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Hulin (SRITYV) : l’espirt - le manas

mardi 1er mai 2018

La notion d’esprit? empirique ou manas (terme apparenté au latin mens?) se situe donc au centre des préoccupations de Vasistha. L’événement archétypal, l’Ur-Ereignis, sera bien pour lui le tressaillement ou la vibration originaire (spanda) qui vient rider l’océan de la conscience? absolue (tchit), marquant l’avènement conjoint d’un percevant (drashta), d’un perçu (drishya) et d’une perception (darshana).

Du manas on? répétera à satiété qu’il est aussi bien organe mental, intellect (bouddhi), psychisme en général (tchitta), imagination (kalpanâ), effort (prayatna), désir profond (vâsanâ), etc., que sujet individuel, ego? (ahamkâra?), agent (kartâ), etc. Ces termes ne désignent pas des entités ontologiquement distinctes mais simplement les divers rôles joués par un seul et même « acteur » (III, 96, 43). La distinction même du sujet et de l’objet? s’opère à l’intérieur du manas et ne lui préexiste pas. C’est lui, au contraire qui, dans le mouvement même de sa sortie hors de la conscience absolue, se scinde automatiquement en un aspect conscient (tchid-bhâga) et un aspect inconscient ou matériel (djada-bhâga), le premier jouant le rôle de sujet percevant, le second celui d’objet perçu (voir III, 91, 30-37).

Le YV enseigne donc un idéalisme? de la perception. Bien avant des auteurs védântiques comme Citsukha ou Prakâshânanda — qui d’ailleurs s’inspireront de lui — il proclame le principe du drishti-srishti-vâda ou « doctrine de l’esse? est percipi » (voir, par ex., III, 114, 56 ; V, 77, 36 ; VIb, 25, 17 ; 73, 20). Mais, à son tour, cet idéalisme de la perception se prolonge et se fonde dans un véritable idéalisme absolu? : « De même que le (futur) lotus est tout entier contenu dans sa graine, de même l’univers visible tout entier est contenu dans l’esprit (manas) » (III, 3, 36). Absolument parlant, seul existe l’« espace de la pure conscience » (tchit-âkâsha). A un certain niveau d’expérience, toutefois, cet espace paraît se cloisonner, acquérir une sorte? de structure granulée : ainsi apparaît cette multitude infinie d’« atomes de conscience « (tchit-anou) que constituent les sujets individuels et les choses? sensibles. Chaque sujet individuel, chaque manas, ne parvient à se projeter hors de la conscience infinie qu’en s’apparaissant faussement à lui-même déjà doté d’un corps propre, d’organes des sens, et d’un environnement extérieur. L’esprit individuel croit trouver le monde? sensible « tout fait » hors de lui mais, en réalité?, lui-même et l’univers visible ne sont pas concevables indépendamment l’un de l’autre. Loin d’exister? d’abord chacun de son côté et d’entrer ensuite en relation à travers la perception, ils sont d’avance co-ordonnés à l’intérieur de la conscience absolue et ne peuvent précisément entretenir un rapport de type perceptif que sur la base de cette co-appartenance essentielle (VIb, 38, 9). La dualité du spectateur et du spectacle n’a donc rien d’absolu. Elle ne s’établit et ne se consolide que dans la mesure où l’esprit perd de vue son propre pouvoir de projection. Vient-il à le récupérer que l’illusion? de la dualité s’efface aussitôt, « comme les fantômes s’évanouissent au lever du soleil » (II, 18, 37).


Voir en ligne : SEPT RÉCITS INITIATIQUES TIRÉS DU YOGA-VÂSISTHA [SRITYV]