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Le Soi et l’Autre [SA]

Ratié (SA:37-38) – Cognições e instanteneidade

I. 1. 2. Cognitions et instantanéité (kṣaṇikatva )

domingo 25 de setembro de 2022, por Cardoso de Castro

    

Por que, porém, falar de cognições, e não de uma conscientidade  ? De fato, tendo a considerar que “minha cosncientidade” é una e contínua. E é isso mesmo que me parece ser o fundamento da minha identidade  . Pois é a conscientidade que me separa dos objetos inanimados, que me torna um “sujeito  ” distinto das entidades objetivas – uma entidade capaz de conhecer as coisas e agir sobre elas.

    

Pourquoi, cependant, parler des cognitions, plutôt que d’une conscience ? J’ai en effet tendance à considérer que « ma conscience » est une et continue. Et c’est même ce qui me semble être le fondement de mon identité. Car c’est la conscience qui me sépare des objets inanimés, qui fait de moi un « sujet » distinct des entités objectives – une entité capable de connaître les choses et d’agir sur elles. Et la conscience ne me sépare pas seulement des objets en me donnant le pouvoir de les saisir ; car être conscient, c’est d’abord se sentir exister, se percevoir, c’est avoir la capacité de manifester non seulement les choses, mais aussi soi-même  . Or si mon corps se transforme au cours du temps, il est une chose qui ne change pas en moi : je reste cet être conscient, capable de se représenter les objets – de les manifester et de s’appréhender comme les manifestant.

Lorsque j’examine mes états de conscience, cependant, je découvre qu’ils se constituent d’une série (santāna) de telles apparitions. Ces apparitions, soulignent les auteurs bouddhistes, sont instantanées (kṣaṇika  ) – elles n’ont aucune durée, elles existent comme un simple point temporel (kṣaṇa) disparu aussitôt qu’apparu, et aussitôt remplacé par une autre apparition.

Évidemment, il arrive que mes perceptions semblent durer. Je peux par exemple contempler un même objet pendant un certain temps. Cette durée n’est cependant qu’illusion selon les logiciens bouddhistes. Car si, tout en observant la feuille de papier devant moi par exemple, je cherche à analyser la perception que j’en ai, je découvrirai qu’elle n’est pas une. Ce n’est pas un seul et même objet, mais une série d’objets qui se présente à moi, car tandis que je l’observe, ce n’est pas un état de conscience unique que j’éprouve, mais une série d’états de conscience discontinus et contigus : un premier moment de sensation   brute dans lequel je fais l’expérience d’un « quelque chose » indéterminé, puis une sorte de resserrement de la conscience – une forme générale, la sensation de couleurs : noir, blanc – et un éclair : c’est une feuille de papier imprimé. Je prend progressivement conscience de la texture du papier, des légères variations dans la teinte de l’encre, des méandres formés par les caractères, de l’odeur de la feuille ou de l’encre peut-être ; je suis plus ou moins sensible, selon le degré et la visée changeants de mon attention, à la situation de la feuille dans l’espace, au rapport qu’elle entretient aux objets qui l’environnent ; à mon désir de la saisir, de déchiffrer les caractères alors que je réalise qu’elle possède un pouvoir particulier – celui de communiquer du sens ; ou bien à mon désir de la quitter, parce qu’elle produit en moi plus d’ennui que d’intérêt ; à ma conscience de désirer ou non cette feuille, et au dilemme qui se pose à moi (la lirai-je, ou non ?) ; à la manière de résoudre ce dilemme, etc. À chaque instant, la feuille se présente à moi ; et cependant, à chaque instant, la présentation de la feuille change. Ma conscience de la feuille n’est donc pas une, mais morcelée en une série de cognitions instantanées.


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