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HERMÈS II - Le Maître Spirituel

Silburn : ROLE DE LA GRACE

Techniques de la transmission mystique dans le Shivaïsme du Cachemire

jeudi 10 mai 2018

Extrait des pages 124-125

Le rapport de maître à disciple ne se comprend que dans la mesure où l’on garde présente à l’esprit? la nature? de ce rapport ; Abhinavagupta Abhinavagupta
Abhinava
AG
Abh
Abhinavagupta (950-1020), maître du shivaïsme du Cachemire, aussi maître en yoga, tantra, poétique, dramaturgie.
distingue l’humanité en deux espèces : ceux qui sont « flairés » par la grâce et les autres. Le problème de maître et de disciple ne se pose que pour les premiers, et donc en fonction de la grâce : « Le suprême Seigneur qui projette éternellement le monde dans son énergie, est grâce, il fait émaner et résorbe le monde, il est libre. » (Trikahridaya.)

En effet, dans ce système moniste, Shiva Shiva
Śiva
le Seigneur
, par le jeu impétueux de sa liberté, voile d’abord sa propre essence en se dissimulant sous les formes toujours renouvelées de son énergie et devient, librement, un être limité et asservi ; c’est encore lui qui, aussi librement, dispense sa grâce et se révèle en sa véritable essence. Que Shiva mystifie ou qu’il accorde sa grâce, sa nature foncière n’est que grâce. Il est donc le seul maître, universelle Conscience? ou Je absolu?. Sa suprême énergie — la Grâce — veille perpétuellement dans tous les sujets conscients et constitue la relation réelle entre maître et disciple.

C’est une même Conscience qui interroge en tant que disciple et qui répond en tant que maître : sous le premier aspect, conscience imparfaite sans clarté, pleine de doutes et d’incertitudes (vikalpa), sous le deuxième, intense et lucide, elle met fin à tous les doutes (I, 233 et 253 sv.). Ainsi les apparences de maître et de disciple en des corps différents, parce qu’elles sont des constructions imaginaires, disparaissent lorsqu’une seule et même Connaissance? libératrice illumine l’un et l’autre.

Il n’importe guère que la lignée des maîtres s’étende à l’infini dans le temps, le guru est un ; quand il libère son disciple, c’est lui-même qu’il libère (235).

Shiva, le premier des guru, revêt la forme de maîtres multiples : divinités, sages, surhommes et hommes ; à chacun d’eux répond un disciple de la catégorie immédiatement inférieure : Shiva a pour disciple sadâshiva, différenciation à peine esquissée de lui-même ; à l’autre bout de l’échelle, maître et disciple sont des humains. Mais, partout et toujours, la relation suprême doit se retrouver à chaque niveau : si le guru est un homme?, il faut le considérer comme Shiva et soi-même comme sadâshiva (I, 273).

La grâce apparaît comme indispensable puisque c’est elle qui, imprégnant l’être humain, le rend apte à jouer son rôle de maître et détermine les diverses modalités de la transmission. Le terme guru, qui signifie ‘ lourd ’, s’emploie en raison de la grâce dont le poids entraîne des modifications importantes et durables chez le disciple. Sans elle pas de véritable guru. Si Shiva n’accorde pas sa grâce, déclare un Tantra, le guru en dépit de tous ses efforts ne peut instruire le disciple et, s’il le pouvait, celui-ci manquerait de vigilance et ne conserverait pas ce qu’il a reçu ; le conserverait-il, qu’il en perdrait le bénéfice en s’attachant à des jouissances passagères qui arrêteraient toute progression.

[124] Shiva accorde ou refuse sa grâce sans se soucier des mérites ou des démérites des hommes ni de leur connaissance ou de leur ignorance?. Si l’on objecte que certains s’efforcent de se purifier et de s’en montrer dignes, en fait, le désir de se purifier est déjà signe de grâce.

Bien que l’Essence soit une, on l’appelle grâce en tant que don gratuit, efficience, force vive qui ébranle le cœur, l’esprit et suscite des vibrations sonores, lumineuses et autres. On la désigne aussi du nom de pratibhâ, illumination spontanée. C’est là un terme essentiel pour le système Trika? qui met l’accent sur le rayonnement de la grâce, éveil brusque de la puissance divine qui somnole dans le cœur humain. En réalité tout être conscient est éternellement immergé dans cette énergie bénéfique, mais il la capte, l’utilisant à son profit ; ainsi il la sépare de sa source et la prive de son efficience ; il la limite et l’individualise, l’orientant vers l’extérieur, l’assujettissant aux sentiments et aux désirs particuliers. L’énergie unique se disperse en énergies multiples, le corps cosmique en corps distincts, la vibration suprême (spanda) en mouvements limités, et la vie (prâna) en souffles vitaux. Alors l’énergie en soi, infinie et indifférenciée — Je absolu — apparaît morcelée et dépendante.

Mais comme l’être humain ne se sépare pas réellement de sa propre essence faite de grâce, il peut reprendre conscience de soi et recouvrer sa liberté originelle : pour y parvenir, ses énergies dissociées vont converger vers leur centre, le Cœur. Le guru, nous le verrons, aura pour tâche de favoriser ce retour à la source en s’insinuant dans le corps du disciple par divers procédés : il unit ses souffles aux siens, pour réveiller les forces qui somnolent en lui et lui permettre de rejoindre le souffle indifférencié qui le réintégrera dans la vie totale ; ou bien il pénètre en son cœur pour y provoquer les vibrations du Cœur universel ; ou encore, mêlant conscience à conscience, il le rend apte à reconnaître le Soi. Tels sont les trois aspects du retour à l’unité : insertion dans le souffle, éveil de la force vitale (kundalinî ) et illumination.


Voir en ligne : LILIAN SILBURN