PhiloSophia

PHILO = Apreço + SOPHIA = Compreensão

Version imprimable de cet article Version imprimable

Accueil > Oriente > Bhagavad Gita (PEPIC:110-112) – la notion d’ahamkara

Bhagavad Gita (PEPIC:110-112) – la notion d’ahamkara

dimanche 29 avril 2018

Mentionnons tout d’abord l’acception courante, « populaire », d’« orgueil » ou d’« égoïsme ». La Bhagavad-Gītā prend souvent le terme en ce sens et Śaṅkara ne cherche en aucune manière à y lire, dans ce genre de contexte, une signification plus abstraite, plus « philosophique ». En II 71, par exemple, il se contente, pour expliquer l’expression nirahaṃkārah, d’utiliser une expression de la Gītā elle-même (en XVI 17) : ātṃasabhāvanārahitah [111] « non infatué de lui-même » [1]. Pareillement, en XVIII 58, il identifie l’ahaṃkāra? à la conviction : « je suis? un savant » [2]. Et tout cela n’est pas simple adaptation, plus ou moins condescendante, au langage? préphilosophique de la Gītā. Au contraire, chaque fois que le contexte l’exige, Śaṅkara prend soin de souligner l’opposition des deux registres de signification, ainsi en XVIII 24, là où Kṛṣṇa proclame : « l’acte accompli au prix de beaucoup d’efforts par un agent avide de plaisir, ou pourvu d’ahaṃkāra, on? l’appelle râjasique », il commente en ces termes : « ... Quand on parle ici de l’ahaṃkāra possédé (par l’agent râjasique) on ne fait pas référence à cet ego? (que détruit) la connaissance? de la Réalité?, mais à l’égoïsme, au sens mondain, dont sont dépourvues les personnes versées dans le Veda. Celui qui, au sens absolu?, est dépourvu d’ego, c’est le connaisseur de l’ātman?, et celui-là ne saurait être un agent multipliant les efforts par goût du plaisir. L’auteur d’un acte, même de caractère sattvique, s’il ne connaît pas l’ātman, est (au sens absolu) pourvu d’ego, a fortiori les auteurs d’actes râjasiques et tâmasiques. C’est dans le monde? qu’une personne versée dans le Veda, mais ignorante de l’ātman, passe pour privée d’ego. On dit : « ce brahmane est nirahaṃkārah » (au sens de « désintéressé ») [3]. Śaṅkara distingue donc bien trois niveaux hiérarchisés d’expérience. D’abord celui du « connaisseur de l’ātman » qui, délivré de l’ego, absolument parlant, et donc a fortiori de tout égoïsme ou égocentrisme empirique, n’est plus l’auteur d’aucun acte, même de caractère « sattvique ». Ensuite celui de l’agent « sattvique » qui, tout en étant désintéressé sur [112] le plan moral?, se considère encore implicitement comme un ego, parce qu’il n’a pas réalisé l’ātman. Enfin, celui de l’homme? ordinaire, « râjasique » ou « tâmasique », qui est pourvu d’ahaṃkāra dans les deux sens du terme.


Voir en ligne : LE PRINCIPE DE L’EGO DANS LA PENSÉE INDIENNE CLASSIQUE


[1BGBh. II 71, p. 40.

[2BGBh. XVIII 58, p. 286.

[3BGBh. XVIII 24, p. 268 (...) Cf. Upadeśasāhasrī (prose) où l’absence d’ahaṃkāra est citée parmi les qualités morales du guru idéal, USG 6, éd. cit., p. 11.