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Lavastine : les trois termes du Tri-Varga

jeudi 29 mars 2018

Les trois termes du Tri-Varga sont toujours énumérés en commençant par le Dharma, qui correspond au A du célèbre Prânava A U M. On a beaucoup discuté du sens du mot Dharma (Loi, Droit, Justice, Vertu, Devoir, Loyauté, Droiture, Moralité, Religion ?) sans se soucier des deux analogies cosmologique et sociologique que l’éclairent : le Dharma est dans l’homme? ce que le Soleil est dans la nature? et ce que le Trône est dans la société. Les deux mots Thronos et Dharma ont d’ailleurs la même racine Dhar, tenir, soutenir. Le Dharma est ainsi la Loi qui soutient les êtres dans leur être. Mais si nous considérons que les vocables susdits ne nous parlent plus, ce n’est pas une raison pour que nous ne puissions pas encore traduire en nous-mêmes et sans parole le sens de ce mot-principe de l’Inde ancienne : le Dharma. Il suffit de se souvenir de Soi.

Les trois valeurs humaines (Purushârtha) de notre Tri-Varga ne peuvent être « comprises » qu’à la lumière? d’une série d’autres triades qui sont, avec le terme qui les transcende, le fameux « quatrième », les cadres mêmes de la pensée hindoue. Il y a d’abord dans l’homme les trois parties qui se heurtent en lui : Buddhi, Manas?, Deha (Spiritus, Anima, Corpus) avec le Soi qui les intègre, appelé en Inde l’Atman? et en Occident Spiritus Sanctus. Il y a les trois guna? ou qualités naturelles Satva (Sérénité), Rajas (Passion), Tamas (Inertie) avec l’Atiguna, l’au-delà des guna (le mot signifie littéralement cordé) qui représente donc la Liberté. Et il y a les trois états de veille, de rêve, de sommeil profond, exprimés par les trois lettres A U M, que prolonge une résonance musicale nasale, symbolique du « quatrième » état, turiya, qui n’est plus un état proprement dit, mais le substrat éternel des trois états. Et il y a les trois Veda, Rig, Yajur et Sâma, correspondant aux trois états de l’eau : glace, eau liquide, vapeur, contenus par un quatrième Veda, l’Atharva, appelé aussi Somaveda (le Soma est donc l’eau « essentielle », cette « Eau de Vie », qui est un autre nom du Divin). Et il y a ce rayon de création : Soleil, Lune, Terre, qui nous est présenté comme un arbre inversé ayant ses racines fulgurantes dans cette Eau qui a son océan au-delà de la voûte du ciel ; et il y a dans l’ordre social, les trois castes : Râjânyas ou Kshatriyas, Vaishyas (notre « Tiers-État » qui est en fait le second ordre) et Shûdras, les travailleurs. Ces trois castes sont englobées dans une quatrième, celle des Brâhmanas. La correspondance dans la famille est Père, Mère, Enfants et Patriarche. Et il y a les trois ashramas, ou étapes sur le chemin de la vie, Étudiant, Maître de Maison, Ermite de la Forêt, qui s’accomplissent dans le Renoncement ; et il y a... Mais cette énumération, nullement exhaustive, apparaît suffisante pour notre propos. En bref, que voyons-nous ? C’est toujours une descente (avatâra) qui se fait « de ciel en terre » en trois étapes pour une remontée au-delà du ciel. Trois réalisations s’unifient en une « quatrième » (Moksha) qui sous le nom de Dharma est le point de départ d’une nouvelle descente.

Et c’est un système infiniment souple. Chaque fois le principe spirituel ou spirale de l’incarnation ou de la descente (avatâra) suivi de la remontée à un point plus élevé de la spire, doit être saisi dans l’une des formes innombrables qu’il peut prendre.

Le principe était celui-ci : J’ai vu dans un éclair ce qui doit être mon devoir, ce que dicte la voix intérieure et j’entreprends alors, si je sais être docile, la « descente », c’est-à-dire l’œuvre de faire être réalité? (terre) ce qui n’était qu’une idée (ciel). Et si je parviens en terre, forcément je rebondis à un niveau « céleste » plus élevé.


Voir en ligne : PHILIPPE LAVASTINE