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Coomaraswamy : nâma-rûpa (TE15)

dimanche 13 mai 2018

Gérard Leconte

Les mots « réel » et « chose? » (angl. « thing ») sont eux-mêmes intéressants. « Réel » est apparenté au latin res, « chose », et sans doute à reor, « réfléchir », « évaluer » ; et « thing » à « think » (« penser », all. denken). Cela montre que les apparences sont dotées de réalité? et d’une quasi-permanence dans la mesure où nous les nommons. Ce qui établit un rapport intime avec la nature? du langage? lui-même, dont la fonction principale est toujours de concrétiser les choses ; et c’est pour cette raison que nous devons employer des termes négatifs (via negativa) pour désigner l’ultime réalité, qui n’est pas une « chose ». Une « chose » est une apparence à laquelle on donne un nom, et c’est précisément ce qu’implique l’expression sanskrite et pâlie nâma-rûpa (nom, ou idée, et phénomène?, ou corps), qui se réfère à tous les objets mesurables, à toutes les individualités connaissables pouvant faire l’objet? d’une recherche statistique. Ce qui en fin de compte est l’être réel, est à proprement parler « sans nom ». « Le nom-et-l’apparence, associés à la conscience?, ne sont que là où il y a naissance, vieillesse et mort, ou déclin et ascension, seulement là où il y a signification, interprétation et compréhension, seulement là où il y a mouvement entraînant une reconnaissance comme tel ou tel » (Dîgha Nikâya, II, 63).

La position du Vêdânta est que toute différenciation (naturation ou qualification) est une question de terminologie (vâcârambhanam vikârah, Chândogya Upanishad, VI, 1, 4-6 ; cf. SN., II, 67 : vinnânassa ârammanam) ; de même selon Platon, « on doit dire la même chose de la nature qui revêt tous les corps ». On ne peut dire des modifications qu’elles sont, « car elles changent au moment même où nous parlons d’elles », mais seulement qu’elles sont « telle et telle », si toutefois il est permis d’en dire autant (Timée, 50 b). Dans ce passage, « la nature en question est cette matière? première et sans forme à laquelle on ne peut donner forme... la nature étant ce par quoi le Producteur engendre » (saint Jean Damascène, De Fide orthodoxa, I, 18) ou « ce par quoi le Père engendre » (saint Thomas d’Aquin, Somme Théologique, I, 41, 5).

Original

The words “real” and “thing” have an interest of their own. “Real” is connected with Lat. res, and probably reor, “think”, “estimate” ; and “thing” with “think”, denken. This would imply that appearances are endowed with reality and a quiasi-permanence to the extent that we name them ; and this has an intimate bearing on the nature of language itself, of which the primary application is always to concrete things, so that we must resort to negative terms (via negativa) when ,we have to speak of an ultimate reality that is not any thing. That a “thing” is an appearance to which a name is given is precisely what is implied by the Sanskrit and Pali expression nāma-rūpa (name, or idea, and phenomenon, or body) of which the reference is to all dimensioned objects, all the accountable individualities susceptible of statistical investigation ; that which is ultimately real being, properly speaking, “nameless”. “Name-and-appearance in combination with consciousness are to be found only where there are birth and age and death, or falling away and uprising, only where there is signification, interpretation, and cognition, only where there is motion involving a cognizibility as such or such” (Digha Nikāya 2. 63).

The Vedantic position is that all differentiation (naturation or qualification) is a matter of terminology (vācārambhanam vikārah, Chāndogya Up. 6. 1. 4-6, cf. S. 2. 67 vihhānassa ārammanam) ; and in the same way for Plato, “the same account must be given of the nature that assumes all bodies ; one cannot say of the modifications that they are, “for they change even while we speak of them”, but only that they are “such and such”, if even to say that much is permissible (Timaeus 50 A, B). In this passage, the “nature referred to is that primary and formless matter that can be informed,... nature as being that by which the Generator generates” (Damascene, De fid. Orth. 1.18) or “by which the Father begets” (St. Thomas, Sum.Theol. 1.41.5).


Voir en ligne : TIME AND ETERNITY