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Padoux : prakāśa - lumière

lundi 23 avril 2018

parollasaih. . .sphūrjati : c’est en cela que le premier principe est vivant et par cela qu’il manifeste l’univers. On notera à ce propos le rôle très important dans le sivaïsme cachemirien de certains termes connotant divers aspects de la lumière : la fulguration, la vibration lumineuse, l’illumination, le reflet. Certes l’emploi de telles métaphores lumineuses pour désigner [67] la pensée, la conscience? ou la divinité n’est pas propre au Trika?, ni même à la pensée indienne, mais le sivaïsme du Cachemire en fait un usage particulièrement important et, surtout, systématique.

Des termes tels que : prakāśa, sphurattā, ou sphurana, ābhāsa, pratibhā, ullāsa reviennent sans cesse. C’est que, pour le Trika, la Réalité suprême qui est Conscience (cit, samvid) est lumineuse. Elle brille par elle-même (svaprakāśa), par opposition à l’objectivité issue d’elle qui ne brille que par participation à cette lumière, ou par reflet (ābhāsa, pratibimba). Le terme prakāśa appliqué au premier Principe connote ainsi à la fois lumière et conscience, « conscience lumineuse et indifférenciée, révélatrice des choses » (L. Silburn Silburn Lilian Silburn (1908-1993), indianiste française, spécialiste du shivaïsme du Cachemire, du tantrisme et du bouddhisme. ). Cette conscience lumineuse n’est toutefois pas une lumière purement immobile, elle est vivante parce qu’elle prend conscience activement d’elle-même (vimarśa) : c’est cela même qui produit le « Je » suprême, aham (qui, selon Kșemarāja, est fulguration différenciatrice : visphurana). Étant vivante, la Conscience est ainsi animée d’une sorte de vibration (spanda, spandana) grâce à quoi elle fulgure (SPHUR), elle est effulgence, étincellement perpétuel et instantané, jaillissement lumineux. K. C. Pandey Pandey K. C. Pandey , dans sa traduction de l’I.P.v. IPV
ĪPV
I.P.v.
Īśvarapratyabhijñāvimarśinī
Commentary to the Verses on the Recognition of the Lord
(1, 5, 14 ; Bhāskarī vol. 3, p. 74) rend sphurattā par « imperceptible eternal stir », ce qui a l’inconvénient de négliger la valeur lumineuse du terme mais qui a le mérite de faire ressortir la quasi-identité, dans le cas de la Conscience, entre sphurattā et spanda. C’est cette fulguration qui est proprement l’aspect d’énergie de la Conscience et qui fait que celle-ci est la source de l’univers — c’est l’énergie prise en sa source, que symbolisent aham et le « cœur ». C’est dans le Cœur, dit Abhinavagupta Abhinavagupta
Abhinava
AG
Abh
Abhinavagupta (950-1020), maître du shivaïsme du Cachemire, aussi maître en yoga, tantra, poétique, dramaturgie.
dans le P.T.v. P.T.v.
Parātrimśikāvivarana
Parātrimśikāvivarana d’Abhinavagupta
(p. 61) que se tient l’énergie lorsqu’elle fulgure (sphuranamayī). Le cinquième āhnika de la première partie de l’I.P.v. (I.P.v., I, 5) démontre de même que la Réalité suprême, la Conscience libre, est lumière (prakāśa), que c’est cette lumière qui manifeste l’univers et que celui-ci n’a d’existence? et de vie que parce qu’il participe .à la lumière de la conscience et demeure en elle. Dans un tel contexte, « faire briller » (prakāśayati) devient l’équivalent de manifester et « briller » celui d’exister, d’être vivant (et non pas inerte : jada).

L’émanation, dans le Trika, se fait justement par ābhāsa : projection de lumière en objets qui brillent par participation plus ou moins grande à cette lumière, et par reflet (pratibimba) de la lumière de la Conscience dans les divers niveaux de l’énergie. La pure conscience (cit), dit ainsi l’I.P.v. (I, 6, 4), lorsqu’elle est associée à la dualité, à māyā, brille (avābhāti), c’est-à-dire se manifeste mais à un niveau inférieur : ava (« to shine downwards »), [68] sous l’aspect du sujet conscient limité. L’émanation est encore pratibhā, qui est à la fois l’illumination créatrice, manifestatrice, issue du premier principe lumineux, et ce qui est manifesté en tant que participant à cette lumière et y répondant (cf. P.T.v., pages 2 et 19-20), et c’est précisément parce qu’elle est en essence identique à la lumière de la conscience que la manifestation, pour le Trika, est réelle (sat) et non-illusoire : elle est ābhāsa, pratibhâ ou pratibimba, mais non pas pratibhāsika, illusoire, comme pour le Vedānta.


Voir en ligne : LA PARĀTRĪŚIKĀLAGHUVṚTTI DE ABHINAVAGUPTA