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Hulin (DSDT:175-177) – la connaissance libératrice

dimanche 29 avril 2018

Après avoir été ainsi instruit par Dattâtreya, Paraśurâma le questionna derechef au sujet du comportement des délivrés : « O Bienheureux, aie la bonté de m’expliquer tout cela à nouveau en détail ! Les différences d’intelligence naturelle peuvent-elles vraiment se traduire par une gradation dans la maturation de la connaissance? ? Celle-ci ne doit-elle pas être une, s’il est vrai qu’elle se ramène, en chacun, à la manifestation de sa propre essence ? Et ce dont elle est le moyen, à savoir la délivrance, n’est-elle pas également une, dans la mesure où elle se définit par la manifestation plénière (de l’essence consciente de chacun) ? Et, dans ce cas, comment pourrait-elle dépendre, par l’intermédiaire des degrés de maturation de la connaissance, des différences d’intelligence naturelle ? En fin de compte, les moyens d’accès à la connaissance libératrice sont-ils différents les uns des autres ou non ? Voilà ce que j’aimerais savoir ! »

Ainsi sollicité, Dattâtreya le Compatissant se mit en devoir de traiter à nouveau en détail de l’ensemble de la question. « Écoute, Râma, je vais te révéler cet ultime secret. On ne saurait dire qu’il existe divers moyens d’accès à la connaissance libératrice. Une gradation dans les moyens se traduirait par une hiérarchie des résultats obtenus. Mais lorsque le moyen est parvenu à son ultime perfection la connaissance s’obtient sans aucun effort. Elle serait par contre tributaire des efforts (compensatoires) fournis si elle pouvait être obtenue par une série de moyens plus ou moins imparfaits. En réalité, aucun moyen ne peut servir à obtenir la connaissance libératrice. Celle-ci n’est pas quelque chose? que l’on puisse, à proprement parler, obtenir car, par nature?, elle est toujours « déjà là ». Elle n’est pas autre chose, en effet, que la pure conscience? elle-même et celle-ci est en permanence autorévélée. A quoi bon des moyens pour révéler ce qui ne cesse de se manifester par soi-même ? Le rubis de la pure conscience est déposé dans le coffret de cristal du psychisme. Mais le coffret est clos depuis toujours et, terni par les traces poussiéreuses d’innombrables actes antérieurs, il a perdu sa transparence. Qu’on le lave dans les grandes eaux du renoncement, qu’on en force l’ouverture avec l’outil aiguisé du raisonnement et il laissera apparaître le rubis dans sa splendeur native. Ainsi donc, Rama, lorsqu’il est fait mention des moyens, c’est uniquement en vue de la destruction de ces traces des actes antérieurs. Les différences entre les intelligences tiennent à la plus ou moins grande importance de ces résidus qui les recouvrent. Plus l’intelligence d’un homme? est obscurcie par ces traces, plus considérables sont les moyens qu’il doit mettre en oeuvre pour parvenir à la connaissance. Ces traces sont de diverses espèces. Laisse-moi te décrire les principales d’entre elles.

« Elles se répartissent en trois catégories, selon qu’elles procèdent des manquements, des activités volontaires ou des désirs. Le principal des manquements est l’absence ausência
Abwesenheit
Abwesung
absence
ausência
apousia
ἀποὐσία
de foi. Elle est fatale à l’homme. L’autre manquement consiste à avoir l’esprit? faux (viparītagraha). C’est lui qui empêche certaines personnes, pourtant habiles dans leur spécialité, d’accéder à la vérité suprême, et cela en dépit de leur connaissance des Écritures jointe à la fréquentation des saints. Ils ne croient ni à l’existence?, ni même à la possibilité logique d’une Réalité suprême située au-delà de toute différenciation. Ou encore, ils pensent qu’elle est à jamais inconnaissable et que, si elle venait à être connue, elle cesserait par là-même d’être la Réalité absolue. De plus, ils ne voient pas comment la délivrance pourrait procéder d’une telle connaissance. Bref, une certaine tournure d’esprit pervertie les voue à un perpétuel scepticisme. Ainsi, à cause de ces manquements, des centaines de milliers de gens, par ailleurs intelligents et versés dans les Écritures, restent prisonniers de la transmigration. Chez d’autres, de mauvaises actions antérieures ont laissé dans l’intelligence une certaine impureté qui les empêche de saisir la vérité, même lumineusement exposée par l’enseignement des maîtres. C’est ce genre de ravages que produisent les traces des activités volontaires. Quant aux désirs, ils se traduisent par d’innombrables impulsions du genre : « Il faut absolument que je fasse ceci. » Peut-on compter, Rāma, les vagues dans l’océan, les grains de poussière sur la terre ou les étoiles au ciel ? Même en ne considérant qu’un seul individu, ses désirs sont légion. C’est d’eux que procède la troisième catégorie de traces, celle des espoirs fallacieux. Plus omniprésents que l’espace, plus indéracinables que les montagnes, ils rendent fous tous les hommes et les font gémir de douleur dans leur brasier. Seuls quelques-uns, par la puissance de leur renoncement, échappent à cet enfer. Ceux-là semblent exhaler le calme et la fraîcheur par tous leurs pores. Telles sont les trois espèces d’influence qui, en s’exerçant sur l’esprit, le rendent aveugle au rayonnement du vrai.

(Extrait des pages 175-177)


Voir en ligne : LA DOCTRINE SECRÈTE DE LA DÉESSE TRIPURA