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Coomaraswamy : l’ashrama

dimanche 1er avril 2018

La racine du mot ashrama est shram : se donner de la peine ; d’où aussi shramana, moine ou religieux. Ce sont les équivalents sémantiques exacts de askeo et asketes « ascète ». Il est tout aussi intéressant de constater dans le même ordre d’idée que le sanskrit kushalata, le grec sophia? et l’hébreu hochma, ont pris le sens de sagesse ou de prudence en ce qui concerne l’action? en général, alors qu’ils désignaient à l’origine? l’habileté dans l’exercice d’un métier. Un ashrama est donc un stade de la vie qui doit être considéré comme un atelier ou comme une étape d’un voyage ininterrompu et toujours ardu. Les ashramas sont autant de séjours non au sens de lieux de repos mais de lieux d’activité?. Le refrain d’une ancienne chanson de pèlerin est : « continue à marcher » (charaiva-charaiva). Le mot ashrama a aussi le sens plus spécial de lieu de retraite : ermitage solitaire ou communautaire. En dehors de ce sens particulier les Quatre ashramas désignent successivement la vie de l’étudiant (brahmachari, « celui qui marche avec Dieu », expression qui a un sens plus général), la vie du chef de famille (grihastha, l’homme? marié qui occupe un emploi), celle de l’anachorète (vanaprastha), et enfin, la vie de celui qui renonce à tout (sannyasi) ou « l’homme véritablement pauvre » qui ne possède plus rien, ne pratique aucun rite, n’a plus de toit, et en l’honneur de qui l’on? a déjà accompli les rites funéraires. Dans des circonstances normales, ces quatre modes de vie doivent être adoptés successivement, et, en tout cas, une « retraite prématurée » est regardée comme tout à fait , indésirable. On admet cependant que lorsque la vocation est irrésistible, le passage de la vie sous le toit familial à la vie sans toit de l’Errant (parivrajaka : pèlerin) qui « n’a plus rien pour poser sa tête », peut se faire à n’importe quel âge, de même que le Christ disait à un jeune homme : « Vends tout ce que tu possèdes et suis-moi?. » On ne saurait exagérer l’honneur et le respect qui sont accordés par les laïques aux religieux, hindous ou bouddhistes. Toute femme qui attend un enfant fait le vœu de porter un fils qui sera religieux. Tout Hindou, tout Bouddhiste souscrirait à ces paroles du Maître Eckhart? sur les vagabonds sans toit (sadhu) : « Béni est le royaume où réside l’un d’entre eux ; en un instant, ils font plus de bien et un bien plus durable que n’en ont fait toutes les actions qui ont jamais été accomplies dans le monde? », et à celles de Platon disant que les hommes jugés par le monde comme des « inutiles » sont les « vrais pilotes ».

Extrait de « Le fondemente religieux des formes de la société indienne ». Traduit par F. Berys et R. Allar.


Voir en ligne : ASHRAM