Página inicial > Oriente > Daumal (CC:240-242) – o sabor

Daumal (CC:240-242) – o sabor

segunda-feira 12 de setembro de 2022

    

(Nâtya-çâstra, VIe Lecture, 32-33 :)

De même que les gourmets, lorsqu’ils mangent, goûtent la nourriture, mélangée de condiments et d’ingrédients divers, ainsi les sages goûtent en esprit   les sentiments principaux, joints à leurs manifestations et aux divers modes d’expression, et c’est pourquoi (ces sentiments, en tant que goûtés) sont appelés les « saveurs » de l’art dramatique.

Ainsi, une « saveur » est un sentiment manifesté par les moyens de l’art et consciemment perçu. En tant que moment de conscience, la Saveur est une, indivisible  . En tant qu’on la rapporte aux sentiments qui en sont l’occasion, elle présente autant d’aspects qu’il y a de sentiments principaux — 8 ou 10 selon les auteurs. On distingue ainsi : l’Érotique, le Comique, le Pathétique, le Furieux, l’Héroïque, le Terrifique, le Répugnant, le Merveilleux; plus, selon certains, le Parental (amour paternel ou maternel) et le Quiétique (amour religieux).

D’après l’Agni  -purâna, la Saveur procède du troisième terme de la Trinité sous son aspect métaphysique   « Être-Connaissance-Béatitude », par l’intermédiaire du sentiment de soi et du plaisir en général. Le même ouvrage, comme le Nâtya-çâstra, admet 4 Saveurs fondamentales : Érotique, Furieuse, Héroïque, Répugnante, dont les quatre autres dériveraient comme leurs antithèses ou leurs aspects passifs. Mais une place prépondérante est attribuée à l’Érotique qui (comprenant toutes les modalités du sentiment amoureux) devient la saveur fondamentale chez Bhojarâja.

(Rasataranginî, VI — Ce texte est un démarquage du Daça-rupa, mais je l’utilise, n’ayant pas ce dernier ouvrage sous la main — :)

Un sentiment fondamental, transmis par la représentation de ses circonstances déterminantes, effets extérieurs, manifestations corporelles et accompagnements accessoires, et savouré dans son plein développement, est une saveur. Lorsque [cette représentation] provoque un arrêt (un repos) de l’esprit, c’est en cela qu’est la saveur. Ou encore : le réveil dans la conscience d’un sentiment fondamental qui se trouvait conservé comme impression latente, — c’est une saveur. Ce qui provoque cette réminiscence, ce sont les circonstances déterminantes [etc.] représentées de ce sentiment. [L’impression latente peut d’ailleurs (conformément à la croyance hindoue générale), avoir été reçue dans « une autre existence ».]
 
La saveur est de deux espèces : mondaine et non-mondaine (naturelle et surnaturelle). La première naît du contact avec les choses de ce monde. La seconde naît du contact avec les choses non mondaines [...] et elle est connaissance [connaissance qui a le caractère d’une réminiscence].
 
[La saveur se manifeste dans trois domaines : dans les songes, dans les jeux de l’imagination (ou fantaisie) et dans l’art. C’est de la saveur dans l’art que nous nous occuperons, mais il faut reconnaître l’existence des deux autres; par exemple, la stance suivante de Bhartrihari affirme l’existence d’une saveur d’imagination :]
 
« Heureux ceux qui habitent les grottes des montagnes, sur la lumière   suprême méditant, — aux eaux de leur félicité   s’abreuvent les oiseaux, sans crainte en leurs girons blottis ;
mais nous, qui composons par fantaisie palais, étangs et rives;
parcs, jeux et badinages, curieux amusements, et nous y complaisons, — notre vie s’en va en pure perte. »

Ver online : René Daumal