PhiloSophia

PHILO = Apreço + SOPHIA = Compreensão

Version imprimable de cet article Version imprimable

Accueil > Oriente > Tchoang-Tzeu : Le Principe est partout

Tchoang-Tzeu : Le Principe est partout

dimanche 16 novembre 2008

Wieger

F. — Tong-kouo-tzeu demanda à Tchoang-tzeu : Où est ce qu’on appelle le Principe ? — Partout, dit Tchoang-tzeu. — Par exemple ? demanda Tong-kouo-tzeu. — Par exemple dans cette fourmi, dit Tchoang-tzeu. — Et plus bas ? demanda Tong-kouo-tzeu. — Par exemple dans ce brin d’herbe. — Et plus bas ? — Dans ce fragment de tuile. — Et plus bas ? — Dans ce fumier, dans ce purin, dit Tchoang-tzeu. — Tong-kouo-tzeu ne demanda plus rien. — Alors Tchoang-tzeu, prenant la parole, lui dit : Maître, interroger comme vous venez de faire, ne vous mènera à rien. Ce procédé est trop imparfait. Il ressemble à celui de ces experts de marché, lesquels jugent sommairement de l’engraissage d’un cochon, en appuyant leur pied dessus (le pied faisant une empreinte plus ou moins profonde, selon que le porc est plus ou moins gras). Ne demandez pas si le Principe est dans ceci ou dans cela. Il est dans tous les êtres. C’est pour cela qu’on lui donne les épithètes de grand, de suprême, d’entier, d’universel, de total. Tous ces termes différents s’appliquent à une seule et même réalité, à l’unité cosmique. — Transportons-nous en esprit?, en dehors de cet univers des dimensions et des localisations, et il n’y aura plus lieu de vouloir situer le Principe. Transportons-nous en dehors du monde? de l’activité, dans le règne de l’inaction, de l’indifférence, du repos, du vague, de la simplicité, du loisir, de l’harmonie, et il n’y aura plus lieu de vouloir qualifier le Principe. Il est l’infini indéterminé. C’est peine perdue que de vouloir l’atteindre, que de vouloir le situer, que de vouloir étudier ses mouvements. Aucune science n’atteint là. Celui (le Principe) qui a fait que les êtres fussent des êtres, n’est pas lui-même soumis aux mêmes lois que les êtres. Celui (le Principe) qui a fait que tous les êtres fussent limités, est lui-même illimité, infini. Il est donc oiseux de demander où il se trouve. Pour ce qui est de l’évolution et de ses phases, plénitude et vacuité, prospérité et décadence, le Principe produit cette succession, mais n’est pas cette succession. Il est l’auteur des causes et des effets (la cause première), mais n’est pas les causes et les effets. Il est l’auteur des condensations et des dissipations (naissances et morts), mais n’est pas lui-même condensation ou dissipation. Tout procède de lui, et évolue par et sous son influence. Il est dans tous les êtres, par une terminaison de norme ; mais il n’est pas identique aux êtres, n’étant ni différencié ni limité. (Tchoang-tzeu, 22)

Burton Watson

Master Tung-kuo [1] asked Chuang Tzu Tchoang-tseu
Tchouang-tseu
Chuang Tze
Chuang Tzu
Chuang-tzu
OEUVRE
, "This thing called the Way—where does it exist ?"

Chuang Tzu said, "There’s no place it doesn’t exist."

"Come," said Master Tung-kuo, "you must be more specific !"

"It is in the ant."

"As low a thing as that ?"

"It is in the panic grass."

"But that’s lower still !"

"It is in the tiles and shards."

"How can it be so low ?"

"It is in the piss and shit !"

Master Tung-kuo made no reply.

Chuang Tzu said, "Sir, your questions simply don’t get at the substance of the matter?. When Inspector Huo asked the superintendent of the market how to test the fatness of a pig by pressing it with the foot, he was told that the lower down on the pig you press, the nearer you come to the truth. But you must not expect to find the Way in any particular place —there is no thing that escapes its presence ! Such is the Perfect Way, and so too are the truly great words. ’Complete,’ ’universal,’ ’all-inclusive’—these three are different words with the same meaning. All point to a single reality.

"Why don’t you try wandering with me to the Palace of Not-Even-Anything—identity and concord will be the basis of our discussions and they will never come to an end, never reach exhaustion. Why not join with me in inaction, in tranquil quietude, in hushed purity, in harmony and leisure ? Already my will is vacant and blank. I go nowhere and don’t know how far I’ve gotten. I go and come and don’t know where to stop. I’ve already been there and back, and I don’t know when the journey is done. I ramble and relax in unbordered vastness ; Great Knowledge? enters in, and I don’t know where it will ever end.

"That which treats things as things is not limited by things. Things have their limits—the so-called limits of things. The unlimited moves to the realm of limits ; the limited moves to the unlimited realm. We speak of the filling and emptying, the withering and decay of things. [The Way] makes them full and empty? without itself filling or emptying ; it makes them wither and decay without itself withering or decaying. It establishes root and branch but knows no root and branch itself ; it determines when to store up or scatter but knows no storing or scattering itself."


Voir en ligne : LES PÈRES DU SYSTÈME TAOÏSTE


[1Literally "East Wall Master," perhaps intended to be the same as Master Shun from east of the Wall in sec. 21.