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satya / sathya / satyam

    

SATYA (réel, vrai ; vérité). Sk., adj. substantivé au nt. Dérivé de sat, « étant », « existant », « réel », « bon », participe présent (aussi employé comme adjectif) de la racine as-, être, exister pleinement, substantiellement. Littéralement : « qui a trait à l’existant » ; « what is in accordance with reality » (J.D. Willis, On Knowing Reality, New York, 1979, p. 188).

1 / Védisme

La devise de l’Etat indien, satyam evajayate, « c’est le vrai qui triomphe », est empruntée à la Muņdaka-Upanisad (II, 1, 6). La phrase se termine par : nanrtam, « et non le faux ». Ce qu’il s’agit de conquérir, c’est le chemin qui mène jusqu’aux dieux et que prennent les sages pour atteindre le « séjour du vrai ». Le satya est donc à la fois le but et le moyen. Double valeur que peut éclairer l’histoire des usages de ce terme dans la langue védique.

L’adjectif satya dérive de rat, « étant », participe présent du verbe AS-, « être » ; satya est étymologiquement « ce qui a rapport à l’étant », « ce qui est effectivement ». (Il est fréquent aussi que satya soit un synonyme pur et simple de sat.) On dit d’un dieu   qu’il est satya lorsqu’il agit de telle sorte que la réputation qu’il a se trouve confirmée par la façon dont il se manifeste, ou encore quand les pouvoirs qu’on lui attribue se réalisent en des actes qui en sont la preuve : ainsi voit-on le dieu Indra   mériter son nom de « victorieux » quand il rend satya son courroux (son manyu) qui fait trembler tout l’univers (Ŗg-Veda  , IV, 17, 10 ; cf. Oldenberg, Kleine Schriften, p. 341). Dans ce cas on dit vrai quand on dit d’Indra sa kilasi satyah, « tu es certes vraiment, effectivement [toi-même] » (Ŗg-Veda, II, 12, 15). Le sacrifice offert par l’ennemi doit être anéanti pura satyat, « avant l’effectivité », c’est-à-dire avant qu’il ne devienne réel, avant qu’il n’ait été poussé assez loin pour porter inévitablement ses fruits (Atharva-Veda, VII, 70, 1). A la lumière   de cette valeur de satya on comprend le composé satyadharman, « dont les lois sont effectives ». L’expression satyasamkalpa, appliquée en Chandogya  -Upanisad, III, 14, 2 au brahman  , est traduite « qui n’a pour concept que la vérité » (A. Foucher), sein Ratschluss ist Wahrheit (P. Deussen). Entendons : ce qu’il conçoit (son samkalpa) est, ou devient réel.

Dans les Brdhmaņa, le type même du satya, ce qui constitue le réel par excellence, c’est le rite en tant qu’il est efficace et aussi en tant qu’il est accompli avec exactitude de manière à produire à coup sûr les résultats escomptés : ainsi entendu, satya, le « réel », forme couple avec sraddha, la « confiance » (en l’efficacité du sacrifice) ; c’est le plus beau couple (uttamam maithunam), car le « réel » personnifié s’identifie au sacrifiant et la « confiance » personnifiée s’identifie à son épouse (Aitareya-Brahma  ņa, VII, 10 ; cf. S. Levi, Doctrine du Sacrifice, p. 164. La relation doit se lire aussi dans l’autre sens : le sacrifiant et son épouse, c’est comme satya et sraddha). Une sélection s’opère dans le domaine du donné empirique : dans la masse des actes sont donc satya ceux qui possèdent ce surcroît de réalité qu’est l’effectivité rituelle ; dans la masse des paroles, ce qui constitue le satya, c’est le Veda dans son ensemble ou telle formule (mantra) tirée du Veda et considérée comme l’essence même de ce texte. Or un des aspects de l’exactitude rituelle est une observance concernant les paroles que le sacrifiant est autorisé à prononcer : il lui est fait obligation de ne dire que des paroles védiques, ou, s’il s’agit de paroles profanes, de ne rien dire qui ne soit vrai. « Le satya, c’est ce qui possède l’existence, le réel ; la vérité n’en est qu’une espèce » (S. Lévi, op. rit., p. 163).

Dans les Upanisad, cependant, on voit se dégager la notion de satyasya satyam, « le réel du réel ». Selon P. Deussen (Die Philosophie der Upanishad  ’s, p. 130 et 162), cette expression, qui figure en Brhad-Araņyaka-Upanisad, II, 1, 20, est la marque d’un dédoublement dans le sémantisme de satya : d’une part (prolongeant l’usage des Brahmaņa en l’adaptant à leur vue métaphysique  ) les auteurs des Upanisad désignent par satya la réalité suprême, l’absolu qui a nom brahman (tandis que ce terme, dans les Brahmaņa, désignait la teneur du texte védique) ; d’autre part, satya est un nom pour la réalité empirique ; satyasya satyam est donc ce qui, du réel de l’expérience positive, se détache comme étant effectivement vrai et qui n’est autre que le brahman. Aussi bien est-il affirmé en Brhad-Aranyaka-Upanisad, I, 6, 3 que « l’immortel » (amrta, une façon ici de nommer le brahman) est voilé, caché (channa) par le réel (satya).

Hétérogénéité du satya dont cherchent à rendre compte les spéculations étymologiques des Upanisad : on découpe dans le mot satya des tranches censées correspondre à deux ordres différents de réalité, ou même à faire dans le satya (c’est-à-dire à loger dans le mot satya) la part qui est celle de l’irréalité, de la fausseté ou du mensonge. En Brhad-Araņyaka-Upanisad, II, 3, 1, satya est décomposé en sat, compris comme « réalité sensible   », et tya, syllabe à laquelle est attribuée, arbitrairement et pour les besoins de cette construction, la valeur « transcendant » (Cf. aussi [2906] Kausitaki-Upanisad, I, 6). Ailleurs (Bŗhad-Araņyaka-Upanisad, V, 5, 1), satya est scindé en trois syllabes : sa-ti-ya, « la première et la dernière syllabes sont le réel, au milieu le faux (l’irréel). Ainsi l’irréel, encadré de part et d’autre par le réel, participe lui-même au réel. Le faux ne blesse pas qui sait ainsi » (trad. Emile Senart). (C. Malamoud.)

• A. Bergaigne, La religion védique d’après les hymnes du Rig-Veda, t. I à III, Paris, 1878-1883. — P. Deussen, Die Philosophie der Upanishad’s, Leipzig, 1899 ( =Allgemeine Geschichte der Philosophie, vol. I, 2). — S. Lévi, La doctrine du sacrifice dans les Brahmanas, Paris, 1898 (réimpr. avec préface de L. Renou  , Paris, 1966). — H. Oldenberg, « Zur Religion und Mythologie des Veda I », Nachrichten von der Kgl. Gesellschaft der Wissenschaften, Göttingen, Philol.-hist. Klasse, 1915, repris dans Kleine Schriften I, Wiesbaden, 1967.