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L’entrée en métaphysique

Gaboriau : A la recherche du « Point de départ »

Florent Gaboriau

dimanche 20 décembre 2009

L’entrée en métaphysique, Florent Gaboriau.

A la recherche du « Point de départ » (le « Cogito » cartésien)

Le point de départ est-il une « vérité fondamentale » ?

Un thomiste notoire, E. Gilson, estime que le point de départ indémontrable de la Métaphysique est une vérité saisie dès le principe et comme à l’intérieur de la raison :

« Toute métaphysique présuppose une notion de l’être donnée à la méditation du métaphysicien » (Introduction à la philosophie chrétienne, Vrin, 1960, p. 124).

Quelle notion ? « Cette notion proprement thomiste de l’esse » (p. 103), c’est « la notion d’être entendue au sens, non pas de l’étant (ens, habens esse, ce qui est) mais bien de l’acte d’être (esse), qui composant avec l’essence en fait précisément un étant, un habens esse. » (ib., p. 103)

Autrement dit, une notion de l’être où se trouve donnée — et prise comme telle au principe — la distinction dans l’ens, de l’esse et de l’essentia.

E. Gilson estime en effet que « bien des raisons suggèrent la composition d’essence et d’être dans les étants, mais aucune ne la démontre à la rigueur » (ib., p. 55). Nous sommes censés la tenir « comme une vérité de cette simple vue qu’Aristote justifie par la transcendante excellence de l’intellect sur les principes mêmes qu’il pose » (ib., p. 124).

En conséquence, « il n’y a pas de science de la cause de la science » (ib., 124). Et s’il est bien vrai qu’il importe, pour éviter aux controverses entre grandes métaphysiques de rester vaines, de les faire s’affronter sur le plan des principes plutôt que sur celui des conséquences, Gilson estime que « de confronter leurs interprétations des principes, c’est ce qu’elles n’aiment pas faire, car leur premier principe est le même ; seulement, elles l’entendent différemment » (ib., p. 124) [7]


Voir en ligne : Heidegger et ses références


[7Sans vouloir trancher ici — avec les arguments qui conviennent — le problème historique de la pensée de saint Thomas sur ce point, nous croyons devoir indiquer tout de suite à ceux que l’autorité thomiste de M. Gilson risquerait d’entraîner dans la voie de cette « philosophie chrétienne » préconisée par lui à partir du principe susdit et en dépendance d’une interprétation de l’Exode ;

a) la « vérité fondamentale de la philosophie chrétienne » ainsi conçue n’est pas telle que nous puissions l’adopter ainsi, d’un bloc, comme un principe sans discussion dès le départ ;

b) si la cause de la science échappe à toute science, il n’y a plus de philosophie possible des sciences. La Philosophie première aurait-elle pour objet « toute vérité », sauf une (d’importance, par ses conséquences...) ?

c) refuser de confronter les « philosophies diverses » sur leur principe, c’est abandonner la partie. Dire qu’elles ont toutes au fond le même principe — entendu différemment, mais en réalité identique, — c’est minimiser le différend...