PhiloSophia

PHILO = Apreço + SOPHIA = Compreensão

Version imprimable de cet article Version imprimable

Accueil > Oriente > Silburn : la grâce et l’absortion

Silburn : la grâce et l’absortion

samedi 28 avril 2018

D’une part il est vrai que l’activité parfaitement désintéressée conduit à la libération aussi bien que la connaissance? et l’élan d’amour. D’autre part, le cheminement est entièrement différent dans chacune des voies ; mais on peut passer de l’une à l’autre et accéder à la voie supérieure si, en cours de route, la grâce intervient avec abondance. Car tout dépend du degré de la grâce accordée. Ainsi, dans la voie inférieure, la grâce affleure par touches délicates ; déjà plus puissante dans la voie de l’énergie, elle éclaire l’intelligence dont elle fait une raison intuitive et pénétrante. Dans la voie supérieure, la grâce, très intense, jaillit des profondeurs du Soi, de l’intime de l’âme, l’ébranlement qu’elle y imprime est tel qu’il se répand dans la personne entière qui s’en trouve divinisée. Mais dans l’Essence exempte de voie (anupâya) il n’y a plus de grâce, la gloire est seule à régner.

D’après Abhinavagupta Abhinavagupta
Abhinava
AG
Abh
Abhinavagupta (950-1020), maître du shivaïsme du Cachemire, aussi maître en yoga, tantra, poétique, dramaturgie.
, la grâce intense est due à la parole du Maître, la grâce moyenne à cette parole associée à une série de raisons intuitives et à la foi dans les Livres sacrés. A l’aide de ces trois éléments , réunis ou séparés, « les nuages des doutes s’évanouissent et l’on touche les pieds du Tout-puissant pareil au soleil qui dissipe les ténèbres et dont la glorieuse splendeur brille dans le firmament du Cœur ». (T.A.
T.Ā.
T.A.
Tantrāloka
Tantraloka
TANTRĀLOKA D’ABHINAVAGUPTA
II, 49.)

De la grâce procèdent donc les caractéristiques des cheminements : les initiations, la nature? des pratiques, l’effort à fournir, les procédés à mettre en œuvre, la durée de la progression, la conquête plus ou moins définitive de l’objectivité, la libération ou la liberté qui s’ensuit.

Ainsi, celui qui parcourt la voie individuelle ne parvient à la souveraineté qu’après la mort lorsqu’il a intégralement repoussé l’erreur. Auparavant il n’ignore pas sa puissance mais, par la faute de résidus de l’ignorance?, il lui arrive encore, au cours de ses activités — et non point durant le samādhi — de s’identifier à son corps. Pourtant il n’est plus la proie de l’illusion? car il a reconnu sa propre essence, à l’image de l’homme? qui, ayant percé le secret d’un tour de magie, n’en est plus dupe alors même qu’il assiste à ses manifestations [1].

Celui qui progresse dans la voie de l’énergie, par son application à la pratique mystique (bhavanâ) reconnaît l’identité au Seigneur et de son propre corps et de tout ce qui existe. Il jouit des qualités divines en cette vie même mais il n’obtient pas la plénitude car il ne réalise totalement le Soi universel qu’à la dissolution du corps, dès que s’évanouissent les limites corporelles et celles du souffle [2].


Voir en ligne : LILIAN SILBURN


[1Cf. I.P.v. Vol. II, p. 131-132, ou 11, 3, 17. Au sujet de l’intime saisie de Dieu qui remplace les efforts d’une imagination non encore dégagée de l’objectivité, H. Corbin cite un passage d’Ibn ’Arabî : « Lorsque les mystiques expérimentent enfin que Dieu est ce même être qu’auparavant ils imaginaient comme étant leur propre âme à eux, il en va comme dans le cas d’un mirage. Rien n’a été aboli dans l’être. Le mirage reste bien objet de vision, mais on sait ce qu’il est, on sait que ce n’est pas de l’eau. » (Fotûhât, II, 339, cité in L’Imagination créatrice dans le soufisme d’Ibn ’Arabî. Par Henry Corbin, Flammarion, Paris, 1958. Rééd. 1976. p. 246, note 124.)

[2I.P.v. Vol. II, p. 131-132 ou II, 3. 17.