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Hulin (PEPIC:2-3) – ahamkara - fazer-eu

vendredi 3 janvier 2020

Original

Mais il se trouve que l’Inde, notamment brahmanique, a élaboré une notion très singulière — dont on ne trouverait peut-être pas l’équivalent dans une autre culture — autour de laquelle a cristallisé de siècle en siècle sa réflexion sur les problèmes de l’individuation. Il s’agit de Vahamkāra. L’intérêt de cette notion est de servir à thématiser ce qui reste d’ordinaire implicite, à savoir l’affirmation du caractère construit, donc artificiel, donc factice, d’une certaine forme, réputée chez nous naturelle, de la conscience? de soi. Elle se présente ainsi comme l’analyse critique, implicite et potentielle, d’un type de vécu que nous considérons généralement comme allant de soi et sur le fondement duquel se sont édifiées toutes nos conceptions proprement philosophiques du sujet. Nous rencontrons là l’occasion précieuse de nous voir par les yeux d’autrui, de prendre du champ par rapport à nos conceptions familières sans risquer en même temps de perdre pied dans un domaine conceptuel radicalement étranger, puisque la finalité même de ce genre d’analyse est de nous renvoyer sans cesse au sens originel de notre expérience vécue, par delà l’arbitraire d’une certaine traduction culturelle de cette expérience.

Mais qu’est-ce donc que l’ahamkāra ? Bien qu’en un sens ce soit l’objet? même de ce travail que d’explorer à fond le champ sémantique de la notion, nous pouvons dès maintenant en délimiter l’extension et repérer ses principales articulations internes. Ahamkâra signifie littéralement « effectuation -kāra- du Je -aham?- ». Comme le remarque M. Mauss [1], la structure du terme renvoie à une origine? savante plutôt qu’à une formation spontanée. J. A. B. Van Buitenen a été, d’autre part, le premier « à suggérer qu’il avait été probablement construit sur le modèle de ces termes en -kāra qui désignent un son, ou plus exactement un cri, une exclamation, une onomatopée [2]. « Faire Je? » signifierait au départ « pousser le cri « je ». Et, de fait, le comportement linguistique comme Je, la prise de parole à la première personne, restera l’un des aspects permanents et constitutifs de l’ahamkāra. Mais dire « je » signifie aussi bien se connaître comme « je », s’éprouver comme radicalement distinct des autres personnes, comme unique et incomparable. On gagne alors le registre psychologique et moral, celui de la vie quotidienne, ou plutôt de son reflet dans la littérature (poésie, conte, récit épique, théâtre, etc.). Ahamkâra désigne ici tous les comportements où l’individu met en pratique son affirmation tacite du caractère unique et incomparable de sa propre personne, où il se consent à lui-même des exceptions exorbitantes par rapport aux règles morales ou sociales qu’il reconnaît sur un autre plan. Il est significatif à cet égard que le sanskrit ne distingue pas clairement entre ce que nous appellerions d’un côté « égoïsme », et de l’autre « orgueil » [3]. Pris dans cette acception, l’ahamkāra n’exprime pas un certain choix existentiel que l’on serait libre de faire ou de ne pas faire : tout homme?, tout être vivant, est naturellement égoïste et orgueilleux, se voit lui-même comme un absolu?, se préfère à l’univers entier.

nossa tradução

Mas acontece que a Índia, notadamente bramânica, desenvolveu uma noção muito singular - da qual talvez não encontremos o equivalente em outra cultura - em torno da qual cristalizou de século em século sua reflexão sobre os problemas da individuação. Esta é ahamkara. O interesse dessa noção é servir para tematizar o que geralmente está implícito, a saber, a afirmação do caráter construído, portanto artificial, portanto factício, de certa forma, considerada natural em nós, da autoconsciência. Assim, apresenta-se como a análise crítica, implícita e potencial de um tipo de experiência que geralmente consideramos garantida e com base na qual todas as nossas concepções filosóficas sobre o assunto foram construídas. Aqui encontramos a preciosa oportunidade de nos vermos através dos olhos dos outros, de ganhar espaço em relação às nossas concepções familiares, sem ao mesmo tempo arriscar perder terreno em um domínio conceitual radicalmente estrangeiro, uma vez que o próprio objetivo desse tipo de análise deve nos referir constantemente ao significado original de nossa experiência vivida, além da arbitrariedade de uma certa tradução cultural dessa experiência.

Ahamkara significa literalmente "efetuação -kāra- do Eu -aham-". Como observa M. Mauss, a estrutura do termo refere-se a uma origem acadêmica e não a uma formação espontânea. J. A. B. Van Buitenen foi, por outro lado, o primeiro "a sugerir que provavelmente foi construído sobre o modelo desses termos em -kāra que designam um som, ou mais exatamente um choro, uma exclamação, uma onomatopeia. "Fazer eu" inicialmente significaria "lançar o clamor ’eu’". E, de fato, o comportamento linguístico como eu, falando em primeira pessoa, continuará sendo um dos aspectos permanentes e constitutivos do ahamkara. Mas dizer "eu" também significa conhecer a si mesmo como "eu", experimentar a si mesmo como radicalmente distinto das outras pessoas, como único e incomparável. Ganhamos então o registro psicológico e moral, o da vida cotidiana, ou melhor, o reflexo na literatura (poesia, narrativa, história épica, teatro etc.). Ahamkara designa aqui todos os comportamentos em que o indivíduo coloca em prática sua afirmação tácita do caráter único e incomparável de sua própria pessoa, onde ele se permite exceções exorbitantes às regras morais ou sociais que reconhece em um outro plano. É significativo a esse respeito que o sânscrito não distingue claramente entre o que chamaríamos de um lado "egoísmo" e do outro "orgulho". Tomado nesse sentido, o ahamkara não expressa uma certa escolha existencial que seria livre de fazer ou de não fazer : todo homem, todo ser vivo, é naturalmente egoísta e orgulhoso, se vê como um absoluto, prefere todo o universo.


Voir en ligne : Le principe de l’ego dans la pensée indienne classique. La notion d’ahamkara. [PEPIC]


[1Une catégorie de l’esprit humain : la notion de personne, celle de moi (Huxley Memorial Lectures 1937), repris in Sociologie el Anthropologie, Paris, P.U.F. 1960, p. 348.

[2Dans la partie II de ses Studies in Sāmkhya (JAOS 77, 1957, p. 15 sqq.) sur lesquelles nous aurons à revenir.

[3Plus exactement, il semblerait que l’égoïsme ne soit jamais présenté à l’état, pur, comme « égoïsme sordide », mais toujours dans le contexte d’une certaine sur-estimation (abhimāna) tacite de soi-même. D’où la fréquente utilisation de deux synonymes d’ahamkāra : garva et smaya. Garva, c’est le fait d’étre « gonflé du sentiment de son importance » (cf. guru : le personnage grave, important) ; smaya désigne en propre le sourire d’orgueil de celui qui reçoit un compliment, s’admire dans un miroir, etc. On constate que garva et smaya restent substituables à ahamkāra jusque dans ses emplois philosophiques techniques. Cela signifie qu’ils ne sont pas d’abord des catégories psychologiques ou caractérologiques (« défauts » appartenant en propre à certains types humains et constituant le revers de leurs qualités spécifiques), mais des expressions de la condition humaine en général.