C’est tout le contraire chez Platon. L’esprit? humain? à ses débuts est encore plein de confiance dans sa force et sa puissance. Les déceptions de la recherche ne l’ont pas encore mis en défiance contre lui-même. C’est par la science dont il Aient de concevoir l’idée, par la science claire, définitive et inébranlable telle que les mathématiques en ont fourni le modèle, qu’il se flatte d’atteindre les plus hauts objets. C’est la réalité suprême, celle des Idées, qu’il croit atteindre du premier coup, et c’est à mesure qu’il descend du ciel vers la terre, qu’il passe de l’être au devenir, de la lumière à l’obscurité, de la science à la croyance. La croyance est une moindre science, parce qu’elle a pour objet des réalités de plus en plus concrètes. Elle va ainsi en s’affaiblissant de degré en degré ; très forte encore et très voisine de la science quand elle s’applique aux êtres immortels, elle s’affaiblit à mesure qu’elle descend l’échelle des êtres, et quand elle arrive au plus bas degré, quand elle arrive à l’expérience sensible, quand elle passe des qualités de la matière à la matière elle-même, elle devient de plus en plus trouble et incertaine, jusqu’à ce qu’elle s’efface complètement et se perde dans les ténèbres. Dans le Timée la matière échappe presque entièrement aux prises de l’esprit, elle n’est aperçue que par un raisonnement bâtard. Elle est à peine un objet de croyance, mogis piston. Ainsi, tandis que pour la science moderne les phénomènes donnés par l’expérience sont le type même de la certitude et le point de départ nécessaire de la connaissance, et que les réalités supérieures ne sont plus atteintes que par la croyance, chez Platon ce sont les réalités supérieures qui sont objet de science, et les phénomènes qui sont objet de croyance. Rien peut-être n’est plus propre que cette opposition à marquer la différence profonde qui sépare le point de vue du philosophe ancien de celui de la pensée moderne.

Si ces considérations sont exactes, il en résulte quelques conséquences fort importantes pour l’interprétation de la philosophie platonicienne. La critique moderne s’est peut-être trop pressée d’écarter les mythes platoniciens et de les considérer comme un simple jeu du philosophe. En particulier les mythes du Timée devraient être pris au pied de la lettre. On peut d’ailleurs s’en assurer en les rapprochant des autres dialogues. Il n’y a peut-être pas dans tout le Timée une affirmation de quelque importance qu’on ne puisse retrouver sous une forme à peine différente dans d’autres dialogues. Nous voudrions en donner un ou deux exemples à propos des problèmes essentiels : la nature? de l’âme et celle de Dieu.


Voir en ligne : Platon