Página inicial > Oriente > Tradição hindu > Vaudeville (CA) – amor em Kabir

Au Cabaret de l’amour

Vaudeville (CA) – amor em Kabir

O papel do amor na sadhana de Kabir

segunda-feira 5 de setembro de 2022, por Cardoso de Castro

    

Como podemos falar de encontro enquanto os corpos permanecem distintos? [Kabir  ]

    

Dans cet effort de purification, l’Amour (prema) est à la fois terme et moyen. Avec les Bhaktas (dévots) vishnouites, qu’il mentionne toujours avec affection et respect, Kabîr admet que l’amour est le moyen non seulement privilégié, mais unique de parvenir à la Délivrance, et que celle-ci s’opère, non par pure annihilation ou « extinction » du Soi, mais par fusion amoureuse de l’âme   avec l’objet de son adoration, Bhagavat. Cette primauté donnée à l’amour, jointe à l’usage régulier qu’il fait des appellations vishnouites de la divinité (Râma, Hari  , Govinda, etc...) expliquent que la tradition   indienne ait tenu à le ranger lui-même parmi les grands Bhaktas vishnouites. Cependant la Bhakti   de Kabîr apparaît différente d’abord dans son objet, puisque la théorie fondamentale des avatâra du Seigneur Visnu est formellement répudiée, et que son adoration s’adresse directement, non à. une forme sensible  , mais à un Dieu   invisible, non-né, sans nom ni formes, incompréhensible, à la fois immanent et transcendant au monde visible :

Il reste distinct de l’univers et tout l’univers est en Lui :
Kabîr, c’est Celui-là qu’il faut adorer et nul autre ! » [K. Gr. Do. 36, 2.]

Et un disciple de Kabîr, Prânnâth, dira magnifiquement :

La voix de mon Bien-Aimé, étrangère au monde,
Vient de l’au-delà du Sans-formes, et de l’au-delà de cet au-delà !

La dévotion de Kabîr diffère encore de la piété vishnouite subjectivement : il ignore les mièvreries, le sentimentalisme, voire l’érotisme qui s’attachent à la plupart des formes de la Bhakti médiévale. Bien que généralement soucieux de pureté morale, les grands Bhaktas vishnouites s’accordent tous à représenter la Bhakti comme la « voie facile » par excellence. L’accent est mis sur la miséricorde infinie du Seigneur, sa tendresse, son indulgence, qui va jusqu’à une complaisance étrange pour les défaillances de ses adorateurs. La louange des perfections du Seigneur, la seule invocation de son Nom (même en dormant, ou par erreur, disent certains) suffit à purifier entièrement le dévot aux yeux de son Maître divin, et à en faire un parangon de sainteté... La forme de Bhakti qu’ils préconisent avant tout est prapatti : abandon total, démission en l’Aimé, ce seul mouvement du cœur tenant lieu, en fait, de tout effort de purification morale et la rendant inutile. A ce piétisme excessif, Kabîr oppose les terribles exigences de l’amour authentique : la vraie Bhakti, dit-il, est l’affaire des héros, elle n’est pas pour les lâches :

Kabîr, cette Demeure d’Amour, ce n’est pas la maison de ta tante :

Coupe-toi la tête et prends-la dans tes mains, si tu veux y pénétrer ! [K. Gr. Do. 45, 19.]

Le détachement qui est requis de celui qui se dispose à l’union divine est absolu, et Kabîr le définit comme une « mort vivante » :

Et moi, je te le demande, O Amie : pourquoi ne meurs-tu pas vivante ? [Id. 45, 38.]

Le type parfait du Sâdhaka sur la voie de l’union est le héros ou le Chevalier (sûra) qui combat sur le champ de bataille « au cœur de la mêlée », et la Satî qui s’apprête à monter sur le bûcher de son époux : tous deux en effet ont fait le sacrifice de leur vie par fidélité à leur amour unique :

La Satî est sortie pour aller au bûcher, se rappelant la tendresse de l’Époux,
Et l’âme, en entendant la Parole, est sortie, oubliant le corps... [K. Gr. Do. 45, 36.]

Les terribles exigences de cette ascèse expliquent la rareté de la « rencontre » : rares en effet sont ceux qui consentent à s’offrir « à la meule de l’aiguiseur » et à persévérer jour et nuit dans les larmes et les supplications. L’Époux lui-même accroît la rigueur de cette ascèse en brûlant l’âme-épouse du « feu de la Séparation » (ou du « Délaissement », viraha). Pour s’approcher de l’Époux divin et mériter la faveur de son étreinte, l’épouse doit endurer une souffrance intime et inexprimable :

Le poignard de la Séparation m’a transpercée, nuit et jour il me tourmente,
Qui peut savoir les douleurs que j’endure   ?

Cette souffrance mystérieuse causée par l’absence ressentie du Bien-aimé, Kabîr la compare à une plaie secrète au fond de l’âme, à un feu dévorant qui la consume, mais dont elle ne veut pas être délivrée. Cette « blessure » secrète, qui dévore l’âme en silence « comme l’insecte dévore le bois », à la fois condition et gage de l’amour divin, est déjà un effet de la grâce du Seigneur, le signe de l’élection. L’âme ainsi blessée a déjà fait l’objet d’un choix mystérieux de l’Époux divin. L’esseulement même dont elle souffre est une anticipation de la Vision, puisque l’âme qui l’éprouve est déjà promise à l’union. Union et séparation, que Kabîr appelle milan et virah, sont en quelque sorte les deux pôles, les deux aspects complémentaires de la voie mystique. Les tourments et les langueurs de l’âme-épouse délaissée, ses cris d’amour et de douleur, sont l’un des thèmes préférés de Kabîr, et l’un de ceux qu’il a traités avec le plus de force et de profondeur. Kabîr dit clairement que la Voie de l’Amour est ouverte à tous, mais que peu s’y engagent parce que, loin d’être la voie large et facile de la Bhakti vishnouite, elle est le sentier ardu et périlleux réservé aux héros.

La théologie des réformateurs vishnouites, tout en préconisant la voie de la Bhakti pour tous, fait place, au moins théoriquement, à la voie de la Connaissance, et même à la voie des « œuvres ». Pour les Sûfîs d’autre part (comme pour les gnostiques néo  -platoniciens), la voie mystique ne saurait être la voie commune : elle est en fait réservée à un petit nombre d’élus ; pour les autres, c’est-à-dire pour l’immense majorité des hommes, le « salut » se limite à un Paradis à leur mesure... Tout en reconnaissant, en fait, la rareté de l’expérience mystique, Kabîr n’en soutient pas moins que cette voie d’amour est la voie unique : hors de la vision immédiate de Dieu, pas de salut ! En même temps il affirme, contre les gnostiques, la nécessité de la grâce : pour s’engager dans la voie austère qui mène à la rencontre de Dieu, il faut à l’homme une révélation intime, symbolisée par la « flèche » du Parfait Gourou :

Le Parfait Guru est le vrai Héros, lui qui décoche la Parole comme une flèche unique :

En la recevant, on tombe à terre et une blessure s’ouvre au fond de l’âme. [K. Cr. Do. 1, 7]

Il s’agit donc bien d’une sorte de prédestination, comme dans les écoles de la Bhakti, mais celle-ci n’engendre pas le fatalisme, du moins dans le domaine proprement religieux (Kabîr, en effet, avec toute la tradition hindoue, voit dans l’existence empirique un produit du karman  ). La preuve en est dans ces exhortations ardentes qu’il adresse à la multitude des âmes qui vont s’égarant sur le chemin « du monde et du Véda », et aussi dans ces brûlantes prières qu’il adresse à son Seigneur, Râm.

En tant qu’ouverture de l’âme à Dieu et appel de la grâce, la prière joue un rôle important dans la sâdhanâ   de Kabîr, comme dans les écoles de la Bhakti. Célébrer les louanges divines, « prendre le Nom » du Seigneur est l’activité essentielle du Bhakta, et de tout homme qui cherche à plaire à Dieu, dès lors que ce Dieu est conçu comme personnel. La forme la plus usuelle est le japa (correspondant au dhikr des Sûfîs), la répétition du Nom divin, auxquels les réformateurs vishnouites attachent une importance particulière. Sans condamner formellement le japa, Kabîr s’est opposé fermement à toute espèce de répétition machinale, et s’est volontiers moqué des chapelets de bois employés à cet effet par les ascètes... De fait, on sait que ce procédé est fréquemment employé par les ascètes hindous et plus encore par certaines sectes de Sûfîs, en vue de plonger l’esprit   dans une sorte d’hébétude, considérée comme un prélude à une certaine « expérience », présumée mystique. Guidé par une profonde intuition   religieuse, Kabîr a deviné le danger : il rejette formellement toute forme de prière qui cesserait d’être un appel pour se réduire en technique. Avec le parti pris d’intériorisation qui est comme la marque propre de son génie, il préconise une forme de prière silencieuse et permanente qu’il appelle ajapa-jâp (skr. ajapa-japa ; si l’on veut : « litanies non-récitées »), ou encore sumiran (skr. smaran), qui signifie « souvenir », « commémoraison » : l’essentiel, pour lui, est de « se remémorer » sans cesse le Seigneur, de L’appeler silencieusement et inlassablement au fond de l’âme, dans une veille douloureuse et fidèle. L’accent est mis sur la persévérance inlassable, dont les pleurs incessants de l’épouse délaissée sont le symbole.

Cette héroïque persévérance dans la prière et les larmes est la preuve suprême de fidélité que l’âme-épouse donne à son Époux divin, et le gage de la rencontre suprême. Cette fidélité lie en quelque sorte l’Époux à l’épouse, et, à son heure, soudaine, imprévisible, mais certaine, Il se manifestera à elle : ce sera alors la Vision, l’Expérience ineffable, dont l’étreinte conjugale est le symbole :

Dit Kabîr, comment peut-on parler de rencontre, tant que les corps restent distincts ? [K. Gr. Do. S, 25]


Ver online : KABIR