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Hulin (PEPIC:31-33) – atman - analogia mar e rios

quarta-feira 24 de agosto de 2022

    

Revenons d’abord sur ces comparaisons célèbres, notamment celle des rivières débouchant dans l’océan, car elles s’avèrent revêtir une signification toute différente dès lors qu’on les examine dans leur contexte. « Ces rivières, mon cher, coulent, celles de l’Est vers l’Est, celles de l’Ouest vers l’Ouest ; elles vont de la mer à la mer et il n’y a que la mer. De même qu’une fois là elles ne pensent pas : « je suis cette rivière-ci ou celle-là », de même, mon cher, toutes ces créatures qui viennent de l’Être ne pensent pas : « je viens de l’Être » mais, quelle que soit leur forme d’existence ici-bas, tigre, lion, loup, sanglier, ver, insecte, taon, moustique, elles conservent cette forme ». Il l’a incontestablement une certaine maladresse dans la manière dont est présentée cette image : le premier membre de la comparaison paraît vouloir insister sur la dissolution de l’individualité et le second, au contraire, sur sa préservation. En réalité, de part et d’autre, c’est un cycle qui est décrit. Les êtres vivants, plongés périodiquement dans le sommeil profond [1], retrouvent toujours leur individualité propre, aussitôt qu’ils en émergent. Mais les rivières, tout aussi bien, maintiennent chacune leur forme propre, puisque la mer où elles se jettent les alimente en retour par les pluies ; c’est en ce sens qu’elles vont «de la mer à la mer». L’intention du texte n’est donc pas d’illustrer le caractère précaire et superficiel de l’individualité mais, bien plutôt, de mettre en valeur ce qu’elle a de radical : l’individu parvient, comme par miracle, à rassembler ses parties constituantes mêlées à la substance de l’Être indifférencié, pour émerger complet et inchangé au réveil. D’autre part, cependant, « il n’y a que la mer » : la rivière n’est qu’un segment du cycle de l’eau   et, pareillement, l’individu ne saurait se détacher réellement de l’Être, c’est-à-dire de l’atman  .

On s’achemine ainsi vers l’idée que la signification atman — tout en transcendant le moi   empirique — demeure incomplète et inauthentique, tant qu’elle n’a pas intégré le « moment de l’individuation ». Aussi est-ce seulement en première approximation que le sommeil profond peut passer pour un dépassement véritable de l’individualité empirique. Ainsi Indra  , dans le mythe où lui et l’asura   Virocana apparaissent comme des étudiants brahmaniques dont Prajapati est le guru, finit, après plusieurs tentatives malheureuses, par identifier l’atman à « celui qui dort d’un sommeil profond, calme et sans rêves ». Mais ensuite il réalise : « En vérité, celui-ci, à ce moment-là, ne se connaît pas lui-même sur le mode du « c’est moi », et pas davantage ne connaît-il ces êtres ; il est comme annihilé. Je ne vois rien de bon en cela ». Sans aller jusqu’à postuler, connue on le fera plus tard, l’existence   d’un quatrième état — turiya — de la conscience, la Ch.U   reconnaît donc clairement l’impasse représentée par le sommeil profond et, plus généralement, par tout dépassement « immédiat » ou « mécanique » de l’individualité. Rétrospectivement, nous comprenons que toute cette théorie du rêve et du sommeil profond n’a été qu’un artifice pédagogique et que la réalisation de l’atman s’effectue par d’autres voies [2]. La mort elle-même, ne constitue pas un retour automatique au fondement, mais seul «celui qui sait ainsi » sera libéré par elle « du nom et de la forme » [Mu.U III 2 8].


Ver online : EXCERTOS DA OBRA DE MICHEL HULIN


[1D’après Shankara (Ch.UBh. VI 10 3), il s’agirait aussi bien de la mort (répétée; que de la dissolution périodique, mais cette dernière représentation est étrangère aux Upanishad anciennes.

[2Il est toujours possible, aussi bien, d’invoquer une certaine maturation do la pensée d’une couche de rédaction à l’autre...