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HYMNES D’ABHINAVAGUPTA

Abhinavagupta : QUINZE STANCES SUR LA CONSCIENCE

BODHAPAÑCADAŚIKĀ

samedi 21 avril 2018

1-2. Cet Un dont l’essence est l’immuable [1] Lumière de toutes les clartés et de toutes les ténèbres, en qui clartés et ténèbres résident, c’est le Souverain même, nature? innée de tous les êtres ; la multitude des choses [2] n’est rien d’autre que son énergie souveraine.

3. Et l’énergie ne se pose [3] pas comme séparée de l’essence de celui qui la possède. Il y a éternellement identité des deux comme du feu et de son pouvoir de brûler [4].

4. Lui, le Dieu Bhairava, a pour caractéristique de maintenir l’univers tout entier reflété, grâce à cette énergie, dans le miroir de son propre Soi.

5. Elle, la suprême Déesse, s’adonne à la prise de conscience? de l’essence de celui même dont la plénitude en tout ce qui existe n’augmente ni ne diminue.

6. Ce Dieu s’adonne éternellement au plaisir de jouer avec cette Déesse ; omniscient, il suscite de façon simultanée les diverses émissions et résorptions.

7. Telle est son incomparable activité, éminemment difficile à accomplir ; telles, sa liberté, sa souveraineté, son Essence consciente de soi.

8. Certes une lumière consciente limitée caractérise l’inconscience ; par contre la Conscience n’a pas pour caractéristique l’inconscience parce qu’elle n’a pas de limite [5].

9. Ainsi les émissions et résorptions se manifestent à cause de leur propre essence [6] à l’intérieur du Soi, elles dont la différenciation [26] dépend des énergies spécifiques de Celui qui est (essentiellement) libre.

10. Leur extrême diversité, ces mondes en haut, en bas, intermédiaires et ce qui les constitue, voilà l’existence? [7] douée de plaisir et de douleur.

11. L’imparfaite connaissance? de ce (Bhairava) [8], c’est elle que l’on considère comme Sa liberté, elle, en vérité, la transmigration, terreur des êtres bornés [9].

12-13. Inclination de Sa grâce, tradition du maître ou traités religieux, que par l’une ou l’autre de ces approches s’éveille la Connaissance parfaite de la Réalité — le Seigneur Shiva
Śiva
le Seigneur
Śiva e Śakti, Deus e seu Poder, formam uma unidade sem dualidade.
suprême — voilà la délivrance, la plus haute souveraineté, la plénitude des êtres illuminés, voilà encore ce que l’on nomme libération en cette vie.

14. En réalité aucune différenciation n’existant en Parameșvara, ces deux, lien et libération, ne sont nullement séparés de l’Essence du Seigneur suprême.

15. Ainsi entre-t-on en contact de façon répétée avec Bhairava, nature innée de toute chose?, qui repose sur le lotus du trident formé par les énergies : connaissance, activité subtile [10] et volonté.

Abhinavagupta Abhinavagupta
Abhinava
AG
Abh
Abhinavagupta (950-1020), maître du shivaïsme du Cachemire, aussi maître en yoga, tantra, poétique, dramaturgie.
a composé ces quinze versets afin d’éclairer instantanément les disciples à l’esprit? délié [11].


Voir en ligne : HYMNES D’ABHINAVAGUPTA


[1Textuellement ‘qui jamais ne se couche’.

[2L’objectivité toute entière.

[3Vañch- aspirer, affirmer, au sens habituel (le désirer, ne peut être ainsi traduit, car à ce stade élevé il n’y a pas do désir ; l’énergie se sait inséparable de Śiva, elle ne peut être séparée de lui et ne le sera pas. Plus bas seulement, en icchā, il y aura volonté, intention.

[4Cf. V.B., Śl. 19.

[5Ce verset est fréquemment cité par Abhinavagupta lui-même dans son Mâlinîvijayavârtika 1.371-372 (avec variante mita | paricchinna, il y nomme ces strophes Prabodhapañcadaśikā) aussi I.P.vivŗtivimarśinī, vol. II, p. 7 et vol. III, p. 25.

[6On pourrait aussi comprendre qu’elles se manifestent comme, la propre Essence de Śiva — ce qui revient d’ailleurs au même — elles n’ont d’autre essence véritable que l’être libre.

[7Bhava synonyme de samsāra, le monde du devenir qui relient prisonniers les ignorants.

[8Sur lequel reposent émissions et résorptions des mondes.

[9Jada, au 8 également, lourd, inerte, insensible et stupide, d’où conscience bornée.

[10Kalā désigne ici l’activité subtile avant toute différenciation grossière ; elle deviendra ensuite activité ordinaire (kriyā).

[11Sukumāra, leur pensée est fine, délicate, vive et subtile ; ils réalisent de façon instantanée ce que leur maître leur indique à demi-mots ou d’un clin d’œil. Que celui-ci affirme : ‘ tu n’es pas asservi ’ et ils perçoivent aussitôt leur libre nature. Mais on peut encore comprendre : ‘ ceux dont la pensée n’est pas arrivée à maturité añjasā prendrait alors le sens de ‘ correctement ’.