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L’entrée en métaphysique

Gaboriau : A la recherche du « Point de départ »

Florent Gaboriau

dimanche 20 décembre 2009

L’entrée en métaphysique, Florent Gaboriau.

A la recherche du « Point de départ » (le « Cogito » cartésien)

Le point de départ est-il l’évidence ?

Il est commun de déclarer qu’on part d’une évidence. Le tout est de préciser laquelle, d’en fixer une qui soit universellement valable, absolument indiscutable ! Car il est évident que le métaphysicien ne peut explicitement s’offrir pour commencer tel « principe » justement dont il conviendra de manifester la valeur, tel principe dont l’énoncé justement prête à contestation et qu’il serait trop facile de s’accorder au départ, pour en tirer ensuite ses déductions. On parle de principes, principes « premiers » comme on dit, mais justement sont-ils si « premiers » universellement qu’on le dit : le principe du tiers-exclu que vous pouvez croire évident, un physicien a professionnellement l’expérience de sa relativité. J’en dirai autant du principe même d’identité. Cet énoncé dont vous déclarez avoir l’évidence, cela même doit être remis en question, si tout doit être remis en question.

D’autre part, toutes les expériences n’ont pas ce caractère de l’évidence initiale ! N’appelons pas « évidences » telles expériences authentiques certes et variées, « données immédiates » qui doivent servir de matière à l’investigation philosophique, mais dont la variété même ne saurait faire « le » point de départ. Le mot de Duméry : « convaincre les philosophes qu’on ne part jamais de rien, mais au fond de tout » est plus généreux que pertinent. On peut l’entendre certes, mais à condition de préciser dans ce « tout » exactement « quoi » : çu’est-ce qui, par — tout, représente pour le philosophe, « le » point de départ ? (Je dis que c’est en toutes choses l’interrogation qui s’y rapporte.)

Enfin, on ne nie point cet arrière-fond d’évidences vagues que chacun porte en soi. Mais précisément il s’agit pour le philosophe de dépasser ce tâtonnement, de trouver une prise ferme. Tâche urgente, s’il est vrai que l’on subit autrement le « poids dont pèse sur tout discours philosophique l’arrière-plan d’évidence vague dont, depuis Aristote Aristóteles
Aristote
Aristotle
Ἀριστοτέλης (384-322 aC)
jusqu’à Bergson, et au-delà, la philosophie n’est pas arrivée à s’affranchir. » [4]


Voir en ligne : Heidegger et ses références


[4J. Beaufret, Heidegger et le problème de la vérité, dans Fontaine, n° 63, nov. 1947, p. 759.