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Deutsch : saccidananda

vendredi 18 mai 2018

Sylvie Girard

Les Advaitins nomment le Brahman? saccidānanda : c’est-à-dire Être (sat), Conscience? (cit) et Béatitude? (ānanda). Il s’agit là non pas tant d’attributs qualifiant le Brahman que de termes permettant à l’homme? d’appréhender le Brahman. Saccidānanda est un symbole du Brahman que formule l’esprit? humain au moment où il interprète son expérience du [16] Brahman [1]. L’Être (sat) — abstraction? faite des multiples connotations que le terme suscite sur le plan historique et linguistique — renvoie au principe ontologique de l’unité [2], de l’unicité non constituée d’éléments, au substrat existentiel de tous les sujets et de tous les objets. On fait l’expérience du Brahman en tant qu’Être pur, non qualifié. En fait, lui seul « existe » réellement, ce qui veut dire que son mode d’être ne peut se comparer à nul autre phénomène? d’existence? concevable. La Conscience (cit) renvoie au principe de vigilance, qui anime l’être et qui, pour l’Advaitin, est un témoin immuable de notre être. L’expérience du Brahman est une expérience d’illumination : c’est un état de conscience illuminée. C’est aussi un état où l’être est joie. La Béatitude (ānanda) renvoie au principe de la valeur, car l’expérience du Brahman est de nature? extatique : elle annule toute valeur partielle dans sa splendeur incomparable.

Au plan phénoménologique, donc, le Brahman est pour l’Advaita? une affirmation de plénitude de l’être, qui apporte l’illumination et qui est joie. Il se fonde sur l’expérience (anubhava) et non sur la pure spéculation ; et l’expérience éprouvée par celui qui parvient à ce niveau est le but ultime de toute vie humaine.

Original

Brahman is designated by Advaitins as saccidananda : as "being" (sat), "consciousness" (cit), and "bliss" (ananda). These are not so much qualifying attributes of Brahman as they are the terms that express the apprehension of Brahman by man. Saccidananda is a symbol of Brahman as formulated by the mind interpreting its Brahman-experience. [3] Being (sat) apart from its complex historical-linguistic associations points to the ontological principle of unity, [4] to the oneness not constituted of parts, to the existential substratum of all subjects and objects. Brahman is experienced as pure unqualified being. In fact it alone truly "exists" which is to say that its manner of being is not comparable to the supposed existence of anything else. Consciousness (cit) points to the principle of awareness which informs being and which is, for the Advaitin, an unchanging witness of our being. Brahman-experience is illuminating experience ; it is a state of conscious enlightenment. And it is a state of joyous being. Bliss (ananda) points to the principle of value ; to the fact that Brahman-experience is ecstatic and annuls all partial value in its incomparable splendor.

Phenomenologically, then, Brahman is affirmed by the Advaitin as that fullness of being which enlightens and is joy. It has its basis for him in experience (anubhava), not in mere speculation ; and the experience, which is enduring for one who attains it, is the goal of human life.


Voir en ligne : ADVAITA VEDANTA : A PHILOSOPHICAL RECONSTRUCTION


[1Les penseurs advaitiques utilisent ce type de formulation comme étant une « définition par rapport à l’essence » (svarūpalaksana) et la distinguent de la « définition par rapport aux accidents » (tatasthalaksana). Lorsque Brahman est désigné comme saccidānanda, nous’ possédons dès lors une identification essentielle entre le sat, le cit, l’ānanda et Brahman, et non une qualification purement adjectivale du Brahman. En d’autres termes, sat, cit et ānanda ne sont pas conçus comme des attributs ou des accidents qualifiant le Brahman, c’est-à-dire comme des éléments qui lui sont surajoutés ; ils sont des expressions de son essence. Notre intention ici est de démontrer que ces termes ont réellement été utilisés au sens propre, non pas tant sur le mode logique que sur le mode phénoménologique, car le problème n’est pas de définir le Brahman mais de décrire les caractéristiques fondamentales de l’expérience que l’individu fait de l’Unicité.

[2Cf. J.A.B. van Buitenen : Introduction au Vedārthasamgraha de Ramānuja (« Deccan College Monograph Series », 16, Poona, 1956), qui fournit un excellent exposé du développement historique et philosophique de la notion de sat.

[3Advaitic thinkers refer to this type of designation as "definition with reference to essence" as distinguished from a "definition with reference to accidents" With the designation of Brahman as saccidananda, we have an essential identification of sat, cit, ananda with Brahman rather than an adjectival qualifying of Brahman. In other words, sat, cit, ananda are not intended to be qualifying attributes or accidents of Brahman, i.e., something that is superadded to it ; they are intended to be expressions of its essence. Our main contention here, though, is that these terms are really being used properly not so much in a logical as in a phenomenological manner, for the problem is not so much one of defining Brahman as it is one of describing the fundamental features of man’s experience of Oneness.

[4Cf. J.A.B. van Buitenen’s Introduction to Ramanujan’s Vedārthasamgraha ("Deccan College Monograph Series," 16 [Poona : 1956]) for an excellent discussion of the historical-philosophical development of sat.