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Ficino (TP:Pref) – Prefácio à «Teologia platônica»

domingo 4 de setembro de 2022

    
THÉOLOGIE PLATONICIENNE DE L’IMMORTALITÉ DES AMES PAR MARSILE FICIN  , FLORENTIN AU MAGNANIME LAURENT DE MÉDICIS
 
AU MAGNANIME LAURENT DE MÉDICIS PRÉFACE DE MARSILE FICIN, FLORENTIN A LA THÉOLOGIE PLATONICIENNE, DE L’IMMORTALITÉ DES AMES

Raymond Marcel

Platon  , père   des philosophes, Magnanime Laurent, a bien compris que toutes les intelligences se trouvent vis-à-vis de Dieu   dans la même condition que nos yeux en face   du soleil et que de ce fait elles ne peuvent jamais rien comprendre sans la lumière   divine. Aussi a-t-il eu raison de considérer comme un devoir de justice et de piété que l’âme   humaine tenant tout de Dieu rapporte tout à Dieu. Il veut donc que si nous philosophons sur les mœurs, nous purifions notre âme, afin que celle-ci, devenue plus limpide, perçoive la lumière divine et honore Dieu. Il veut également que si nous scrutons les causes de toute chose nous cherchions ces causes de manière à ce que nous trouvions la cause des causes et que, l’ayant trouvée, nous l’adorions [1].

Non content d’exhorter les autres à ce devoir de piété, notre cher Platon s’en acquitte lui-même parfaitement. C’est la raison pour laquelle lui-même sans conteste fut appelé divin et sa doctrine, chez tous les peuples, qualifiée de Théologie, car, en fait, jamais il ne traite de morale, de dialectique, de mathématique ou de physique sans immédiatement ramener tout dans un sentiment de profonde piété à la contemplation et au culte de Dieu. Ainsi c’est parce qu’il considère l’âme comme un miroir dans lequel se reflète facilement l’image de Dieu que lorsqu’il s’applique à chercher Dieu en se penchant sur chacune de ses empreintes, il se tourne sans cesse vers la beauté de l’âme, se rendant compte que le fameux oracle « Connais-toi toi-même » signifie avant tout que quiconque souhaite connaître Dieu doit d’abord se connaître lui-même.

Voilà pourquoi quiconque lira sérieusement les ouvrages de Platon que depuis longtemps j’ai traduits en latin [2], y trouvera évidemment tout, mais en particulier ces deux vérités essentielles : le culte reconnaissant d’un Dieu connu et la divinité des âmes, vérités dans lesquelles résident toute compréhension des choses, toute règle de la vie et toute félicité  . Et cela d’autant plus que, sur ces problèmes, la manière de penser de Platon est telle que c’est lui de préférence à tous les philosophes, qu’Augustin   a choisi pour l’imiter, comme étant le plus proche de la vérité chrétienne et il affirme qu’en changeant peu de choses, les Platoniciens seraient chrétiens [3].

Quant à moi, comme depuis longtemps j’avais décidé, fort de l’autorité d’Augustin et poussé par un profond amour du genre humain, de tracer de ce Platon une image aussi proche que possible de la vérité chrétienne, je me suis appliqué à l’étude des deux problèmes que je viens de souligner, et c’est pourquoi j’ai cru devoir donner à tout mon ouvrage le titre de Théologie platonicienne, de l’Immortalité des âmes.

En le composant, mon principal dessein fut non seulement de nous faire contempler dans la divinité même de l’âme créée, considérée comme un miroir placé au centre de toutes choses, l’œuvre du Créateur lui-même, mais aussi de nous faire contempler et cultiver notre âme. D’autre part, je pense, et ce n’est pas à la légère, que la Providence divine a décrété que beaucoup d’esprits dépravés qui ne s’inclinent pas volontiers devant la seule autorité de la loi divine, se soumettraient du moins aux arguments platoniciens qui appuient solidement la religion, et que ceux qui avec tant d’impiété, séparent de la sainte religion l’étude de la philosophie, reconnaîtraient un jour qu’ils commettent la même erreur que si Von séparait ou l’amour de la sagesse du culte de la sagesse elle-même, ou l’intelligence vraie de la volonté droite, et enfin que ceux dont la pensée a pour unique objet les sensations corporelles et ont le malheur de préférer les ombres à la réalité véritable, éclairés enfin par les arguments de Platon, contempleraient ce qui dépasse le sensible   et auraient le bonheur de préférer la réalité aux ombres.

Voilà ce qu’avant tout ordonne le Dieu tout-puissant, voilà ce que réclame absolument la condition humaine et c’est ce qu‘autrefois, avec l’aide de Dieu, le céleste   Platon réalisa sans peine pour les siens. C’est ce que nous-mêmes, en l’imitant, mais en comptant uniquement sur le secours divin, nous avons tenté de faire pour nos contemporains en composant ce difficile traité. Puissions-nous l’avoir mené à bonne fin avec autant d’exactitude que nous avons apporté de respect pour la vérité divine, ne voulant rien avancer qui ne soit confirmé par la loi divine.

C’est à toi, Magnanime Laurent, de préférence à tous les autres, que j’ai cru devoir dédier cet ouvrage. Certes, je n’ai pas l’intention de te révéler les vérités philosophiques dont tu discutes depuis si longtemps, car c’est moins pour toi que pour les autres que je veux publier les secrets des Anciens que ton étonnant génie a déjà découverts. J’ai voulu signifier par là que c’est grâce à ta générosité que nous avons trouvé le loisir nécessaire pour nous adonner plus facilement à l’étude de la. philosophie. Et aussi parce que notre cher Platon se félicitera hautement, me semble-t-il, de ce que tu as réalisé ce qu’il souhaitait avant tout chez les grands hommes d’autrefois : l’union de la philosophie et de la plus haute autorité politique [4].

Michael Allen

Noble-souled Lorenzo! Plato, the father of philosophers, realizing i that our minds bear the same relationship to God as our sight to the light of the Sun  , and that therefore they can never understand anything without the light of God, considered it just and pious that, as the human mind   receives everything from God, so it should restore everything to God. Hence in the sphere of moral philosophy one must purify the soul until its eye becomes unclouded and it can see the divine light and worship God. And in the examination of causes, the final object of out search into them should be die cause of causes, and once we find it we should venerate it.

Nor does our beloved Plato only urge this pious duty on others, but he himself takes the lead. And that is why he has been considered indisputably divine and his teaching called “theology” among all peoples. For whatever subject he deals with, be it ethics, dialectic, mathematics or physics, he quickly brings it round, in a spirit   of utmost piety, to the contemplation and worship of God.

He considers man’s soul to be like a mirror in which the image of the divine countenance is readily reflected; and in lois eager hunt for God, as he tracks down every footprint, he everywhere turns hither and thither to the form of the soul. For he knows that this is the most important meaning of those famous words of the oracle, “Know thyself,” namely “If you wish to be able to recognize God, you must first learn to know yourself.” So anyone who reads very carefully the works of Plato that I translated in their entirety into Latin some time ago will discover among many other matters two of utmost importance: the worship of God with piety and understanding, and the divinity of souls. On these depend our whole perception of the world, the way we lead our lives, and all our happiness. Indeed, it was because of these views that Aurelius Augustine chose Plato out of the ranks of the philosophers to be his model, as being closest of all to the Christian truth. With just a few changes, he maintained, the Platonists would be Christians.

Relying on Augustine’s authority, and moved by an immense love for humanity, I long ago decided chat Γ would try to paint a portrait of Plato as close as possible to the Christian truth. And I have concentrated my efforts especially on the two topics I have mentioned. That is why I have deemed it appropriate to entitle the whole work The Platonic Theology  : On the Immortality of the Soul.1 My main intention in writing it has been this: that in the divinity of the created mind, as in a mirror at the center of all things, we should first observe the works of die Creator, and then contemplate and worship the mind of the Creator. I believe—and it is no empty belief— that divine pirovidence has decreed that many who are wrong-headed and unwilling to yield to the authority of divine law alone will at least accept those arguments of the Platonists which fully reinforce the claims of religion; and that irreligious men who divorce the study of philosophy from sacred, religion will come to realize that they are making the same sort of mistake as someone who divorces love of wisdom from respect for that wisdom, or who separates true understanding from the will to do what is right. Finally, I believe that those for whom the objects of thought are confined to the objects of bodily sensation and who in their wretchedness prefer the shadows of things to things themselves, once they are impressed by the arguments of Plato, will contemplate the higher objects which transcend the senses, and find happiness in putting things themselves before their shadows.

This is what almighty God especially demands. This is what the human condition absolutely requires. This is what immortal Plato, with God’s favor, accomplished without difficulty for the people of his own day. And this is what I, in imitation of Plato, but wholly dependent on God’s help, have labored to achieve for the men of my own day in this present work, the fruit of much labor. I can only hope that the truth that I have arrived at reflects the veneration for divine truth with which I approached it. For I would not want anything proved in diese pages which is not approved by divine law.

It was not in order to introduce you to philosophy, magnanimous Lorenzo, that I decided this work should be dedicated to you in preference to others. It has long been obvious from your philosophical disputations that it is not to you but to others that I need to reveal the secrets of the ancient philosophers, since you have already grasped them it seems with your astonishing natural ability. Rather, I do it for two reasons: firstly, because it is thanks to your generosity that I have the leisure to be able to practice philosophy, and secondly, because it seems to me that our beloved Plato would be particularly pleased by this act of respect towards you. For you have achieved what he looked for above all else among the great men of antiquity: you have combined the study of philosophy with the exercise of the highest public authority.


Ver online : Ficino – Teologia Platônica


[1Platon, République, VI, 508-512.

[2Ficin a traduit Platon entre 1460 et 1475. La première édition de sa traduction, avec commentaires, ne parut toutefois à Florence qu’en 1484. Cfr. B. Marcel, Marsile Ficin, p. 456-466.

[3Saint Augustin, De Vera religione, IV, 7 (P. L. 34, 126). Id. Confessiones, VII, 9, 13 (P. L. 32, 740). De civit. Dei, VIII, 9-10 (P.L. 41, 233-235) ; X, 19, 1 (P. L. 41, 297-298)

[4Cfr. Platon, Républ. V, 473 d.