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TANTRALOKA

Abhinavagupta : LES VOIES DE LA LIBÉRATION

LA LUMIÈRE SUR LES TANTRAS

vendredi 27 avril 2018

140. Tandis que l’Omniprésent manifeste à certains sujets conscients sa propre essence en sa plénitude, à d’autres, Il la manifeste progressivement.

141. La manifestation de son essence qui est la réalité immanente à toute chose?, telle est pour les êtres limités la connaissance? suprême. Toute autre connaissance lui est inférieure et présente de multiples aspects.

142. Cette [connaissance, suprême ou autre], se manifeste selon une voie directe (sāksāt) et selon des voies indirectes qui en procèdent et se différencient de manières variées.

143. Chacune de ces diverses voies se subdivise selon que, vis-à-vis d’elle-même ou des autres, elle est conditionnante ou conditionnée, selon qu’elle se présente de façon totale ou partielle, selon qu’elle opère de façon médiate ou immédiate.

144. La voie de la connaissance n’est pas considérée [par nous] comme ignorance?, mais comme connaissance subtile. La voie suprême, [celle de Śiva Shiva
Śiva
le Seigneur
Śiva e Śakti, Deus e seu Poder, formam uma unidade sem dualidade.
], elle, est [faite de] volonté (icchā).

145. Les modalités, que sont ‘voie’ et ‘but’ (upāyopeyabhāvāh), tiennent à une erreur propre à la connaissance grossière inhérente à l’énergie d’activité, seule cause de lien et de délivrance.

146. Ce qui fulgure immédiatement, en toute évidence, à l’orée de la connaissance (ādyā), dans la pure conscience? globale de soi, dans l’unique domaine indifférencié, c’est ce qu’on proclame volonté.

147. De même qu’un objet? apparaît clairement à celui qui a les yeux grands ouverts sans qu’il ait à viser un but, ainsi [se révèle] à certains êtres extraordinaires la nature? de Śiva.

148. Mais si, par une recherche progressive portant de façon répétée sur une certitude à base de vikalpa, on accède à une prise de conscience globale (parāmarśa), cette [voie] est connue comme voie de la connaissance.

149. Par contre, [le moyen] opérant à l’égard de la réalité extérieure [et toute objective] produite par l’imagination constructrice est ce que l’on considère traditionnellement comme étant la voie de l’activité. Néanmoins, la différence [entre ces voies] n’en implique aucune quant au but : la libération (apavarga).

150-151. En effet, comme le dit le vénérable Gāmaśāstra [1], « l’activité ne diffère pas réellement de la connaissance qui, quand elle s’est déployée (rūdha), s’achève en yoga. Le yoga n’est pas autre [que la connaissance], l’activité n’est pas autre qu’elle. Aussi l’intuition dynamique en acte (matī), qui s’est élevée à la cime des niveaux de la réalité, est-elle désignée par le terme ‘activité’ quand se sont apaisées les imprégnations (vāsanā) de notre propre conscience empirique (citta). »

152-153. Les imprégnations de notre propre conscience sont dues aux impuretés d’illusion? et d’action? ; l’intuition (matī), qui a pour nature propre la conscience, est cause de leur disparition, elle repose (adhiśāyinī) dans l’ensemble des niveaux du réel, à commencer par le corps. C’est elle, l’activité même, et [donc] le yoga, qui consiste à dissoudre ces niveaux dans la Conscience.

154. En vérité, même dans l’activité ordinaire, l’idée de se mouvoir, intérieure d’abord, devient action d’aller quand elle pénètre dans le corps, dans l’espace et dans les organes moteurs.

155. Ce qu’on nomme activité n’est donc autre que la connaissance. Dès lors, on a pu dire à bon droit [au śloka 22] que la connaissance seule est apte à conférer la délivrance.

156. La délivrance (moksa) n’est autre, en réalité, que le déploiement de notre propre essence, celle-ci n’étant elle-même autre que la conscience de Soi.

157. Les énergies, activité, [connaissance et volonté], ne s’ajoutent pas à la conscience puisque, logiquement, rien n’existe qui soit sans conscience (asamvit) et qu’on ne peut pas poser ou soutenir l’existence? [hors de la conscience] d’un sujet porteur de propriétés (dharmin) [c’est-à-dire porteur de ces énergies].

158. Selon l’enseignement du Suprême Seigneur, il n’y a pas en effet — à la différence de [ce que dit] le système de Kanāda [2] — de [sujet] porteur des propriétés caractéristiques (dharmarūpānām āśrayah) des énergies.

159. Si les trois énergies, connaissance, activité et volonté, étaient différentes de [Śiva détenteur de l’énergie], il en résulterait que notre affirmation, selon laquelle ‘il n’y a qu’un unique Śiva’, serait sans réalité :

160. Dès lors, ce qui est conscience est totale liberté et, dans la mesure ou celle-ci se diversifie, elle aboutit à de multiples énergies.

161-162. La libération est le déploiement du Soi (ātmaprathā). Impossible donc de dire que celui qui possède la connaissance peut ne pas etre libéré sous prétexte que [3] d’une cause ne naît pas toujours un effet. La connaissance et la libération n’apparaissant pas [à nos yeux] comme liées par un rapport nécessaire de cause à effet, cet argument est a rejeter.

163. L’activité est, par essence, connaissance. Mais, comme elle porte en elle-même tout ce qui est ‘grossier’, on y perçoit la diversité [des choses].

164. Les moyens de la voie de l’activité (kriyopāyā) se divisent en moyens perceptibles et en moyens extérieurs (grāhyabāhya) qui, se divisant et se subdivisant, sont innombrables.

165-166. Ainsi réfute-t-on l’affirmation de ceux pour qui, de la diversité des voies résulteraient diverses sortes de libération. La libération demeure une en dépit de la diversité possible des causes — destruction, disparition, déchéance — mettant fin à l’impureté ou à l’énergie qui l’anime : peu importe la façon dont on brise un pot ou un autre [objet, le résultat est le même].


Voir en ligne : LA LUMIÈRE SUR LES TANTRAS


[1Tantra qui n’est connu que par quelques citations, données notamment par Abhinavagupta dans le TĀ : il est cité dans le seizième chapitre à propos du rôle et de la nature des mantras.

[2Kanāda est le fondateur mythique du système Vaiśeșika. Selon ce système, les substances, leurs propriétés et actions, sont des réalités, l’ātman, le Soi, étant une de ces substances.

[3Comme l’affirme le logicien bouddhiste Dharmakīrti.