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Padoux : vimarśa - prise de conscience active

lundi 23 avril 2018

vimarśa : c’est un des termes importants, mais difficile à bien cerner (et à traduire) du Trika?. vimarśa vient de vi-M ŖŚ : toucher, sentir, se rendre compte, percevoir, réfléchir, examiner, éprouver, hésiter (préfixe vi), d’où : considération, réflexion, épreuve, critique, connaissance?, intelligence — dans l’Abhidharmakośa : doute, examen. Ce terme revient souvent dans les textes du Trika et avec des valeurs assez nombreuses. Vimarśa se définit d’abord par rapport à prakāśa, comme on l’a vu (Padoux : prakāśa - lumière). C’est alors la prise de conscience? de la pure lumière de la Conscience, la libre activité de la conscience, ce qui lui donne vie : sa prakāśajīvitasvabhāvo vimarśah (I.P.v. IPV
ĪPV
I.P.v.
Īśvarapratyabhijñāvimarśinī
Commentary to the Verses on the Recognition of the Lord
, I, 5, 20) ; elle correspond à l’aspect d’énergie de la conscience et est identique à parā vāk. Cet aspect d’énergie, d’activité, de vie, de vimarśa est souligné par le fait qu’on rencontre souvent l’expression : vimarśaśakti, énergie de prise de conscience alors que śakti n’est jamais accolé au terme prakāśa. C’est donc vraiment l’aspect d’énergie de la conscience, celui qui manifeste l’univers, et c’est ainsi que vimarśa intervient à propos des mantra AHAM? (ou MAHA) ; ainsi dans le P.T.v. P.T.v.
Parātrimśikāvivarana
Parātrimśikāvivarana d’Abhinavagupta
pages 55, 58, ou encore page 75, où Abhinavagupta Abhinavagupta
Abhinava
AG
Abh
Abhinavagupta (950-1020), maître du shivaïsme du Cachemire, aussi maître en yoga, tantra, poétique, dramaturgie.
ajoute que aham-vimarśa est liberté totale et émerveillement indifférencié. Dans l’I.P.v., Abhinavagupta? dit de même que le Suprême Seigneur manifeste l’univers grāce à son activité, ou son omnipotence (kartŗtvāt) que caractérise vimarśaśakti (I.P.v., I, 5, 15 ; — vol. 1, pp. 267-8).

Mais il est encore d’autres emplois de vimarśa : cette prise de conscience active et vivante est en effet considérée comme étant la condition du sujet conscient (pramātŗ) en tant qu’il perçoit le monde? et qu’il y réagit. Ainsi dans l’I.P.v. (II, 3, 10-11), la perception des. objets différents que pralyavamarśa fait concevoir comme identiques est vimarśa : yo vimarśah saivāyam padārtha ityekapratyavamarśarūpah (vol. 2, p. 117). Enfin vimarśa peut être associé à la parole (vāg-vimarśa) et, dans ce cas, ce terme a la même valeur que pratyavamarśa, étant, comme lui, lié à une [76] énonciation intérieure (antarabhilāpa) qui est une forme subtile et non-manifeste du langage? sur laquelle le langage empirique se fonde ontologiquement et épistémologiquement (I.P.v., II, 4, 18).

La valeur de vimarśa qui est présente ici, est celle d’énergie de la Conscience qui manifeste l’univers. Cette manifestation est décrite comme s’étendant jusqu’au niveau le plus bas de la parole, donc comme liée aux étapes de la parole. On peut donc penser qu’il y a ici au moins une allusion au rôle de vimarśa dans la philosophie de la parole du sivaïsme cachemirien.

Quant à la traduction, je traduis vimarśa par « prise de conscience » ou « prise de conscience active », ou parfois, lorsque vimarśa est corrélatif de prakāśa, par « libre activité de la Conscience », traductions peu satisfaisantes d’ailleurs.


Voir en ligne : LA PARĀTRĪŚIKĀLAGHUVṚTTI DE ABHINAVAGUPTA