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Henri le Saux (Ecrits) – advaita

sexta-feira 16 de setembro de 2022

    

L’advaita   n’est pas un défi à la foi chrétienne, sinon peut-être en certaines de ses formulations. C’est bien plutôt le rappel exigeant que Dieu   — et donc rien non plus de ce qu’il a fait — ne peut jamais entrer totalement dans nos concepts. (La Rencontre de l’hindouisme et du christianisme, p. 183.)

Si l’advaita effraie tant, c’est qu’il ne laisse rien subsister de cet ego superficiel hylique, ou du moins simplement psychique, qui appartient au niveau du concept. (La Rencontre de l’hindouisme et du christianisme, p. 184.)

L’advaita ne s’oppose à rien, sous peine de n’être plus lui-même. De façon analogue, quand le christianisme cherche à s’opposer à une tradition   religieuse quelconque, à la façon, lui-même, d’une « autre » religion, il se vide par le fait même de la transcendance qui lui est propre, car la transcendance n’admet ni altérité ni comparaison. (La Rencontre de l’hindouisme et du christianisme, p. 186.)

Il ne s’agit pas de rêver d’une impossible synthèse entre l’advaita et le christianisme, pas même, en rigueur de termes, d’un dépassement chrétien de l’advaita. Cette formule sans doute est moins éloignée du vrai ; elle demeure cependant bien imparfaite, car dès que Γ advaita reçoit une qualification quelconque, il n’est plus advaita [...]. (La Rencontre de l’hindouisme et du christianisme, p. 188.)

Au lieu de parler de synthèse et de dépassement, il serait beaucoup plus juste, semble-t-il, de parler de la dimension advaitine de la révélation et du christianisme. (La Rencontre de l’hindouisme et du christianisme, p. 189.)

[43] Pas plus que la foi, l’advaita n’est une idée ou une découverte intellectuelle. C’est quelque chose qui touche l’âme   en son centre le plus intérieur, et qui, de là, commande tout en elle. C’est une attitude foncière de l’âme qui prend son origine au lieu même de sa « source ». C’est un don plénier de soi. C’est un abandon total au mystère qui s’est révélé en soi. (La Rencontre de l’hindouisme et du christianisme, p. 192.)

Les rencontres humaines laissent subsister la dualité. Au mieux dit-on qu’il y a fusion et que les deux deviennent un dans l’amour et le désir. Ici, il n’y a même plus de fusion, car nous sommes au plan de la non-dualité originelle. L’advaita demeure à jamais incompréhensible à qui ne l’a pas vécu existentiellement [...]. (Gnanananda, p. 42.)

[...] tous ces marchands d’advaita qui courent les rues et les places publiques, qui inondent les librairies de leurs publications ? Ils protestent tant qu’ils peuvent contre les propagateurs des religions d’Occident, et sont plus étroits encore que les plus bornés de ceux-ci. Ils possèdent la vérité et quiconque n’admet point leur point de vue védantin et soi-disant englobant tout, n’est à leurs yeux qu’un imbécile ou un fanatique. (Souvenirs d’Arunachala, p. 112.)

L’advaita, la non-dualité, constituant l’essentiel de l’enseignement des Upanishads   [1], nulle prière ne demeure possible au cœur de quiconque a réalisé la [44] vérité des Upanishads. L’équivalent de ce qu’on appelle en Occident « l’expérience de Dieu » n’a dans le contexte upanishadique rien à faire avec quelque notion de Dieu que ce soit; car la dualité qui seule rend possible pour l’homme de se tenir en face   de Dieu, a disparu dans la rencontre dévorante avec le Réel : le SAT. (Initiation à la spiritualité des Upanishads, p. 69.)

Dans cette expérience ultime l’homme a dépassé toutes les antinomies, tous les dvandvas, y compris le dvandva fondamental mort/vie, être/non-être, connaissance/non-connaissance. Tant que l’homme cherche à expliquer à un autre homme cet état à l’aide de concepts tirés de la perception sensorielle et mentale, il le dénie, car dès qu’on le compare à quoi que ce soit d’autre, il n’est plus lui-même. Il ne se peut définir que par des négations, négations qui doivent d’ailleurs indéfiniment se détruire elles-mêmes sous peine de tourner à l’abstraction pure. Plusieurs fois, l’Upanishad définit cette expérience comme « un éclair » qui tout à coup illumine l’espace du cœur. (Initiation à la spiritualité des Upanishads, p. 142.)

Descendre au plus profond de moi, dans le Soi   divin, fondement de mon moi, et embrasser tous les êtres dans la non-dualité (advaita) du Réel, de l’Être [...]. (Intériorité et révélation, p. 45.)

Il faut d’abord, et de toute nécessité, passer par le stade de l’Unité de l’advaita, de la non-distinction, nier drastiquement, ou du moins oublier tout ce que l’on avait cru « savoir » autrefois du Dieu Un et Trine, du Dieu que l’on appelait « Amour ». Car notre vie au sein des Trois, et au sein de l’Amour Infini, Créateur et Rédempteur, n’était-elle pas pour [45] beaucoup une belle imagination, une magnifique construction mentale, où l’on « se » projetait soi-même, où l’on s’enchantait de soi-même, en s’appuyant, comme sur un divan agréable, sur la Révélation, comprise, interprétée par notre pauvre raison? (Intériorité et révélation, p. 68.)

Nous cherchons constamment à formuler la non-dualité, l’advaita, mais la non-dualité est absolument informulable, car nul ne demeure pour la formuler. (Intériorité et révélation, p. 232.)

Oser faire enfin le saut dans le pur advaita, me susurre constamment la voix, toujours chantante au fond de mon cœur, dont usa l’autre jour [Harilâ] pour le transmettre par le dehors aussi. Au fait, je suis de plus en plus loin de l’hindouisme saguna. Je joue pour le moment avec l’advaita. Je suis comme au moment de prendre un bain de mer, l’on s’assure, on fait trempette et l’on retarde indéfiniment le plongeon qui seul donnera la paix. Je tâche de comprendre en chrétien et en Occidental mon advaita, et une fois à l’autre extrémité de mes cornues, de mes déductions... Comme « mon » advaita est complexe et an-advaita [non-advaita] ! (23.3.53; La Montée au fond du coeur, p. 91.)

Ne suis-je pas plus ou moins attaché humainement à l’advaita, à mon expérience d’advaita ? Attachement parce que c’est exotique, c’est osé, c’est rare, etc. Avec une appréhension humaine que cet advaita doive céder finalement à une vérité plus haute qui ne serait en fait que ce que j’ai tout bonnement cru jusqu’ici... Mais comment jamais supprimer l’humain « de nos raisons », de nos adhésions ?

Quelle part d’humain n’y a-t-il pas aussi dans [46] mon attachement au christianisme ? Et ne pourrait-il pas être dit que c’est une attache humaine qui m’empêche de faire le pas définitif libérateur ? (1953; La Montée au fond du coeur, p. 100-101.)

Être advaitin [...] c’est abandonner les intermédiaires, et passer directement à la limite suprême, ou au suprême transcendant de toute limite. C’est un dépassement du Christ  , du moins en sa condition de manifestant et de manifesté, pour passer au mystère éternel et transcendant de toute pensée qui par lui et en lui est manifestée. (29.7.55; La Montée au fond du coeur, p. 143.)

Toute joie goûtée en l’advaita fait s’évanouir l’advaita en sa pure réalité. (26.8.55 ; La Montée au fond du coeur, p. 151.)

Vadvaita, c’est quand l’homme a plongé en la guhâ, y a sombré, au sein du Père  . (1.12.56 ; La Montée au fond du coeur, p. 233.)

Faut-il chercher à découvrir en un advaita chrétien un au-delà de l’advaita védantin ? Dès qu’il y a qualification, l’advaita s’évanouit. Les dvandva [opposés, dualismes] réapparaissent, et l’on a chu du Réel.

Bien plutôt, ne devrait-on pas dire qu’il y a l’expérience de Fils et celle de l’Esprit  . Celle du Je-Tu, et celle du non-duel ? N’est-ce pas cela le fond du mystère de la Trinité? de l’Abba, d’aham, ou du OM  ? (5.2.64; La Montée au fond du coeur, p. 324.)

L’advaita, en christianisme, c’est ceci :

— n’avoir plus pour esprit que l’Esprit du Seigneur, qui m’agit à son gré ; n’avoir plus pour visage (personalitas) que la personne du Christ,

— n’avoir pour être que la profondeur d’amour du Père, et me redécouvrir dans ce [don] gratuit de l’amour. (30.3.64; La Montée au fond du coeur, p. 326.)

L’advaita, ce n’est point l’idée qu’il n’y a qu’Un. C’est le dépassement du sens du divers, quelle que soit l’idée que l’on s’en fasse. C’est ne plus arrêter à soi le flot de l’évolution eschatologique, c’est être tout dans le courant. C’est n’être plus qu’un Ad à ses frères hommes [...].

L’advaita ce n’est pas une découverte intellectuelle — mais une attitude foncière d’âme. Bien plus que l’impossiblité de dire deux que l’affirmation de Un.


Ver online : Henri le Saux


[1Sur l’enseignement des Upanishads, cf. le chapitre qu’H. Le Saux lui a consacré dans : Rencontre de l’hindouisme et du christianisme sous le titre : « Les intuitions des Rishis », p. 101-150.