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Flambée et Agonie. Mystiques du XVIIe siècle allemand

Gorceix (FA:266-270) : Le pan séraphique (2)

Johannes Scheffler

quinta-feira 22 de setembro de 2022, por Cardoso de Castro

      

A permanência do tema único: a relação de Psiquê e Jesus  , a riqueza   da linguagem e a tensão interna que aparecem no tema do chamado, o uso dos motivos dominantes do tema do lugar fechado e da ignição-imersão não nos deve permitir concluir demasiado depressa...

La mystique de Johannes Scheffler doit être appréciée avec prudence. Prudence à laquelle invitent déjà les flottements et les contradictions que révèle le bilan des recherches, sur le plan de la biographie et de l’ergographie (conversion, rédaction, sources). Le silence dans lequel la critique a tenu tout un pan de la spéculation, qui nous paraît fondamental, le pan séraphique, rend plus difficile encore un jugement définitif.

Ce qui est clair cependant, dans un premier temps, c’est que le Silésien de la seconde moitié du XVIIe siècle, à l’aube de la crise de la conscience européenne qui va concerner tous les esprits de 1680 à 1715 — d’elle vont naître les lumières et l’illuminisme —, prolonge tout en les enrichissant deux traditions mystiques, la tradition   rhéno-flamande et la tradition de la mystique nuptiale. C’est surtout la première qui est renouvelée. La seconde avait déjà connu son apogée chez Friedrich Spee et Catharina Regina von Greiffenberg. La prolongation de la tradition eckhartienne s’opère par trois lignes de forces : le foisonnement métaphorique, le goût des formules-limites, la structure antithétique. Les critiques philosophiques qui visent à dégager dans le Pèlerin chérubique soit un renversement des rapports de Dieu et de l’homme en faveur de ce dernier, soit des apories insolubles, ne peuvent tenir devant la résurgence d’une méthode de méditation qui trouve dans le distique une forme originale. A ce titre, la mystique de Johannes Scheffler peut être séparée de son siècle.

Mais ce siècle — et c’est ce qui est important — se doit de jeter ses échos. Dans le premier pan de la mystique, le chérubique, la nouvelle accentuation ne transparaît qu’avec peine. Le désarroi cependant qui sourd parfois, une insistance surprenante de temps en temps dans la position de certaines questions ou un grossissement inhabituel de thèmes isolés montrent, en sourdine encore, que tout n’est plus aussi simple, que l’évidence doit être plus que jamais, plus en tout cas qu’auparavant, conquise de haute lutte. La multiplicité des distiques correspond alors à l’effort toujours renouvelé de l’auteur, de se persuader de la réalité de l’union et de la présence de Dieu au terme de l’ascèse. Dans le pan séraphique de l’ouvre au contraire, le déchirement s’affirme carrément, entre la description toujours recommencée des merveilles de la contemplation, et la prise de conscience de la vanité de l’appel. Un mur de silence répond trop souvent aux délires d’un amour passionné. Nous avons décidément quitté les rivages paisibles où se mouvaient encore Valentin Weigel   et Daniel Czepko. Certes, il ne conviendrait pas d’exagérer : l’angoisse transparaissait déjà — nous l’avons relevé — chez Friedrich Spee, chez Catharina Regina von Greiffenberg ; elle éclatait chez Quirinus Kuhlmann avec tous les avatars de la violence. Mais une théologie du soupir et de la louange inspirée par la tradition jésuite chez l’un, une description de l’union mystique relativement élaborée chez la protestante autrichienne et le chiliaste silésien répondaient aux interrogations, écartaient les soupçons. Il n’en est rien chez Johannes Scheffler : en cette dernière partie du siècle baroque, l’évidence mystique n’est plus de rigueur.

N’allons cependant pas trop loin. Trop longtemps certes, et tout récemment encore, la critique et les amateurs n’ont vu en Johannes Scheffler qu’une espèce de naïveté suprême, de pureté diamantaire, de sérénité souveraine, au siècle des sorcières et des tortures ; l’affirmation discrète, mais soutenue, comme inconsciente d’elle-même, toute faite de renoncement et de vacuité, de la pérennité du fondement   mystique, valable même dans l’épicentre des pires cyclones. Ce cliché doit être corrigé : l’abîme est là aussi, derrière les distiques du Pèlerin et les poèmes de la Sainte joie... Tout aussi fausse cependant serait l’image inverse, trop moderne, du croyant tourmenté, écartelé, entrevoyant les profondeurs de notre néant, l’incapacité fondamentale de notre propre nature d’embrasser l’absolu et la menace du doute. La vérité, et le charme secret de l’ouvre sont entre les deux. Ce que sait magnifiquement le Silésien, c’est, aux côtés de la folie chiliastique de Quirinus Kuhlmann ou du délire boehmiste de Johann Georg Gichtel  , dont nous allons parler, sans l’appel trop facile donc à l’hérésie, c’est en toute conscience, et certainement une dernière fois, exprimer dans le langage dense et équilibré de la tradition les vérités bouleversantes de la spéculation ascétique et contemplative, à une époque où elles commençaient de toutes parts à craquer, battues en brèche par les dieux nouveaux des lumières, de la science et de la raison.


Ver online : ANGELUS SILESIUS