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ALAIN DANIÉLOU

LA THÉORIE MÉTAPHYSIQUE DU VERBE ET SON APPLICATION DANS LE LANGAGE ET LA MUSIQUE

Approches de l’Inde. Tradition & Incidences

sexta-feira 21 de dezembro de 2007, por Cardoso de Castro

    

Extrait de Approches de l’Inde. Tradition   & Incidences. Dir. Jacques Masui  . Cahiers du Sud, 1949

 DHVANI ET SPHOTÀ, LE SON ET L’IDÉE

Ce rapport des sons et des formes est à l’origine du langage qui en est le reflet. Lorsque la pensée s’exprime dans le langage, c’est le rythme ou rapport de sons qui constitue le mot (shabdâ). Ce rapport peut s’exprimer par une relation abstraite, des symboles graphiques. C’est une équation permanente distincte de la vibration de l’air qui constitue le son (dhvani) du mot. Cette vibration de l’air, bien que reproduisant les rapports rythmiques qui constituent la formule du mot, n’en est que la manifestation éphémère. Toutefois :

« Dans la pratique c’est le son qui est considéré comme le mot » dit le grammairien Patanjali, et il ajoute :

« La nature du mot (shabdâ) réside dans l’idée-indivise (sphotâ). Le son est seulement une qualité du mot (par laquelle il se manifeste). » (Mahà-bhâshyâ).

« Les mots ont donc deux aspects, l’un permanent (nityâ), l’autre impermanent (anityà), le premier étant l’aspect idée, le second l’aspect son. (Les deux aspects sont connectés par l’équation rythmique qui est leur forme commune.)

L’idée, lorsqu’elle apparaît, est quelque chose de différent d’un son physique (prâkrità dhvani). Les sons articulés (vaikrità dhvani) représentent une utilisation de rapports de sons pour servir temporairement à transmettre des idées qui existent par elles-mêmes mais ne sont pas perçues.

« Le mot existe par lui-même toujours présent mais il reste invisible tant que rien ne le manifeste. Si le moyen de perception est là, ne fût-ce que pour un instant, l’esprit   peut se saisir de l’idée qu’il représente comme on perçoit soudain le paysage révélé par un éclair dans la nuit d’orage obscure. »

(En fait ce n’est pas le son qui est perçu lorsque nous écoutons une phrase, c’est l’idée particularisée que nous percevons directement, le son n’étant que le véhicule de cette perception.)

« Il faut distinguer" la vibration de l’air qui est une alternance de pression et de dépression (vâyavïyâ sahyogà-viyogâ) du rythme articulé dont elle est seulement le véhicule. L’état vibratoire n’est pas particulier à l’air et c’est seulement le son grossier (Dhvani) qui est un état de l’air. Il faut donc distinguer deux états du son parlé : son état en tant que groupe donné de syllabes définies qui est une entité permanente et son état en tant que son physique perceptible à l’oreille. Le son physique est seulement le véhicule du mot articulé. Il apparaît lui-même en même temps qu’il révèle le rythme articulé dont il est le support comme la lumière   qui se manifeste elle-même en même temps qu’elle éclaire les objets environnants. C’est pourquoi les grammairiens font une différence entre la nature des mots en tant que rapports de syllabes ou en tant que son. » (Swâmï Hariharânandà Sarasvatï, Shabdâ aur Arthà.)