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BODY AND COSMOLOGY IN KASHMIR ŚAIVISM

Gavin Flood : la centralité du corps

Preface

vendredi 15 juin 2018

Français

Ce livre est une exploration d’une manière de considérer le sujet humain? dans les traditions philosophiques et religieuses hindoues, connues sous le nom de shivaïsme du Cachemire. Bien qu’elles soient encore présentes dans un sens atténué dans le monde? contemporain, ces traditions ont prospéré au début du Moyen Âge, trouvant leur expression théologique la plus articulée dans les travaux d’Abhinavagupta? et de son élève Ksemarāja. Ces penseurs ont présenté un point de vue où la conscience? est la réalité? primaire, à la fois au-delà et en pénétrant le cosmos, et que l’univers perceptible et manifeste, avec le monde de la transaction quotidienne, est une coagulation de ce pouvoir subtil. Ils ont exprimé leurs idées dans des commentaires sur des textes « révélés », les Tantras, et dans des œuvres indépendantes écrites en sanskrit, parfois belles mais souvent obscures.

Cette étude tente de démêler les systèmes religieux présentés par ceux-ci et d’autres penseurs shivaïstes. Pour eux, l’univers est une manifestation de la conscience suprême dans ses modes d’auto-illumination et de représentation de soi. Bien que la conscience soit le terme clé dans la compréhension de la métaphysique de ces traditions, j’essaie de montrer la centralité du corps à la fois dans leurs schémas conceptuels et dans leurs pratiques religieuses. La structure du corps reflète la structure du cosmos et devient une image centrale dans l’expression d’une métaphysique moniste. C’est aussi l’objet? central des pratiques religieuses destinées à transcender les limites de la condition humaine. En termes simples?, lorsque nous parlons du corps, les shivaïstes monistes parlent de la conscience et lorsqu’ils parlent de la conscience, ils parlent du corps. De plus, lorsqu’ils agissent pour transformer le corps, ils agissent pour transformer la conscience.

Cette conscience est la réalité principale et les distinctions sont finalement fausses, une position qui pourrait être qualifiée d’« idéalisme? objectif », est une vision qui est contre-intuitive à la culture occidentale contemporaine prédominante (dans ses dimensions laïques et religieuses). Il y a cependant des parallèles dans certaines traditions philosophiques occidentales, en particulier dans l’idéalisme allemand et dans certains aspects de la pensée de Heidegger?. Je pense en particulier à son idée du « retrait » et du « non-retrait » de l’être, qui s’apparente au concept du shivaïsme que la conscience pure se retrait et se révèle elle-même. En dehors de la philosophie, les aspects sotériologiques des traditions cachemiriennes ont des parallèles dans les nouveaux mouvements religieux dont l’origine? est indienne. En effet, plus que des systèmes de philosophie, les traditions du shivaïsme prétendent être des systèmes destinés à transformer la conscience individuelle en la réalisation existentielle de leurs revendications de vérité.

Dans cette étude, je discute de la centralité du corps dans la compréhension de ces sotériologies et de leur théologie. Le corps fonctionne à plusieurs niveaux dans le shivaïsme moniste : c’est la forme qui particularise la conscience dans un certain monde et constitue l’une des principales contraintes dans la détermination de l’expérience. Autrement dit, le type de corps que nous avons contraint le genre de monde que nous connaissons. La terminologie corporelle est également appliquée aux niveaux ou mondes cosmiques supérieurs, qui comprennent le cosmos du shivaïsme et qui contraignent les formes ou les événements particuliers de l’univers.

Le corps fournit un cadre pour une théologie shivaïste de la conscience. Nous vivons et expérimentons nos mondes dans un corps ; les couches du cosmos, ou sphères dans lesquelles la conscience opère à divers degrés de particularité, sont considérées comme des corps ; et la conscience pure dont ils sont une projection s’appelle un corps de conscience. Non seulement cela, le corps est le moyen et l’instrument pour expérimenter la libération du cycle de la naissance, de la vieillesse et de la mort à travers l’initiation aux systèmes de yoga et de liturgie du shivaïsme. Par l’initiation à diverses traditions ésotériques, le shivaïsme moniste espère accéder à ces « corps » supérieurs et éventuellement être libéré.

Original

This study attempts to unravel the religious systems presented by these and other Śaiva thinkers. For them the universe is a manifestation of supreme consciousness in its modes of self-illumination and self-representation. Although consciousness is the key term in understanding the metaphysics of these traditions, I attempt to show the centrality of the body in both their conceptual schemes and in their religious practices. The structure of the body [xiv] reflects the structure of the cosmos and becomes a central image in expressing a monistic metaphysics. It is also the central focus of religious practices intended to transcend the limitations of the human condition. Put simply, when speaking about the body the monistic Śaivas are speaking about consciousness and when speaking about consciousness they are speaking about the body. Furthermore when acting to transform the body they are acting to transform consciousness.

That consciousness is the principle reality and that distinctions are ultimately false, a position which might be labelled as ’objective idealism’, is a view which is counter-intuitive to predominant, contemporary western culture (in both its secular? and religious dimensions). There are, however, parallels in some western philosophical traditions, particularly in German idealism and in aspects of Heidegger’s thought. I am? thinking particularly of his idea? of the ’ concealedness’ and ’unconcealedness’ of Being, which is akin to the Śaiva concept that pure consciousness simultaneously conceals and reveals itself. Apart from philosophy, the soteriological aspects of the Kashmiri traditions have parallels in new religious movements whose origins are Indian. Indeed, more than systems of philosophy, the Śaiva traditions claim to be systems intended to transform individual consciousness to the existential realization of their truth claims.

In this study I argue the centrality of the body in understanding these soteriologies and their theology. The body functions on? a number of levels in monistic Śaivism : it is the form which [xv] particularizes consciousness in a certain world and is one of the main constraints in determining experience. That is, the kind of body we have constrains the kind of world we experience. Body terminology is also applied to higher cosmic levels or worlds, which comprise the Śaiva cosmos and which constrain the particular? forms or events of the universe.

The body provides a framework for a Śaiva theology of consciousness. We live and experience our worlds in a body ; the layers of the cosmos, or spheres in which consciousness operates in varying degrees of particularity, are regarded as bodies ; and the pure consciousness of which they are a projection is called a body of consciousness. Not only this, the body is the medium and instrument for experiencing liberation from the cycle of birth, old age and death through initiation into the Śaiva systems of yoga and liturgy. Through initiation into various esoteric traditions, the Śaiva monist hopes to gain access to these higher ’bodies’ and eventually be liberated.


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