Página inicial > Medievo - Renascença > Corbin (IP): Filosofia profética e metafísica do ser

Corbin (IP): Filosofia profética e metafísica do ser

segunda-feira 1º de agosto de 2022

    

tradução parcial

Pela conjunção destes dois   termos, «filosofia profética» e «metafísica do ser», tenta-se caracterizar melhor o sentido da meditação   filosófica no Islã xiita. Mais precisamente dito, nosso propósito visa a situação   espiritual do Irã onde o xiismo, fortemente enraizado desde as origens, livremente se disseminou desde a renascença safavida, quer dizer desde cerca de cinco   séculos.

Original

Par la conjonction de ces deux termes, «philosophie prophétique» et «métaphysique de l’être», on tente de caractériser au mieux le sens de la méditation philosophique en Islam shî’ite. Plus précisément dit, notre propos vise la situation spirituelle de l’Iran où le shî’isme, fortement enraciné dès les origines, s’est librement épanoui depuis la renaissance safavide, c’est-à-dire depuis bientôt cinq siècles.

Longtemps, nos histoires de la philosophie ont considéré la philosophie islamique comme s’étant éteinte au XIIe siècle avec Averroës (ob. 1198) en Islam occidental. La pensée philosophique de l’Islam shî’ite minoritaire était restée autant dire terra   incognita. Or ce qui frappe l’attention du philosophe orientaliste, c’est l’essor et la perpétuation, en Islam shî’ite, d’une tradition   philosophique représentée par toute une lignée de penseurs iraniens et persistant jusqu’à nos jours. Et la forme de leurs traités de métaphysique se caractérise par la place qui est faite à la prophétologie, parce que la prophétologie est établie dès les prémisses mêmes de la doctrine shî’ite. On ne peut faire mention ici que du shî’isme duodécimain ; la métaphysique et la prophétologie de l’ismaélisme ont leurs traits propres, tout en ayant maints traits communs avec celles du shî’isme duodécimain. De l’ensemble des philosophes iraniens des cinq derniers siècles, il ne nous est même possible ici que de nous référer à l’œuvre d’une personnalité dominante, Mollâ Sadrâ   Shîrâzî (1572-1640), qui a fait école jusqu’à nos jours. Les lignes qui suivent ne peuvent que jalonner allusivement certains points de repère [1].

La métaphysique de l’être, chez Sadrâ Shîrâzî, se caractérise comme une révolution détrônant la vénérable métaphysique de l’essence dont le règne durait depuis des siècles, depuis al-Fârâbî, Avicenne  , Sohravardî. Bien qu’il ait eu des précurseurs chez les théosophes mystiques, cet acte révolutionnaire a, chez Sadrâ Shîrâzî, sa vertu propre, car il oriente les lignes de force de sa doctrine. Éliminée la préséance de la quiddité, la notion d’existence (wojûd), en son sens vrai, culmine en celle de présence (hodûr). Et cela, parce que le secret de l’acte d’être, de l’exister, n’est à chercher ni sous sa forme substantive (latin ens), ni sous sa forme infinitive (latin esse), mais sous sa forme impérative (arabe KN, latin esto, non pas fiat). Là même éclôt éternellement le Verbe qui est Esprit  , et partant le phénomène du Livre saint révélé, posant tout le problème du rapport entre la Parole et le Livre, entre l’apparence de la lettre énoncée et la compréhension de son sens vrai qui est le sens spirituel. De là, tous les thèmes de la prophétologie et de l’imâmologie posés en propre par le shî’isme, tels que pour nos philosophes la philosophie est « chez elle » dans le shî’isme, où elle prend la forme éminente d’une «philosophie prophétique» (hikmat nabawîya) ou imâmique (hikmat walawîya). Finalement, la métaphysique de Sadrâ Shîrâzî culmine non pas tant en une philosophie de l’Esprit créateur qu’en une métaphysique de l’Esprit saint qui est une philosophie de la résurrection, se déployant aux différents niveaux des présences de l’être et de ses palingénésies.


Ver online : Excertos de "O Irã e a filosofia"


[1Les problèmes évoqués ici sont traités plus en détail dans notre édition d’une œuvre de Mollâ Sadrâ ShîrâzI, Le Livre des Pénétrations métaphysiques (Kitâb al-Mashâ’ir), texte arabe, version persane, traduction française et annotations, « Bibliothèque iranienne », vol. X, Téhéran-Paris, Adrien-Maisonneuve, 1963. La partie en français de ce livre a été rééditée en 1988 aux éditions Verdier, dans la collection «Islam spirituel». Cf. aussi notre Histoire de la philosophie islamique, coll. Folio/Essais, Paris, Gallimard, 1986. Pour l’ismaélisme, cf. notre Trilogie ismaélienne, « Bibl. iranienne », vol. IX, Téhéran-Paris, 1961. Voir aussi En Islam iranien, aspects spirituels et philosophiques, Paris, Gallimard, 1978.