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Silburn & Padoux : la grâce

mercredi 18 avril 2018

Si ces cinq fonctions de Śiva Shiva
Śiva
le Seigneur
Śiva e Śakti, Deus e seu Poder, formam uma unidade sem dualidade.
sont cinq aspects indissociables de son activité, la dernière cependant, la grâce, est tenue pour la plus haute. Abhinavagupta Abhinavagupta
Abhinava
AG
Abh
Abhinavagupta (950-1020), maître du shivaïsme du Cachemire, aussi maître en yoga, tantra, poétique, dramaturgie.
souligne cette prééminence dès les premiers mots de son commentaire de la Parātrimśikā P.T.
Parātrimśikā
, où il identifie Śiva et l’énergie suprême qui est grâce : « Le suprême Seigneur, doué d’une quintuple activité, est éternellement pénétré par l’énergie sous sa forme la plus haute, qui est grâce. En réalité, son essence même n’est que grâce et jamais l’énergie ne se peut concevoir comme séparée de Śiva. »

Définissant cette énergie comme une conscience? vivante qui est grâce envers le monde? (lokānugrahavimarsamayī), Abhinavagupta? précise plus loin (p. 18), dans cette même œuvre, que c’est par la faveur de la grâce suprême du Seigneur que les sujets conscients dignes de la connaissance? la plus haute peuvent parvenir en cette vie à la délivrance en s’absorbant dans l’énergie divine. Dans le
T.Ā.
T.A.
Tantrāloka
Tantraloka
TANTRĀLOKA D’ABHINAVAGUPTA
(13. 285-287), il cite un purāna disant que « c’est de la seule faveur (prasāda) divine que procède la dévotion : c’est par elle que ceux dont l’esprit? a accédé à la Réalité atteignent la suprême réalisation », pour montrer que la grâce est indépendante du karman comme des actions de l’être humain?. « La faveur divine, ajoute-t-il, est un mode d’être (bhāva) immaculé et doué de plénitude. Par elle Śiva resplendit spontanément en toute sa plénitude [même lorsqu’il assume la forme du] soi limité. » Plutôt que par le terme de faveur (prasāda), employé par le purāna, Abhinavagupta désigne la grâce soit par anugraha (qui étymologiquement évoque un mouvement favorable vers quelqu’un), soit plutôt par śaktipāta, chute ou descente de l’énergie, formulation? plus dynamique, qui souligne la nature? inopinée, imprévisible parce qu’essentiellement libre et gratuite, de la grâce. Cette énergie tombe sur l’être humain qui, bien que transmigrant, éprouve de l’attrait pour la connaissance illuminatrice (pratibhā) et, le libérant du devenir, l’identifie à Śiva. La grâce, ainsi, peut s’entendre comme la descente sur l’être humain des énergies paisibles et propices, celles qui révèlent le Soi. (Mais, on l’a dit, les énergies de Śiva peuvent aussi être redoutables, funestes, et l’homme en est souvent le jouet.) Tout au long du chapitre 13 du TĀ, Abhinavagupta souligne le règne absolu? de la libre initiative de Śiva : seul le Seigneur agit. On pourrait presque aller jusqu’à dire, à cet égard, que pour lui il n’y a point d’autre éveil que celui de Śiva lui-même. Mais c’est précisément parce que rien n’est hors de Śiva que l’on ne doit pas concevoir la chute de l’énergie, śaktipāta, comme une grâce qui tomberait sur l’homme de l’extérieur : elle est ausssi en lui, car c’est dans les profondeurs du cœur qu’elle naît soudain pour s’épanouir dans une [45] conscience inséparable en essence de la Conscience divine. Pour citer encore le TĀ : « Dieu, essentiellement lumineux, ayant pour nature la libre Conscience, cache en guise de jeu son propre Soi et devient être individuel sous des formes multiples. Librement, il se lie lui-même par des actes faits de pensée dualisante et de constructions mentales. Mais si puissante est la liberté de Dieu que, comme on l’a dit, c’est également Lui qui, lié à la forme limitée [qu’il assume], touche à nouveau sa propre essence et la révèle en toute sa pureté » (13. 103-105).


Voir en ligne : LA LUMIÈRE SUR LES TANTRAS