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HERMÈS I

Silburn : les trois absorptions

Les trois voies et la non-voie

samedi 8 juin 2019

Un chapitre entier du Tantrāloka
T.Ā.
T.A.
Tantrāloka
Tantraloka
TANTRĀLOKA D’ABHINAVAGUPTA
, le XXXIV, est consacré à l’absorption? en raison de son importance car elle fut révélée par Śiva Shiva
Śiva
le Seigneur
Śiva e Śakti, Deus e seu Poder, formam uma unidade sem dualidade.
lui-même. Ce chapitre, des plus courts, ne renferme que les stances suivantes :

« Le moment est venu d’exposer comment on pénètre dans la Quintessence?. (Selon la voie individuelle) après avoir pénétré de plus en plus profondément en l’état divin, qu’on repose paisiblement à proximité de l’Essence. Puis, laissant complètement cette voie, qu’on prenne refuge au séjour de l’énergie. Qu’on parvienne enfin dans la demeure de Śiva où notre propre essence se révèle en toute évidence. Telle est l’absorption graduelle.

Mais qui a le bonheur de jouir de la nature? de Bhairava, source abondante des grands rayons (les énergies divines) irradiant de la Conscience?, c’est indépendamment de toute Voie qu’il s’absorbera finalement en son propre Soi éternel, prégnant de l’Essence universelle.

Nous avons là l’absorption dans la Quintessence telle que le Seigneur l’a exposée. »

D’après Abhinavagupta Abhinavagupta
Abhinava
AG
Abh
Abhinavagupta (950-1020), maître du shivaïsme du Cachemire, aussi maître en yoga, tantra, poétique, dramaturgie.
tous les moyens, le samādhi y compris, tendent à la parfaite absorption dite intégrale (samyag āveśana) au cours de laquelle le soi, la pensée, le corps et le monde? entier s’engouffrent spontanément dans la Réalité ultime et s’identifient à elle.

Absorption propre à la voie divine

Cette divine absorption concerne uniquement un être dégagé de toute préoccupation [cintā] car cet être, dit Abhinavagupta?, ne se soucie de rien et aucune pensée dualisante ne fonctionne en lui. Alors, grâce à un réveil de grand poids [1], s’établit soudain une parfaite mise au diapason avec ce qu’il faut connaître — l’universelle Conscience indifférenciée — et qui atteint immédiatement son plein épanouissement. D’une telle illumination, dit-il, qu’on s’empare aussitôt et pour toujours. Par cette interpénétration de Śiva et de l’adorateur, ce dernier s’identifie à la suprême Essence grâce à Śiva inséparable de sa plus haute énergie. Le moi dépendant s’anéantit dans l’énergie de volonté — source des autres énergies — et la conscience s’absorbe immédiatement en Śiva, sans même recourir au samādhi, en une union aussi spontanée qu’imprévue. « Par-delà toute certitude intellectuelle la chose? digne d’être connue, après s’être épanouie dans un cœur éminemment pur, y demeure permanente ; elle subjugue le Sujet conscient qui se reflète dans le miroir de l’intelligence et, à ce moment, elle se révèle graduellement dans toute sa gloire. » (T.A.I. 172-175.)

Lors de cette totale absorption dans la Réalité, le soi, la pensée, le corps, les objets externes abandonnent leur nature objective? et s’identifient au Seigneur. Si, à la mort, cette absorption est parfaite, seul le Seigneur demeure.

Absorption propre à l’énergie

L’absorption obtenue en se concentrant (cintā) sur quelque entité par le cœur uniquement, sans aucune récitation, relève de l’énergie.

Le cœur se présente ici sous l’aspect d’intelligence, de pensée et de sentiment du moi dont les opérations respectives sont la certitude, la synthèse et la conviction erronée. En dépit des illusions qu’elle comporte par la faute de ces opérations, cette voie aboutit à la connaissance? indifférenciée propre à la voie divine. En effet le vikalpa purifié contient une connaissance et une activité de très grande intensité mais encore soumises à des conditions limitantes.

Il suffit donc de s’adonner ardemment à dissoudre toutes les limites pour que l’énergie en fulgurant fasse apparaître intérieurement ce que l’on désire, à savoir, l’identité à Śiva.

Cet état d’énergie est à la fois différencié et indifférencié : différencié parce qu’il contient des pensées distinctes, mais indifférencié puisqu’il ne requiert aucun moyen externe comme la récitation et autres pratiques analogues. (T.A. I. 169.)

Absorption propre à la voie de l’individu

L’absorption due à la récitation, à l’activité des organes, à la méditation, aux phonèmes, à la concentration sur des points vitaux est nommée à juste titre « individuelle ». (I. 170.)

Abhinavagupta explique : individuelle signifie clairement différenciée. Bien que cette voie consiste en certitude intellectuelle propre à la pensée dualisante, elle aboutit elle aussi à l’indifférencié.

Ces deux dernières absorptions sont donc dirigées vers l’océan de l’indifférencié sans lequel elles n’existeraient pas.

S’il est vrai que la validité de la conscience indifférenciée ne dépend nullement de la pensée différenciée, la voie individuelle permet néanmoins d’accéder à l’indifférenciation de la voie divine ; bien qu’elle commence par la pensée différenciatrice, elle s’élève à l’aide de purifications progressives des pensées jusqu’à l’indifférencié (nirvikalpa).


Voir en ligne : LILIAN SILBURN


[1On peut lire encore avec certains Maîtres : grâce à un Réveil dû au guru.