PhiloSophia

PHILO = Apreço + SOPHIA = Compreensão

Version imprimable de cet article Version imprimable

Accueil > Oriente > Bugault : les darshana hindous

Bugault : les darshana hindous

mercredi 28 mars 2018

Les darśana hindous sont, en principe, orthodoxes, c’est-à-dire conformes à la tradition védique. Mais ils le sont inégalement. Ils forment trois couples. Premier couple : les deux exégèses du Veda, l’ancienne ou Pūrva-mīmāmsā, l’ultérieure Uttara-mimāmsā plus connue sous le nom de Vedānta. Celui-ci est d’abord scripturaire : ce sont les Upanisad védiques. Puis viennent les Brahma Brahmā
Brahma
Brama
-sūtra de Bādarāyańa et, très longtemps après, les Commentaires de Śańkara et de ses successeurs. Les docteurs de l’Ancienne Exégèse, représentatifs de l’hindouisme séculier, sont des juristes et casuistes du rituel sacrificiel orienté vers l’obtention du ciel (svarga). Ce qui les intéresse dans l’Ecriture, c’est ce qu’on appellera plus tard la section des œuvres (karma-kānda). Ils procèdent à une explication des injonctions rituelles en s’appuyant sur une dialectique grammaticale [27] redoutable. Nous pensons avec Alfred Foucher que l’Ancienne Exégèse est des six darśana le seul qui soit strictement vaidika, soumis à l’autorité d’un texte dont elle cherche seulement à élucider les obscurités ou contradictions apparentes.

L’Exégèse ultérieure reste védique d’inspiration, mais ce qui l’intéresse c’est la section de la connaissance? (jnāna-kānda), orientée non plus vers l’obtention du ciel mais vers la délivrance (mokșa) de toute obtention et de tout état conditionné. Il s’agit de se connaître soi-même (ātman) et par là de s’affranchir de tout ce qui n’est pas « soi » : corps propre, statut social, religieux et familial. Au reste, les tenants de cette exégèse libératrice sont plutôt des marginaux de l’hindouisme, ce sont les « renonçants », les samnyasin. Itinérants à l’origine?, sédentarisés dans des monastères (math) à partir de Sankara Shankara
Shamkara
Sankara
Śañkara
Shankarasharya
Çankara
Śankara
Çamkara
, ils sont seulement en quête de leur propre Soi. Aussi bien, leur attitude vis-à-vis de la Révélation est-elle bien différente de l’Ancienne Exégèse. Śańkara (vers 800) ne craint pas d’écrire dans son Commentaire à la Bhagavad-Gītā BGBh
BG
Bhagavad-Gita
Bhagavad-Gîtâ
Bhagavad Gitā
Bhagavad-gītā
BGBh = avec les commentaires de Shankara
, XVIII, 66 : « Y eût-il cent textes révélés déclarant que le feu est froid ou non lumineux, ils n’auraient pas d’autorité » (na hi śrutiśatam api śīto ’gnir aprakāśo vā iti bruvat pràmànyam upeti).

Quant aux deux autres couples de darsana, le Sāmkhya-Yoga et le Nyāya-Vaiśesika, ils ont eux aussi la réputation d’être orthodoxes. Mais là encore il faut distinguer entre le Sāmkhya épique et théiste et le Sāmkhya classique, celui des Sāmkya-karika?, rationnel et athée, et qui récuse expressément la parole védique comme « entachée d’impureté, d’instabilité et de démesure » (strophe 2). Quant au yoga, tel qu’on le trouve énoncé dans les Yoga-sūtra, il est facultativement théiste en ce sens que le yogin peut trouver un soutien dans le fait de se consacrer à Iśvara en répétant la syllabe impérissable OM. Encore s’agit-il moins d’un Dieu créateur que du suprême Purusa, modèle du détachement, de l’impassibilité et des perfections que doit atteindre le yogin ( Yoga-sūtra, I, 23-26 et II, 1).

Que dire, enfin, de la littérature du Nyāya et du Navanyāya ? Certes, en nous donnant les moyens d’analyser nos opinions et de nous délivrer de l’erreur, les traités de logique gardent comme [28] horizon l’idéal de la vérité libératrice et peuvent donc légitimement revendiquer l’honneur de concourir à la délivrance5.


Voir en ligne : GUY BUGAULT