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| + | A primeira decisão é a de traduzir "das Ich" como " | ||
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| + | Em seguida, o tradutor deve decidir se coloca ou não aspas à volta desta palavra. Trata-se da palavra " | ||
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| + | C’est une particularité de la langue française, comparée par exemple à l’allemand ou l’anglais, | ||
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| + | Lorsque le philosophe veut procéder à une substantivation du pronom de la première personne, doit-il la faire porter sur « je » ou sur « moi » ? Dira-t-on « le je » ou dira-t-on « le moi » ? L’usage a longtemps été de dire « le moi ». Mais, depuis quelque temps, on rencontre dans la littérature philosophique de langue française un substantif « le je » là où l’on aurait trouvé autrefois « le moi ». Quel est l’enjeu de cette divergence ? Puisqu’il s’agit en réalité de savoir comment rendre dans nos langues modernes le mot latin « ego », il y a intérêt à aborder ce problème à partir des difficultés que peut rencontrer un traducteur. | ||
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| + | Kant a écrit un texte remarquable, | ||
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| + | Posséder le Je (das Ich) dans sa représentation : ce pouvoir élève l’homme infiniment au-dessus de tous les autres êtres vivants sur la terre. Par là, il est une personne […][[Kant, | ||
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| + | Comme le fait remarquer Étienne Balibar [], le traducteur (français) de ce texte doit prendre deux décisions, l’une sur la manière de rendre « das Ich » en français, l’autre sur le point de savoir s’il s’agit du mot ou de l’objet que ce mot est censé désigner. | ||
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| + | D’abord, première décision, faut-il traduire « das Ich » par « le Je » ou par « le Moi » ? Balibar défend le choix de Foucault qui parle de posséder le Je (majuscule !) dans sa représentation. En effet, écrit-il, le pouvoir dont parle ici Kant n’est pas celui de décrire un objet (qui est sa propre personne), il est celui d’assumer à la première personne ce qu’on en dit. À cette raison, on peut objecter ceci : en français, le mot qui permet de souligner qu’on assume une position est justement « moi ». Le sujet souligne que son opinion est bien la sienne, celle qu’il soutient, en disant par exemple : « Moi, je pense ainsi. » Qui plus est, c’est bien le mot latin « ego » qui est utilisé dans la proposition fondatrice des philosophies du sujet : ego cogito, ego sum. Comme l’ont souligné avec raison les commentateurs de Descartes, il faut traduire l’énoncé canonique « ego cogito » par « moi, je pense[[Étienne Gilson remarque que le latin « ego cogito » rend plus fermement la pensée de Descartes que ne le fait le français « je pense » (dans son commentaire de Descartes, Discours de la méthode, Paris, Vrin, 1962, p. 292). Moi qui pense, moi du moins j’existe, quoi qu’il en soit de tout le reste.]] ». | ||
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| + | Ensuite, seconde décision, le traducteur doit déterminer s’il mettra ou non les guillemets à ce mot. S’agit-il du mot « Ich » ou de l’objet ainsi désigné ? Comme on le voit, poser cette question, c’est retomber dans la difficulté précédente, | ||
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| + | En fin de compte, ces deux décisions n’en font qu’une. Si Kant veut parler du mot allemand « Ich », alors on devra traduire son « das Ich » comme s’il avait écrit « das “Ich” », et dans ce cas on pourra parfois le restituer en français par « le Je », en entendant par là le mot « je ». Mais si Kant veut dire que l’homme peut se représenter quelque chose qu’il appelle das Ich, il convient de traduire par le substantif « le moi », l’idée étant que l’homme trouve dans le contenu de sa représentation quelque chose dont il peut dire : c’est moi. Et c’est alors que se pose le difficile problème signalé par Balibar : cet objet n’est justement pas un objet, ce quelque chose qui est représenté semble pourtant impossible à présenter dans une représentation. | ||
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| + | Dans le cas présent, il apparaît qu’il faut traduire le « das Ich » de Kant par « le “je” » là où Kant traite du progrès que fait le petit Charles quand il cesse de dire « Charles veut manger » pour dire désormais « Je veux manger ». Il écrit dans le même paragraphe : | ||
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| + | Il faut remarquer que l’enfant, qui sait déjà parler assez correctement, | ||
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| + | En revanche, il paraît préférable d’utiliser le mot « moi » comme un substantif, donc sans guillemets, pour traduire la première phrase : ce que possède l’homme dans sa représentation, | ||
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