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Hulin : le monde

samedi 23 juin 2018

De toute manière, le monisme de Śaṅkara exclut toute existence? indépendante du « non-pensant » (acit ou jaḍa). Ce n’est pas qu’il verse dans l’hylozoïsme, cette tentation permanente de la pensée indienne qui trouve dans le Jaïnisme son expression la plus systématique, mais il manifeste une certaine propension à voir dans la matière dite inanimée un vaste réseau d’instruments et d’obstacles subordonné aux intentions des jīva. La solution serait donc à chercher dans une extension de la notion de corps propre, le monde se présentant à chaque jīva comme un gigantesque appendice de son organisme. Mais, comme d’autre part toutes ces intentions subjectives des jīva se déploient sous l’empire de la nescience, la tendance spontanée de chacun d’entre eux à s’annexer personnellement, le corps entier de l’univers est abhi-māna, prétention exorbitante. Pour sauver l’objectivité des structures de l’univers sensible Śaṅkara n’a — semble-t-il — d’autre ressource que de postuler l’existence de deux hypostases du suprême Seigneur, de deux jīva qui jouiraient de ce remarquable privilège de pouvoir à bon droit — empiriquement sinon en vérité absolue — considérer le cosmos comme leur corps propre. Il s’agit d’Hiraṇyagarbha et de Virāj, lesquels résultent de la surimposition? sur l’ātman de l’ensemble des corps subtils et de l’ensemble des corps grossiers, respectivement, ainsi qu’il est dit en Ait.UBh Ait.UBh
Aitareyopanisadbhāṣya
Commentaire de Sankara à l’Aitareya Upaniṣad
. III I 3, p. 34. Par ce biais, Śaṅkara parvient aussi à intégrer à son système les thèmes principaux de la cosmogonie purânique traditionnelle. Nul doute qu’il n’admette également l’existence de divinités subordonnées, « régentes cosmiques », qui se livrent, à l’échelle d’un canton de l’univers, à la même opération d’« appropriation » qu’Hiraṇyagarbha et Virāj au niveau de la totalité cosmique. C’est ce qui ressort de textes comme BAUBh BAUBh
Bṛhadāraṇyakopaniṣadbhāṣya
Commentaire de Śaṅkara au Bṛhadāraṇyaka Upaniṣad (Upaniṣad du Grand Livre de la forêt)
. III 8 9 et BSBh BSBh
Brahmasütrabhāṣya
Commentaire de Sankara au Brahma Sūtra ou Brahmasūtra, aussi appelé Vedānta Sūtra
. I 3 33. Toute cette construction théologique est fort cohérente : on pourra soutenir, à volonté, que les dieux sont des sur-hommes en ce que leur « sphère de compétence » s’étend bien au-delà des limites d’un corps humain?, ou bien que les hommes sont autant de petits dieux, chacun régentant son microcosme corporel. Ces deux types de régence, bien qu’irréels en vérité absolue — paramārthatas —, sont valides empiriquement, — vyāvahārika. Comme tels, ils s’opposent à la réalité purement fantasmatique — prātibhāsika — de l’égo-centrisme humain — lequel, dans le rêve ou dans ce rêve éveillé qu’est le désir, prétend s’annexer tout l’univers — ou de l’égo-centrisme « divin » des Asura et autres démons ou titans, gonflés d’orgueil, qui prétendent, au-delà de leur sphère de compétence propre, s’égaler au suprême Seigneur. (note page 132)


Voir en ligne : LE PRINCIPE DE L’EGO DANS LA PENSÉE INDIENNE CLASSIQUE