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Dyczkowski : vimarsa

mardi 1er mai 2018

Français

Comme nous l’avons vu, l’absolu? est la lumière de la conscience? (prakāśa) parce qu’elle rend toutes les choses manifestes en brillant dans sa forme universelle. Les phénomènes qui apparaissent dans le champ de la conscience sont directement ressentis de la sorte à l’instant initial de la perception, quand ils sont encore en accord avec le sujet percevant. La lumière de la conscience est elle-même ce que l’expérience directe eut avant que les constructions de la pensée s’interposent entre le sujet et l’objet?, dégradant ainsi l’expérience directe au niveau de l’objectivité, qui obscurcit la lumière de la perception immédiate du sujet. Mais bien que la lumière de la conscience rende compte de l’apparition des phénomènes de cette manière, elle ne rend pas entièrement compte de notre expérience à leur égard. Aucune expérience n’est possible sans la conscience de soi. L’expérience doit être personnelle pour être l’expérience du tout. Comme le suggère Jung :

L’expérience n’est pas possible sans réflexion, car l’expérience est un processus d’assimilation sans lequel il ne peut y avoir de compréhension. [1]

Du point de vue du shivaïsme du Cachemire, cette réflexion est une prise de conscience des images qui apparaissent dans le miroir de la Lumière. Pour que les processus psycho-cosmiques se produisant au niveau de la conscience universelle (saṃvid) soient accessibles à l’expérience, la conscience doit réfléchir (littéralement « se replier ») sur elle-même pour se connaître et ce qui apparaît en elle :

Le Seigneur Shiva
Śiva
le Seigneur
Śiva e Śakti, Deus e seu Poder, formam uma unidade sem dualidade.
Suprême porte en soi le reflet de l’univers et la [réflexion] est Sa nature? comme toute chose?. Il n’est pas non plus inconscient de sa nature en tant que telle parce que ce qui est conscient réfléchit nécessairement sur lui-même. (I.P.v. IPV
ĪPV
I.P.v.
Īśvarapratyabhijñāvimarśinī
Commentary to the Verses on the Recognition of the Lord
)

Cet acte de conscience réflexive est appelé « vimarśa ». Le mot est dérivé de la racine « mṛś » qui signifie toucher, sentir, comprendre, percevoir, réfléchir ou examiner. Ainsi, la « vimarśa » est la puissance de la conscience en vertu de laquelle elle peut se comprendre, se sentir, réfléchir et examiner les événements qui se produisent en elle. Bref, se comporter comme un être vivant illimité. Cette capacité à réfléchir sur soi-même est inhérente à la nature même de la lumière de la conscience ; en effet, c’est sa caractéristique la plus spécifique et la vie même de sa nature sensible. Privée de la conscience réfléchie, la lumière de la conscience n’allait pas plus loin que l’apparition de phénomènes inconnus à quelqu’un comme la lumière qui réfléchit dans un miroir ou un cristal commun.

Par cette conscience, la Lumière se sait être la seule réalité et ainsi repose en elle-même, mais pas comme un objet auto-confiné et sans vie. Il jouit d’une liberté parfaite et est satisfait (caritārtha) en sachant que c’est tout ce qui existe, qu’il soit sujet, objet ou moyen de connaissance?. La conscience de soi est l’omniscience de Dieu, la plénitude (pūrnatā) de la conscience tout-embrassant, sa félicité (ānanda) ou l’enlèvement esthétique (camatkāra) qui contient en elle-même la variété infinie des choses. En tant que tel, c’est la pulsation de la pure contemplation, l’activité intérieure du pouvoir d’action? de l’absolu (kriyāśakti) ; en elle toutes les puissances de l’absolu fusionnent pour former sa conscience incréée du ’je’ (ahaṃ), dont la vibration radiante (sphuraṇa) se manifeste comme la forme, l’émanation et la réabsorption? de l’univers. En contemplant sa propre nature, la conscience prend la forme de tous les plans de l’existence?, du plus subtil au plus grossier. Le pouvoir de la réflexion est donc la liberté créatrice inhérente de la lumière de la conscience de se replier sur elle-même introspectivement et d’être libre de ses formes extérieures, ou de sortir de soi pour voir ses manifestations extérieures. En harmonie avec l’oscillation de la conscience entre ces polarités, l’univers de la manifestation est sans cesse renouvelé et constitue l’essence de la vitalité de sa pulsation. La vibration de la conscience sert, en somme, à rendre compte de la manifestation de phénomènes sans cause matérielle ni changement essentiel de la conscience, et distingue la Lumière en tant que principe primaire et non causé de ses créations.

Original

As we have seen, the absolute is the light? of consciousness (prakāśa) because it makes all things manifest by shining in its universal form. The phenomena? that appear in the field of consciousness are experienced directly in this way at the initial instant of perception when they are still at one with the perceiving subject. The light of consciousness is itself this direct experience had before thought-constructs interpose themselves between subject and object, thus degrading the latter to the level of objectivity, which obscures the light of the subject’s immediate perception. But although the light of consciousness accounts for the appearing of phenomena in this way, it does not by itself fully account for our experience of them. No experience is possible without self-awareness. Experience must be personal to be experience at all. As Jung suggests :

Experience is not possible without reflection, because experience is a process of assimilation without which there could be no understanding.

From the Kashmiri Śaivite point of view, this reflection is an awareness of the images that appear within the mirror of the Light. For the psycho-cosmic processes occurring at the level of universal consciousness (samvid) to be accessible to experience, consciousness must reflect (literally ‘bend back’) on itself to know itself and what appears within it :

The Supreme Lord bears within Himself the reflection of the universe and the [reflection] is His nature as all things. Nor is He unconscious of His nature as such because that which is conscious necessarily reflects on itself.

This act of reflective awareness is termed ‘vimarśa’. The word is derived from the root ‘mrś’ which means to touch, feel, understand, perceive, reflect or examine. Thus ‘vimarśa’is the power of consciousness by virtue of which it can understand or perceive itself, feel, reflect on and examine the events that occur within it—in short, behave like a limitless, living being. This ability to reflect on itself is inherent in the very nature of the light of consciousness ; indeed it is its most specific characteristic and the very life of its sentient nature. Deprived of reflective awareness, the light of consciousness would amount to no more than the mere appearing of phenomena unknown to anyone like the light that shines reflected in a common mirror or crystal.

Through this awareness, the Light knows itself to be the sole reality and so rests in itself, but not as does a self-confined, lifeless object. It enjoys perfect freedom and is satisfied (caritārtha) in the knowledge that it is all that exists, be it subject, object or means of knowledge. Self-awareness is God’s omniscience, the fullness (pūrnatā) of allembracing consciousness, its bliss (ānanda) or aesthetic rapture (camatkāra) that contains within itself the infinite variety of things. As such, it is the pulse of pure contemplation, the inner activity? of the absolute’s power of action (kriyāśakti) ; in it all the powers of the absolute merge to form its uncreated ‘I’ consciousness (ahaṃ), whose radiant vibration (sphuraṇa) is manifest as the form, emanation and reabsorption of the universe. By contemplating its own nature, consciousness assumes the form of all the planes of existence from the subtlest to the most gross. The power of reflection is thus the inherent creative freedom of the light of consciousness to either turn in on itself introspectively and be free of its outer forms, or move out of itself to view its outer manifestations. In harmony with the oscillation of awareness between these polarities, the universe of manifestation is incessantly renewed and is the essence of the vitality of its pulsation. The vibration of awareness serves, in short, to account for the manifestation of phenomena without either material cause or essential change in consciousness, and distinguishes the Light as a primary, uncaused principle from its creations.


Voir en ligne : THE DOCTRINE OF VIBRATION


[1C. G. Jung, Psychology and Religion : East and West, vol. XI of the Collected Works (London : Routledge and Kegan Paul) pp. 1-2.