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Corbin (ICSIA): Homologações

segunda-feira 1º de agosto de 2022

      

tradução parcial

Aprofundar este sentido criativo da Oração, é ver como ela cumpre cada vez por sua parte este voto deo Ser Divino aspirando a criar o universo   dos seres, a se revelar neles para ser conhecido de si mesmo  , em resumo o voto do Deus   absconditus ou Theos   agnostos aspirando à Teofania  . Cada oração, cada instante   de cada oração, é então uma recorrência da Criação (tajdid al-khalq), uma Criação nova (khalq jadid), tal como vimos anteriormente o sentido. À criatividade da Oração está ligado o sentido cósmico da Oração, este sentido que percebia tão bem Proclus   na oração do heliotropo. Este sentido cósmico aparece em duas espécies de homologações que esboçam Ibn Arabi   e seus comentadores, e que têm este extremo interesse   de nos mostrar o sufismo reproduzindo, no Islã mesmo, as démarches e configurações mentais da consciência mística conhecidas alhures, notadamente na Índia. Uma destas homologações consiste para o orante a se representar a si mesmo como sendo o Imã de seu próprio microcosmo. Uma outra consiste em homologar os gestos rituais da Oração (realizada privadamente) com os «gestos» da Criação do universo que é o macrocosmo. Estas homologações subentendem o sentido da Oração como criadora; elas preparam, fundamentam e justificam a finalização visionária, posto que precisamente como criação nova, ela significa epifania nova (tajalli  ). Progredimos assim para o encerramento: a Imaginação   criadora à serviço da Oração criadora, na concentração de todos os poderes do coração  , a himma. [ICSIA  ]

Original

Approfondir ce sens créatif de la Prière, c’est voir comment elle accomplit chaque fois pour sa part ce vœu de l’Etre Divin aspirant à créer l’univers des êtres, à se révéler en eux pour être connu de soi-même, bref le vœu du Deus absconditus ou Theos agnostos aspirant à la Théophanie. Chaque oraison, chaque instant de chaque oraison, est alors une récurrence de la Création (tajdid al-khalq), une Création nouvelle (khalq jadid), telle que nous en avons vu précédemment le sens. A la créativité de la Prière est lié le sens cosmique de la Prière, ce sens que percevait si bien Proclus dans la prière de l’héliotrope. Ce sens cosmique apparaît dans deux sortes d’homologations qu’esquissent Ibn Arabi et ses commentateurs, et qui ont cet extrême intérêt de nous montrer le soufisme reproduisant, en Islam même, les démarches et configurations mentales de la conscience mystique connues par ailleurs, notamment dans l’Inde. Une de ces homologations consiste pour l’orant à se représenter soi-même comme étant l’Imam   de son propre microcosme. Une autre consiste à homologuer les gestes rituels de la Prière (accomplie en privé) avec les « gestes » de la Création de l’univers qui est le macrocosme. Ces homologations sous-tendent le sens de la Prière comme créatrice ; elles en préparent, fondent et justifient le dénouement visionnaire, puisque précisément comme création nouvelle, elle signifie épiphanie nouvelle (tajalli). Nous progressons ainsi vers le dénouement : l’Imagination créatrice au service de la Prière créatrice, dans la concentration de toutes les puissances du cœur, la himma.

La première de ces homologations fait intervenir l’idée de l’Imam, « celui qui guide » ; dans l’usage courant : celui « qui se tient devant » les fidèles, et sur qui ces derniers règlent leurs gestes pour la célébration de la Prière. Dans le Sunnisme, c’est finalement le desservant d’une mosquée, fonction tout à fait indépendante des qualités morales et spirituelles du personnage. Dans le Shî’isme, c’est tout autre chose. Le mot Imam désigne ces personnages qui dans leur apparence et apparition terrestres furent les épiphanies de la divinité, « guides spirituels » de l’humanité vers le sens ésotérique et salvifique des Révélations, tandis qu’en leur existence transcendante, ils assument un rôle d’entités cosmogoniques. Idéologie et dévotion concentrées sur la personne des saints Imâms ont une telle prépondérance, qu’elles déterminent la désignation propre du Shî’isme comme Imâmisme (Imâmîya). Pour les Shî’ites duodécimains, l’Imâm de notre période, le douzième Imâm, est dans l’occultation (ghayba), enlevé à ce monde comme en ont été enlevés Hénoch   et Elie. C’est lui seul qui aurait le droit de guider la Prière. En son absence, assument ce rôle non pas de simples desservants, mais des personnalités éprouvées, reconnues pour leur haute valeur spirituelle ; elles ne sont pas nommées comme des fonctionnaires, mais progressivement reconnues et promues par les habitudes de la communauté. Or, comme semblables personnalités qualifiées sont très rares, et comme après tout elles ne sont que les substituts de l’Imâm réel caché, le pieux Shî’ite imâmite aime autant pratiquer son culte en privé. D’où le grand développement, dans l’Imâmisme, de la littérature des Ad’iya ou liturgies privées.

Cette forme de dévotion est certainement en sympathie, et pour des raisons profondes, avec le rituel privé que nous venons de voir Ibn ’Arabî décrire comme une Monâjât, un entretien intime. Le mystique y est investi lui-même de la dignité d’Imâm à l’égard de son propre univers, de son microcosme. Il est l’Imâm pour « les Anges qui prient derrière lui », invisiblement rangés comme le sont les fidèles à la mosquée. Mais la condition est justement la solitude, le service divin personnel. «Tout orant (mosalli) est un Imâm, car les Anges prient derrière l’adorateur, lorsqu’il prie seul. Alors sa personne est promue pendant la Prière au rang des Envoyés divins, c’est-à-dire au rang (de l’Imâmat) qui est suppléance divine (niyâbat ’an ΛΙ-Lâh). » L’Orant, comme Imâm de son microcosme, est donc le suppléant du Créateur. L’homologation nous met bien ainsi sur la voie de comprendre le sens de la Prière comme créatrice.


Ver online : Excertos de "A Imaginação criadora no sufismo de Ibn Arabi"