PhiloSophia

PHILO = Apreço + SOPHIA = Compreensão

Version imprimable de cet article Version imprimable

Accueil > Oriente > Silburn : La Conscience, l’Unique qui est le Tout

Silburn : La Conscience, l’Unique qui est le Tout

lundi 16 avril 2018

Dès les premiers mots de son Śrlkālikāstotra, hymne à la louange des énergies dénommées kālī, Śivānandanātha pose la non-dualité absolue [1], la Conscience? totale qui embrasse forme et sans forme, être et non-être (sadasad), bien et mal?, et hors de laquelle il n’y a rien, tout son système étant résumé par l’expression niruttarasahaja (si. 3), spontanéité du sans-égal ou du sans réplique, selon les divers sens du terme : l’Unique qui est le Tout, la Conscience incomparable qui seule existe (verset 1-2) ; unique et prenant l’aspect du multiple, on? la qualifie de sans-second (advaya) du fait qu’elle exclut l’autre, d’incomparable (asama), de splendeur suprême (dhāman) (verset 7). Elle est la divinité dite niruttara, terme composé de nir, privatif et uttara le plus haut de deux, d’où ‘ ce qui n’est pas le plus haut de deux ’ ceci non pas dans le sens d’inférieur à deux mais parce que la divinité étant seule et unique, elle n’a rien à transcender. Anuttara désigne ainsi l’ineffable domaine « où inférieur et supérieur n’ont plus cours » [2].

Et pour plus de sûreté, de peur qu’on se méprenne malgré les éclaircissements, Śivānanda précise à la stance 18 ‘ nirullaratara ’, elle surpasse l’insurpassé, elle est donc par-delà ce qui n’a pas de supérieur, cette expression niant ainsi sa transcendance par rapport à quoi que ce soit ; en effet elle contient tout, sans aucune dualité de contenant à contenu, sans aucune différenciation d’intérieur-extérieur, car ‘ autre ’ qu’elle, c’est elle encore et [10] toujours. Nous verrons que la Conscience est tout : louange, loué et laudateur.

Kşemarāja, s’élevant contre la théorie qui soutient l’irréalité du monde? manifesté, dit expressément que le Seigneur se révèle en tant qu’anuttara du Trika? sous forme de la triple énergie supérieure, intermédiaire et inférieure en manifestant simultanément la différenciation propre à la veille, au rêve, et aussi sa propre indifférenciation à l’intérieur même de ces états variés [3]. Son maïtre, Abhinavagupta?, écrivit l’Anuttarāşţikā [4], huit stances en l’honneur de l’absolu? où se trouve condensée sa doctrine de la non-dualité? ; l’anuttara y prend le sens de Réalité? unique, indicible Conscience de Bhairava qui existe à jamais et se répand de façon spontanée en toute liberté. Il compare l’apparition de la Lumière? consciente? au dépôt d’un fardeau et y voit « l’acquisition d’un trésor oublié? : le royaume de l’universelle absence? de dualité » [5].

Un autre mot parallèle à anuttara insiste sur l’aspect de sans-second, ekavīra, unique et qui ne tolère pas de second, sans analogue ni opposé, il est le seul. Rien ne lui est semblable, extérieur, indépendant, ni même subordonné. Unicité propre à la Conscience absolue, le Tout, c’est Paramaśiva doué de ses énergies entièrement déployées.

Un tel non-dualisme se montre aussi large qu’intransigeant puisqu’il n’y a rien d’autre que l’Un [6]. Dès lors la dualité est sapée à la base, et pourtant l’advaya ainsi entendu n’est pas exclusif à la manière de celui de Śañkara qui considère liens et devenir comme une pure illusion?. Abhinavagupta par contre ne rejette rien hors de l’absolu, pas même les liens [7], l’illusion n’étant qu’une forme de l’énergie créatrice.


Voir en ligne : HYMNES AUX KĀLĪ LA ROUE DES ÉNERGIES DIVINES


[1Comme la plupart des grands mystiques de quelque tradition qu’ils relèvent. Au sujet de la nature propre de Dieu Maïtre Eckhart précise : « Il est l’Un absolu, sans aucun mélange fortuit de différenciation, même en pensée, car tout ce qui est en Lui est Dieu même. » F. Pfeiffer, Deutsche Mystiker des vierzehnten Jahrhunderts. Vol. 2 : Meister Eckhart, 1857. Traité ‘ de la consolation divine ’, p. 443.

[2P.T. v., p. 24.

[3Spandanirnaya, kārikā 3, p. 14.

[4Cf. ma traduction dans Hymnes de Abhinavagupta, I.C.I. 1970, pp. 56-58.

[5Id. strophe 4.

[6En fait c’est encore trop de le dire, car c’est lui attribuer un prédicat.

[7Cf. le Coran : « N’insultez pas au siècle, car il est Allah ».