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instituição simbólica

domingo 17 de outubro de 2021

Il est temps, à présent, d’en venir à l’institution symbolique, terme à peu près équivalent, quoique plus large, à ceux, husserliens, de Stiftung et d’Urstiftung. Comme chez Husserl  , l’institution symbolique l’est toujours, pour nous, d’aperceptions qui sont toujours, comme telles, re-connaissables en ce qu’elles traversent, pour leur plus grande part, les vicissitudes du temps, ne relèvent pas, primairement, du souvenir ne faisant que les re-temporaliser en présence. Elles sont donc aperceptions de langue en un sens plus large que celui de la langue explicitement parlée : non pas que toute langue ne puisse s’en saisir, puisqu’elles sont reconnaissables, mais qu’elles peuvent se coder symboliquement (si l’on veut : sémiotiquement) selon d’autres «systèmes» symboliques que celui de la langue parlée, selon une «autre langue» que la langue parlée, qui peut-être langue technique, rituelle, ou mythique (au sens large), ou encore philosophique, donc «langue» de gestes et de signes muets autant que langue, traditionnellement, de pensée. Cela correspond, grosso modo, à ce qui a été l’approche structuraliste des «systèmes» symboliques. Pourquoi dès lors parlons-nous d’institution symbolique ? Ce n’est pas pour trouver, de manière qui serait artificielle, quelque ancrage dans la phénoménologie de Husserl   - cet ancrage, nous l’avons plutôt retrouvé après coup.

En première approximation, nous proposons le terme d’institution symbolique pour remplacer celui de «culture», parce que celui-ci a toujours été opposé, classiquement, à «nature», et parce que les cultures dites archaïques - c’est-à-dire en fait non marquées par l’institution de la philosophie - n’ont pas pensé ou élaboré cette opposition comme telle. Ce qui est pour nous la «nature» y est complètement intégré au champ de la «culture», la «nature», la physis, étant, depuis les physiologues ioniens, d’institution philosophique, et encore plus la physique qui l’étudie, qui vient au jour avec Aristote   avant d’être reprise, tout autrement, à l’époque moderne. Par institution symbolique, nous entendons donc tout d’abord, dans sa plus grande généralité, l’ensemble, qui a sa cohésion, des «systèmes» symboliques (langues, pratiques, techniques, représentations) qui «quadrillent» ou codent l’être, l’agir, les croyances et le penser des hommes, et sans que ceux-ci en aient jamais «décidé» (délibérément), ce pourquoi nous utilisons le terme, anonyme, d’institution, nécessaire pour comprendre ce qui, par l’institution, paraît comme toujours déjà «donné» d’ailleurs. Son paradoxe fondamental est donc de paraître toujours déjà constituée, tout d’abord et le plus souvent inaperçue comme telle, ne se livrant jamais avec son origine, et d’être en même temps l’objet de multiples apprentissages, au demeurant jamais exhaustifs - c’est ce qui fait le nerf de l’éducation humaine, dont on sait qu’elle est infinie et qu’elle ne peut jamais conduire à l’omniscience et à l’omni-sapience. En ce sens aussi, l’institution symbolique, qui fait, chaque fois, qu’une humanité (une ethnie, une société) tient ensemble et se reconnaît, n’est pas un «système» qui serait clos - selon l’illusion qu’en donne le structuralisme -, pas plus, au reste, que les différents «systèmes» que l’on peut y discerner (langue, techniques, mythes, etc.) pour les besoins de l’analyse. Tout s’y tient donc, ensemble, énigmatiquement, et il y a autant d’institution symbolique dans un outillage que dans une langue, dans la disposition de l’espace que dans les récits des origines. L’institution symbolique est donc comme une «totalité» sans dehors, et ses «parties» sont chaque fois des «parties totales». Sa non-clôture apparaît dans le fait qu’elle n’est jamais en coïncidence avec elle-même (telle était l’illusion du structuralisme, illusion nécessaire pour constituer la culture, ou telle «partie» de la culture, comme «objet» identifiable), qu’elle est en elle-même et pour elle-même, tout aussi énigmatiquement, ouverte aux insondables questions de sa contingence. Cela l’entraîne toujours, dans les termes mêmes qu’elle paraît donner d’elle-même et se donner à elle-même, au travail pensant, plus proprement humain, de son élaboration symbolique comme explicitation de son sens. S’il n’y a pas d’homme sans institution symbolique, c’est donc aussi que l’homme est un être de sens, et que telle est, en son sens le plus général, sa facticité, en un sens quasi-heideggerien (mais sans que le sens ne soit à priori réductible à un sens d’être ou à un sens de l’être). Autrement dit, cela revient à penser que le fond ultime de l’institution symbolique, ce par quoi elle rejoint ou fait écho au champ phénoménologique, est, malgré l’accumulation de déterminations (de codes et d’usages de codes) qu’elle signifie, toujours l’indéterminité : par exemple, on croit toujours «savoir» de quoi l’on parle, mais l’expérience de la vie apprend, au fil des âges, que plus on avance, moins on «sait» en réalité de quoi il est précisément et finalement question dans telle ou telle parole, si elle n’est pas triviale.

Cela nous amène à une autre caractéristique, non moins essentielle, de l’institution symbolique : s’il y a des élaborations symboliques successives, qui peuvent être de plus en plus raffinées (ce ce que nous entendons par «civilisation»), d’une institution symbolique, et qui la font entrer dans l’historicité symbolique, qui même, parfois, cela arrive dans l’Histoire, quoique rarement, conduisent à des ruptures symboliques, et à l’émergence d’une nouvelle institution symbolique (par exemple : la philosophie, la science moderne, ou les diverses religions, ou encore la démocratie comme nouveau régime du vivre ensemble), cela ne signifie pas pour autant qu’il y ait progrès symbolique de telle institution à telle autre. Il n’y a pas, contrairement aux apparences, d’institution symbolique plus «simple» ou plus «complexe», toute institution symbolique couvre de sa totalité apparemment sans dehors tout le vivable, le pensable, l’imaginable, le praticable (ce qui signifie corrélativement que ceux-ci changent de distribution et de signification d’une institution à une autre) ; toute nouvelle institution symbolique s’opère en remaniant et en rebrassant complètement l’institution ancienne qui est aussi complexe qu elle, et s’il a, en général, progrès symbolique, c’est, à l’intérieur d’une même institution symbolique, progrès dans l’élaboration et la réélaboration symboliques de son sens, qui la raffinent, la modifient en complexifiant davantage ses ressources pour l’agir et le penser. Cela peut cependant conduire, aussi, à sa «saturation», c’est-à-dire à sa dégénérescence dans la «complication». Il ne faut donc pas confondre la complexité, qui va de pair avec tous les raffinements de la subtilité, avec la complication qui peut être aussi «morte» dans l’étiquette surannée d’une Cour que dans les distinctions artificielles d’une scolastique. A cet égard, une institution symbolique, quelle qu’elle soit, peut toujours être affectée de dégénérescence symbolique, dans ce que nous nommons un Gestell symbolique, détournant à notre profit l’usage heideggerien du terme. [Marc Richir  ]

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