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Qu’est-ce que l’Advaita Vedanta ?

Deutsch : la surimposition

Brahman et le Monde

mardi 29 mai 2018

Extrait des pages 41-43

Sylvie Girard

Dans les écrits de Śaṁkara, comme dans ceux des Advaitins qui lui sont postérieurs, les termes de « māyā » et d’« avidyā » deviennent interchangeables, avec en fait une prédominance de l’avidyā sur la māyā pour rendre compte des concepts d’aliénation et de liberté. A la question : « Pourquoi sommes-nous aliénés et ne parvenons-nous pas à réaliser le Brahman? ? », la réponse la plus fréquente est celle d’avidyā, d’ignorance? [1]. En décrivant le processus de l’avidyā, Śaṁkara expose l’une de ses idées les plus significatives et les plus originales, celle d’adhyāsa (qui apparaît aussi ultérieurement sous le terme de adhyāropa), qui signifie « surimposition? ».

[42] Dans l’Introduction à son commentaire des Brahma Brahmā
Brahma
Brama
-Sūtras, Śaṁkara définit la surimposition comme « la présentation (avabhāsa) (à la connaissance?), au moyen de la mémoire (smṛtirūpah), de quelque chose? de préalablement perçu (purvadṛṣṭa) sous la forme de quelque chose d’autre (paratra) ». « C’est, poursuit-il, la supposition non réelle faite au sujet des attributs d’une chose comme étant les attributs d’une autre chose. » Ou encore, adhyasā « est la notion de cela dans quelque chose qui n’est pas cela ; exactement lorsque, par exemple, une personne surimpose à son moi des attributs extérieurs à son propre moi... ». La surimposition se manifeste par conséquent lorsque les qualités d’une chose qui n’est pas immédiatement présente à la conscience? sont, par la mémoire, attribuées à ou projetées sur une autre chose, qui, elle, est présente à la conscience, et que ces qualités sont identifiées à cette chose. Dans l’exemple classique de la corde et du serpent, la corde (chose immédiatement présente à la conscience) est prise pour un serpent parce qu’on lui attribue par erreur des qualités dont on se souvient à la faveur de perceptions antérieures (qui avaient le serpent pour objet?). Le jugement qui exprime cette illusion?, c’est-à-dire l’énoncé « C’est un serpent », est le résultat d’une identification positive entre ce dont on se souvient et ce qui est perçu [2].

L’application principale ou première de l’adhyāsa concerne le soi. C’est la surimposition au Soi (Ātman, Brahman) de ce qui n’appartient pas en propre au Soi (finitude, changement) et la surimposition au non-soi de ce qui appartient en propre au Soi (infini, éternité) qui constituent l’avidyā. C’est en acceptant la surimposition réciproque du soi et du non-soi que « tout comportement dans le monde? ainsi que l’ensemble des actions védiques rituelles... connaissent une progression », écrit Śaṁkara.

[43] Vidyārana, dans son Pancadasi, demande : « Quel est l’obstacle qui empêche la reconnaissance du soi ? » Et la réponse est la suivante : « C’est la surimposition au Soi de ce qui n’existe pas réellement et de ce qui n’est pas évident en soi [3]... » Et encore : « Ceux qui ne voient pas clairement attribuent de la causalité au Brahman et donnent les caractéristiques du Brahman, telle l’existence? réelle, à Isvara, le Créateur de l’Univers [4]. »

Original

Both in the writings of Śaṁkara and in those of post-Śaṁkara Advaitins, the terms "māyā" and "avidyā" come to be used interchangeably, with avidyā actually taking precedence over māyā in the explanation of bondage and freedom. When asked, "What is the cause of our bondage, of our not realizing Brahman ?" the answer most frequently given is avidyā, ignorance. [5] And in describing the process of avidyā, Śaṁkara introduces one of his most significant and interesting notions, that of adhyāsa (also later termed adhyāropa), which means "superimposition."

In the Introduction to his commentary on the Brahma-sūtras, defines superimposition as the "apparent presentation (avabhāsa) [to consciousness] by way of remembrance of something previously perceived in something else (paratra)." "It is," he goes onto say, "the unreal assumption about the attributes of one thing as being the attributes of some other thing." And again, adhyāsa "is the notion of that in something which is not-that : just as it is, for example, when a person superimposes on his self attributes external to his own self . . . ." Superimposition takes place, then, when the qualities of one thing not immediately present to consciousness are, through memory, given to, or projected upon, another thing that is present to consciousness and are identified with it. In the stock example of the rope and the snake, the rope (the thing immediately present to consciousness) is taken as a snake through the erroneous attribution of qualities remembered from previous perceptions (of snakes). The judgment that expresses this illusion, i.e., the judgment, "this is a snake," is the result of a positive identification between what is remembered and what is perceived. [6]

The main or primary application of adhyāsa is made with respect to the self. It is the superimposition on the Self (Atman?, Brahman) of what does not properly belong to the Self (finitude, change) and the superimposition on the non-self of what does properly belong to the Self (infinitude, eternality) that constitute avidyā. "It is by adopting the reciprocal superimposition of the self and the non-self," writes Śaṁkara "that all world conduct and Vedic (ritualistic) actions ... are promoted." in his Pañcadasi asks : "What is the obstruction that prevents the recognition of the self ?" And answers : "It is the superimposition of what does not really exist and is not self-evident on the Self. . . ." [7] And : "Those who do not see clearly attribute causation to Brahman, and assign the characteristics of Brahman, such as existence, to Ishvara, the creator of the universe.’’ [8]


Voir en ligne : ADVAITA VEDANTA : A PHILOSOPHICAL RECONSTRUCTION


[1L’Advaita Vedānta distingue fréquemment deux formes d’avidyā : l’une dite mūla, ou primordiale, universelle, et l’autre dite tula, ou avidyā temporaire. Cette distinction permet à l’Advaitin de rendre compte d’un monde commun empirique (en termes de mūlāvidyā) et d’un monde individuel des illusions temporaires (en termes de tulāvidyā).

L’Advaita tardif pose également la question du lieu (āsraya) de l’avidyā. Est-ce le jīva, le soi individuel ? Ou bien Brahman, le soi universel ? L’école Bhāmati penche pour le jīva et l’école Vivarana pour le Brahman. Mais elles pensent néanmoins toutes deux que l’avidyā ne dure que tant que la vérité du Brahman n’a pas été réalisée et que dès que cette vérité est réalisée, toutes les questions d’espace et de temps au sujet de l’avidyā sont dénuées de sens.

[2Padmapāda, dans son premier commentaire sur l’œuvre de Śaṁkara, explique simplement que la « surimposition signifie la manifestation de la nature de quelque chose de différent dans autre chose qui n’est pas de la même nature. Comme dans (l’affirmation) « Je suis sourd », où la surdité est le propre de l’ouïe et non du Soi. » Pancapādikā, V, 12, et VII, 17, trad. D. Veṅkataramiah (« Gaekwad’s Oriental Series », Vol. CVII, Bangalore, 1948).

[3Panchadasi (Pāncadaśi), I, 13, trad. de Hari Prasad Shastri (Londres, 1956).

[4Ibid., VI, 192.

[5Two forms of avidyā are frequently distinguished in Advaita Vedanta : a mula or primeval, universal, and a tula or temporary avidyā. The distinction enables the Advaitin to account for a common empirical world (in terms of mulavidya) and an individual world of temporary illusions (in terms of tulavidya).
In later Advaita the question also is raised about the locus (asraya) of avidyā. Is it the jiva, the individual self, or Brahman, the universal self ? The Bhamati school argues for the jiva, and the Vivarana school, for Brahman. Both schools hold, though, that avidyā lasts just so long as the truth of Brahman has not been realized and that once this truth is realized, all spatio-temporal questions about avidyā are meaningless.

[6Padmapada, in his early commentary on Śaṁkara’s work, explains simply that "superimposition means the manifestation of the nature of something in another which is not of that nature." "As in [the statement] ’I am deaf.’ Deafness is the property of the organ of hearing and not of the self." Pancapadika, V, 12 and VII, 17, trans. by D. Venkataramiah ("Gaekwad’s Oriental Series," Vol. CVII [Bangalore : 1948]).

[7Panchadasi [Pañcadasi], I, 13, trans. by Hari Prasad Shastri (London : Shanti Sadan, 1956).

[8Ibid., VI, 192.