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Entretiens de Lin-Tsi

Lin-Tsi (ELT) – Instruções coletivas §10

Instructions collectives

domingo 18 de setembro de 2022, por Cardoso de Castro

    

Durante uma consulta noturna, o mestre deu a seguinte instrução   coletiva:

a. “Por vezes suprimir o homem   sem suprimir o objeto.

b. “Por vezes suprimir o objeto sem suprimir o homem.

c. “Por vezes suprimir ao mesmo tempo o homem e o objeto.

d. “Por vezes não suprimir nem o homem nem o objeto. »

    

Lors d’une consultation du soir, le maître donna l’instruction collective suivante :

a. « Parfois supprimer l’homme sans supprimer l’objet.

b. « Parfois supprimer l’objet sans supprimer l’homme.

c. « Parfois supprimer à la fois l’homme et l’objet.

d. « Parfois ne supprimer ni l’homme ni l’objet. »

Il y eut alors un moine qui demanda : « Qu’est-ce que supprimer l’homme sans supprimer l’objet ? » Le maître dit :

a. « La chaleur du soleil fait naître sur le sol un tapis de brocart ;
Les cheveux pendants de l’enfant sont blancs comme fils   de soie. »
Le moine : « Qu’est-ce que supprimer l’objet sans supprimer l’homme ? » Le maître :
 
b. « Les ordres du roi sont en vigueur dans l’univers entier ;
Pour le général aux frontières, point de fumée ni de poussière. »
Le moine : « Qu’est-ce que supprimer à la fois l’homme et l’objet ? » Le maître :
 
c. « Les préfectures de Ping et de Fen sont coupées de toutes nouvelles ;
Elles restent à part, isolées dans leur coin. »
Le moine : « Qu’est-ce que ne supprimer ni l’homme ni l’objet ? » Le maître :
 
d. « Le roi monte sur son palais fait de mati  ères précieuses ;
Dans la campagne les vieillards se livrent aux chansons. »
 
T. 497 a, 22 ; Y. 34, 7, § 25-26 ; Ai .32, 21 ; A2.37, 1.

Instructions collectives : che-tchong, « indications données à la communauté » (à l’assemblée des moines), par opposition à la troisième partie des « Entretiens » (§ 42-65) qui traite de consultations, d’« analyses » individuelles. D’après certaines sources, la «montée en salle » ou prédication formelle (1ere partie) avait lieu le matin, l’« instruction collective » (2e partie) le soir.

Le paragraphe 10 forme ce qu’on appelle « les quatre alternatives de Lin-tsi   » (sseu leao-kien). Celles-ci sont présentées dans le cadre de la formule de la logique indienne dite du tétra-lemme (catuskotika : être — ne pas être — à la fois être et ne pas être — ni être ni ne pas être), appliquée ici, si je comprends bien, à quatre alternatives méthodologiques concernant la théorie de la connaissance (rapports du sujet et de l’objet), dont Lin-tsi entendait tenir compte dans sa méthode d’enseignement, dans sa propédeutique, selon les dispositions de ses consultants (cf. § 28) ; la méthodologie didactique est une préoccupation constante de Lin-tsi. Chacune des alternatives est illustrée par des distiques heptasyllabiques (non rimés, à la manière des vers traduits du sanscrit) qui recourent à la thématique naturiste de la poésie chinoise classique.

a. L’homme est le sujet ; l’objet est désigné par king, le « domaine », le « territoire », équivalent exact du sanscrit visaya (la sphère d’action de la connaissance sensible  ). Dans la propédeutique du Tch’an  , ce mot king sert aussi à désigner les « domaines » de la discussion, les thèmes, les sujets sur lesquels elle porte. L’ homme est la personne qui figure dans les séances de consultation, soit l’« hôte » soit le « visiteur », le consulté ou le consultant. Supprimer l’ homme sans supprimer l’objet, c’est supprimer le sujet connaissant sans supprimer l’objet, c’est-à-dire le monde extérieur, l’univers connaissable ; c’est la position réaliste, si l’on prend ce terme au sens de l’existence   du monde extérieur à l’exclusion du sujet. On se perd alors dans la nature, évoquée ici par l’image du tapis de fleurs, bigarré comme un brocart, que le soleil   fait naître sur le sol au printemps. Le sujet perd la conscience de son moi ; celui-ci devient irréel comme le serait un petit enfant dont les cheveux pendants (en Chine on laissait pendre les cheveux dans le dos des enfants jusqu’à leur entrée à l’école) seraient blancs, contradictio in terminis : « les dents ne s’emboîtent pas », comme dit le commentateur Koun — « ça ne colle pas », il y a antinomie. Sur le symbolisme mystique — tout différent — de l’enfant aux cheveux blancs dans l’eschatologie du Proche-Orient ancien (judaïsme, Égypte, Iran, Hésiode), cf. A. Caquot dans Bull, de la Soc. Ernest Renan, XVIII (1969), pp. 131-132.

b. Supprimer l’objet sans supprimer l’homme : c’est la position idéaliste, celle d’une des grandes écoles du bouddhisme indien, l’école du Vijnaptimatra ou « rien qu’information ». Le sujet seul existe, tout n’est que pensée. La suppression du monde extérieur dans les états de recueillement introverti procure une paix pareille à celle d’un monde où les ordres du souverain seraient si parfaitement observés, jusqu’au-delà des frontières du royaume, que les généraux veillant aux frontières ne verraient plus apparaître ni la fumée des signaux de transmission militaire au moyen de torches nocturnes, ni la poussière qui, de jour, annoncerait des armées en marche avec leur cavalerie. C’est là une image qui pouvait se présenter naturellement à l’esprit   de Lin-tsi dans sa région de la Chine du Nord-Est, aux portes des barbares, où le pouvoir était détenu par des généraux, eux-mêmes pour la plupart d’origine barbare. Il imagine un empire si bien unifié qu’il l’assimile à l’unification de l’esprit par suppression de la diversité phénoménale et de tous les conflits qu’elle entraîne.

c. Supprimer à la fois l’homme et l’objet : c’est l’anéantissement de toute perception, de toute pensée dans les états de recueillement profond où s’abolissent aussi bien la connaissance du monde extérieur que la conscience interne de la personne : il n’y a plus conscience, ni même inconscience (naivasamjnasamjna) ; c’est « la cime de l’existence » (bhavagra  ), « le fin bout de l’être » (bhuta-koti). Dans cet état de recueillement suprême, le plus haut auquel on puisse atteindre dans la série des échelons du Dhyana  , tel l’homme qui se trouve au sommet d’un pic (§ 7), on est isolé de tout comme les préfectures lointaines de Ping et de Fen, au centre de la province actuelle du Chan-si, non loin de la résidence de Lin-tsi, préfectures qui devaient être alors coupées de toute communication avec le centre de l’empire, du fait de rébellions ou d’autres événements militaires.

d. Ne supprimer ni l’homme ni l’objet : c’est les concilier ou les transcender ; c’est le retour à la réalité, sa réinstauration après la « critique » de la connaissance ; c’est un réalisme non plus naïf, mais sublimé : démarche bien connue dans toutes les mystiques et que Toynbee   définit pas l’expression withdrawal and return. Ce « retour » est implicite dans tout le système indien du Madhyamika ; mais les Chinois, avec leur sens du terre à terre, lui ont accordé une importance particulière dans leur interprétation du bouddhisme, et il joue un rôle essentiel dans la pensée de Lin-tsi, qui ne cesse de protester contre l’attachement aux idéaux abstraits et contre les théories gratuites. On trouve déjà la même tendance chez son maître, Hi-yun de Houang-po  , qui disait par exemple (Taisho, n° 2012 A, p. 381 a) : « Le profane s’attache aux objets ; le religieux s’attache à l’esprit. Oublier à la fois les objets et l’esprit, voilà la vraie Loi. Il est encore facile d’oublier les objets, mais très difficile d’oublier l’esprit : l’homme n’ose pas oublier l’esprit, il craint de tomber dans un vide où il n’aurait plus rien à quoi s’accrocher. C’est qu’il ne sait pas que le vide, fondamentalement, n’est pas vide — il n’en est ainsi que dans la Loi... »


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