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Lavastine : Artha et Kama

jeudi 29 mars 2018

Ces trois choses? : Vertu, Richesse, Eros? (Plaisir), nous les connaissons certes en Occident. Mais nous ne connaissons pas pour autant le Tri-Varga, car nous avons perdu jusqu’au souvenir d’un Dharma qui pourrait nous faire un devoir de descendre vers la terre pour y acquérir consciemment des richesses à donner ainsi qu’un amour dont puissent bénéficier nos femmes et nos enfants. Si la vertu d’un homme? est estimée à sa capacité de s’élever au-dessus de ces choses « inférieures », pouvons-nous vraiment nous étonner que le mot Vertu soit si dévalué maintenant ?

Dans ces deux domaines de la science des richesses (Artha) et du plaisir (Kâma) Marx? et Freud? se sont introduits sans effraction. La place était vide?. N’avait-on? pas oublié? en effet que l’homme doit avoir autant de richesses qu’il lui en faut pour tenir son rang et remplir sa fonction dans le rituel du Sacrifice social? qui recompose l’Homme (Purusha? = Christus) dans le temps et nullement pour un autre propos ! Saint Thomas connaissait encore cette doctrine. Et Blanc? de Saint-Bonnet d’une part, A. K. Coomaraswamy d’autre part, ont écrit sur ce sujet de l’économie médiévale, fondée sur la notion de Dépense sociale ou rituelle et non pas sur la notion de gain individualiste (capitalisme), des pages qui resteront... lorsqu’elles seront remarquées ! Cette subordination, cette surordination plus exactement, du domaine de l’Artha à celui du Dharma offrait la solution réelle à une question que Marx ne résoud nullement. L’abolition de la propriété, le communisme, se situe aux antipodes de l’accomplissement de la propriété dans le Rituel d’une vie communautaire équilibrée. Marx a tout ignoré des principes de l’ancienne Société. Progressiste comme il l’était, il ne pouvait concevoir une Sociologie qui s’éclairerait à la lumière? de la Cosmologie et de la Psychologie traditionnelles. Et il ne représente que la destruction de tout ce qui était déjà bien assez détruit avant lui.

Quant à Freud, il ne sait rien de la relation secrète de l’Amour (Kâma) et de la mort, dans le Sens où l’entendaient Jalâl-ad-dîn Rûmî : « Et lorsque naît l’amour, meurt le Moi?, le sombre despote » — et Muhyi-d-dîn ibn ’Arabî : « L’Essence divine (l’amour) doit envahir l’homme comme le ferait la mort, comme une puissance qui s’empare de lui ; s’il n’en était pas ainsi, l’Essence divine pourrait aussi être enlevée à l’homme par la mort. » Freud parle de sublimer Eros. Mais il ne s’agit pas de le sublimer, il faut ainsi le consacrer.

Ainsi les mots Artha et Kâma, peu à peu, prennent une valeur. Mais qu’est-ce qu’une valeur ? On connaît le problème : désirons-nous une chose parce qu’elle a une valeur ou bien lui accordons-nous une valeur parce que nous la désirons ? Et on sait aussi la réponse que donne notre époque : naturellement, nous valorisons ce que nous désirons, et toute autre conception est « naïve ». Cependant, la tradition religieuse, la seule qui défende encore des valeurs en notre temps, n’était pas naïve au contraire, mais si profondément consciente? de ce que nous croyons avoir découvert la force du Désir, « Kâma, qui est le germe de la pensée » (Rig Veda), qu’elle nous adjurait de rendre un culte à une chose, quand il nous avait été donné de reconnaître sa valeur, afin que nous puissions parvenir à la désirer.

Voilà l’origine? des cultes et du mariage, dont le Prophète de l’Islam déclarait qu’il était « la moitié de la religion ». Une jeune femme hindoue disait à une française : « En Occident, vous épousez l’homme que vous aimez ; en Inde, nous aimons l’homme que nous avons épousé ». La formule est frappante. Il reste à la lire correctement. Elle dit que l’Inde (Bhârata) fait encore aux jeunes épouses un devoir de rendre un culte à leurs maris pour qu’elles puissent les aimer. Enlevez ce culte qui permet à un couple hindou de se voir mutuellement comme Deva (Dieu) et Devi (déesse) et nous tombons à notre niveau moderne. Alors nous valorisons la femme que nous désirons au point d’en faire notre épouse que nous dégraderons (Divorce) dès que nous en désirerons une autre. On voit l’abîme qui sépare de notre civilisation moderne une culture traditionnelle. Ici un héritage de sagesse a été conservé. Il confère au groupe humain, qui a gardé des valeurs, la capacité d’exiger de ses membres qu’ils leurs rendent le culte qui leur est dû pour qu’on les puisse désirer. Dans notre cas, au contraire, où l’héritage a été rejeté au nom d’une prétendue « libération » il n’y a plus de groupe sauveur. Et l’individu peut impunément rejeter toute loi, toute contrainte, au gré de ses libres désirs. Mais ce n’est qu’une liberté de la simagrée (si m’agrée !).


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