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Chantal Duhuy (Tch’an) – via do meio e vacuidade

quinta-feira 15 de setembro de 2022

    

Le chemin de l’Éveil se révèle comme une voie du milieu à plusieurs égards et c’est là un point essentiel de l’enseignement.

Sur le plan de la conduite, le Buddha   recommande aux moines la démarche que nous l’avons vu découvrir au cours de sa propre quête : éviter les deux extrêmes que sont l’attachement aux plaisirs et l’attachement aux mortifications, tous deux également « sans noblesse », afin de prendre le chemin du milieu qui seul conduit au but.

Le Buddha suit aussi ce chemin sur le plan des spéculations puisqu’il évite les deux extrêmes de l’existence   et de l’inexistence, thème qui sera repris avec éclat par l’École de la Voie du milieu du Grand Véhicule, assez fréquemment mentionné dans le Tch’an   et que l’on peut d’ailleurs rencontrer dans le tao  ïsme.

La solution que le Buddha apporte au problème de la douleur relève également du refus des extrêmes. Il laisse d’un côté la notion d’une douleur qui existerait en soi et de l’autre celle de la douleur œuvre d’autrui. La douleur résulte de nos actes. Alors, « enseignant le dharma par le milieu », il montre comment éliminer la douleur en supprimant sa cause, l’ignorance.

Dans le monde délicat du cheminement intérieur, « il existe » dit L. Silburn   en suivant le Majjhima-Nikaya, « une voie du milieu plus subtile, voie d’apaisement et de sapience   où le Buddha naviguera habilement en évitant à la fois la dispersion de la conscience et l’idée fixe, voie toute de souplesse qui lui permet d’échapper définitivement aux spéculations : la conscience d’un moine ne doit être ni dispersée à l’extérieur ni fixée intérieurement du fait qu’elle ne s’approprie rien ni ne se tourmente [...] Cette voie est la voie de la vacuité au cours de laquelle tout se fond dans l’apaisement ».

Dans ce même texte, le Buddha propose aux moines un entraînement à l’élimination progressive des images et des notions à partir de son environnement concret, à travers des niveaux intérieurs de plus en plus subtils jusqu’à la vacuité de la délivrance. Le moine fait d’abord abstraction de la notion de village en envisageant la solitude sous l’aspect de forêt, etc. Il s’exerce à des notions de plus en plus générales : terre, infini spatial, infini de la conscience, etc., écartant une à une les notions,

« il considère la solitude du point de vue du samadhi   du cœur, sans signe distinctif, et sa conscience y trouve satisfaction, se stabilise, s’apaise, se libère. Mais il s’aperçoit que ce samadhi lui aussi résulte d’une intention et qu’il est « fait » et donc évanescent, susceptible de prendre fin. Grâce à cette connaissance, sa conscience se libère des flux du désir, du devenir et de l’ignorance, et il a la certitude d’être libéré. Telle est la vacuité incomparable, pure, immuable, suprême qu’il faut développer et dans laquelle il faut demeurer [1] ».

On le voit, ce chemin du milieu qui n’est pas sans avoir un aspect d’équilibre et de modération, conduit très loin. On se tromperait fort en le considérant, même à ses débuts, comme un compromis ou un refus de choisir ou une apathie ou encore un dosage raisonnable de deux opposés. Ce milieu est d’une autre nature que les extrêmes. Il comporte à la fois leur simultanéité et leur rejet en tant que dualité. Par là il est vacuité. Vide de la multiplicité et du devenir, il sort de l’horizontalité et s’élève à la verticale [2].

Lorsqu’on ne s’attache plus aux plaisirs sans avoir même à s’en détacher, lorsqu’on n’envisage plus l’existence ni la non-existence des choses, lorsqu’on endure   la souffrance sans lui chercher d’autre cause que « l’ignorance » congénitale, lorsqu’on se tient dans l’absorption sans se figer et dans la félicité   sans s’y attacher, on suit vraiment le chemin du milieu. Lorsqu’on perçoit le monde sans en saisir les signes et que l’on peut quitter même le samâdhi du sans-signe, on a parcouru ce chemin de vacuité jusqu’à son achèvement, là où toute chose est nirvânée.

Le Buddha « enseigne le dharma par le milieu » car seul est juste ce milieu qui désigne le vide.

Le Grand Véhicule donnera un ample développement à cette formulation de non-naissance ou non-production des choses (anutpada-dharma) [3]. Et il ne s’agit pas là de notions théoriques, ces expressions visent à suggérer le mode de perception du monde propre au délivré.

Le Tch’an adoptera cette vue et on en trouve l’écho   dans une variante de la strophe de Houei-neng   :

« Puisque foncièrement rien n’existe
Où la poussière pourrait-elle se déposer? » [4]

Une question vient à l’esprit  . L’arrachement au conditionnement humain — car c’est bien de cela qu’il s’agit — étant un exploit si difficile à accomplir, ce rejet radical que prônait le bouddhisme n’est-il pas une technique des plus efficaces ? N’est-ce pas l’efficacité pratique qui a attiré vers la religion étrangère des Chinois désireux de cet accomplissement ?

Ainsi la vacuité, entendue en ce sens, se trouve bien au centre de l’enseignement du Buddha. Elle conduit au nirvana  .


Ver online : TCH’AN


[1M.N. cité dans B., p. 52.

[2Sur la verticalité et l’étape ultime, cf. ici p. 69.

[3Cf. ici p. 17, 106, 339.

[4Stance citée par P. Demiéville, ici p. 168 n. 2.