PhiloSophia

PHILO = Apreço + SOPHIA = Compreensão

Version imprimable de cet article Version imprimable

Accueil > Ocidente > Allard l’Olivier : L’EXPECTATIVE

L’Illumination du Coeur

Allard l’Olivier : L’EXPECTATIVE

PREMIÈRE PARTIE

samedi 19 septembre 2009

Cette relation qui unit le sujet pur ou radical à l’objet?, on peut, à la suite de Husserl, l’appeler intention. L’intention est être elle-même, l’être intentionnel, et l’être de l’objet, comme celui du sujet, ne sont que les « moments » de l’intentionnalité. Il y a donc, selon Husserl, un sujet dans toute visée intentionnelle, et ce sujet, bien entendu, ne saurait être le vieux sujet psychologique à l’intérieur duquel certains seraient tentés de loger l’intentionnalité (comme certains idéalistes, jadis, logeaient l’objet connu). Et, de fait, il n’y a pas une « intériorité psychologique » à opposer à F« extériorité » du monde? sensible. « L’in-tentionnalité ne peut être conçue sur le modèle d’une donnée interne ou externe, car elle constitue la dimension primordiale à l’intérieur de laquelle se séparent l’extérieur et l’intérieur. L’in-tentionnalité étant le rapport sujet-objet, ne se laisse attribuer à aucun des deux termes du rapport [5]. »

Il faut entendre par là que la radicalité subjective d’un sujet connaissant vise non seulement les objets sensibles qui environnent le corps de ce sujet, mais ce corps lui-même, et les parties de ce corps distinguées les unes des autres, et, en outre, toute image ou tout objet intelligible mentalement « là devant » cette radicalité. S’il y a lieu de parler d’une « ligne de partage » entre le sujet et ce qui n’est pas lui, cette ligne doit être conçue comme isolant, non pas un certain sujet psychologique d’un certain monde objectif, mais le sujet radical, le sujet au sens strict, pur proférant-visant, de ce que ce sujet n’est pas. Or, ce sujet, au sens strict, est le foyer qui existencifie le sujet pensant et percevant, car c’est lui, ce noyau radical, qui profère le sutn. La radicalité subjective est aussi radicalité existentielle. On aurait souhaité qu’Husserl dirigeât de ce côté ses pénétrantes recherches. Mais, dans la mesure où il a prescrit la « mise entre parenthèses » de toute existence? et refusé, conséquemment, d’examiner aussi bien la question de l’existence du pôle subjectif de la relation intentionnelle que celle de l’existence du pôle objectif, quel qu’il soit, qui ne manque jamais à une telle relation, Husserl, semble-t-il, s’est fermé la voie qui conduit au décèlement du principe radical subjectif, lequel, cependant, une fois décelé à l’occasion de la prise de conscience? qui résulte du retournement vers soi opéré par l’ignorant sagace, ne peut pas ne pas être posé comme cela qui ne peut être objectivement visé, mais qui, cependant, vise tout et est ce par quoi le sujet pensant et percevant existe.

Husserl enseigne la « mise entre parenthèses » de toute existence, tant celle du pôle subjectif que celle du pôle objectif de la relation intentionnelle. Heidegger, quant à lui, repousse une fois pour toutes l’opposition sujet-objet. Et, en ce qui concerne l’existence, ne voulant considérer que des « étants », il s’y prend de telle manière que ses premiers traducteurs français ont eu toutes les peines du monde à opérer une transposition correcte de son vocabulaire : les choses sensibles sont des « étants », le Dasein seul ek-siste ; mais on traduit aussi en disant que les choses sensibles existent et sont des existants. Il s’est produit, en cette matière?, une grande et regrettable confusion. Il est urgent de réintroduire la notion d’exister en la distinguant de la notion d’être. Il n’est rien dont il soit question qui ne soit ; donc tout « est » ; mais tout étant n’existe pas par là même. Exister, c’est être en acte. Or, il est certain que j’existe par la vertu du principe radical de ma subjectivité ; mais je ne sais pas si l’exister que je décèle et dont je suis? doué en tant qu’être pensant englobe la totalité de l’être-que-je-suis. En particulier, je ne sais pas si j’existe corps et âme, si mon corps existe par là même que j’existe comme pensant. De ce fait, je ne sais pas avec certitude si les choses sensibles en lesquelles je me trouve corporellement inviscéré existent comme, proférant le sum, j’existe.


Voir en ligne : André Allard l’Olivier


[5E. Fink, L’Analyse intentionnelle et le problème de la pensée spéculative, dans Problèmes actuels de la Phénoménologie, Desclée de Brouwer, 1952, pp. 75 et suiv.